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Sommaire

  • 1De la question à l’hypothèse scientifique
  • 2Mettre une hypothèse à l’épreuve
  • 3Réfutabilité et statut des théories
  • 4Raisonnement statistique et production de preuve lock — section verrouillée
  • 5Reproductibilité et robustesse des résultats lock — section verrouillée
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  5. Démarche scientifique, preuve et réfutabilité

B12 · Histoire et épistémologie

Démarche scientifique, preuve et réfutabilité

Décrire la construction d'une hypothèse, sa mise à l'épreuve et la notion de réfutabilité. Relier le raisonnement statistique à la production d'une preuve et discuter la reproductibilité des résultats.

Santé, société, humanité et santé publique·schedule7 min de lecture·quiz17 QCM corrigés

De la question à l’hypothèse scientifique

Définition

Démarche scientifique

Processus organisé de production de connaissances qui confronte des propositions explicites à des observations obtenues selon une méthode contrôlée, transparente et critiquable.

La démarche scientifique part d’une question délimitée, issue d’une observation, d’une contradiction entre résultats ou d’une lacune des connaissances. Cette question doit porter sur des éléments accessibles à l’observation ou à la mesure.

Une hypothèse scientifique est une proposition provisoire formulée pour répondre à cette question. Elle ne constitue pas une vérité initiale : sa valeur dépend des conséquences observables qu’on peut en déduire et de sa résistance à des mises à l’épreuve rigoureuses.

Une hypothèse utile doit être :

  • précise, afin d’éviter plusieurs interprétations incompatibles ;
  • cohérente avec les connaissances déjà établies, sauf si elle permet d’expliquer leurs limites ;
  • opérationnalisable, c’est-à-dire traduisible en variables observables ou mesurables ;
  • réfutable, donc exposée à la possibilité d’être mise en défaut ;
  • féconde, car elle conduit à des prédictions nouvelles.
Définition

Opérationnalisation

Traduction d’un concept théorique en critères, variables ou procédures permettant de l’observer et de le mesurer.

Exemple

Opérationnaliser une amélioration de la douleur

Une étude cherche à évaluer l’effet d’un programme de rééducation sur la douleur lombaire. Le concept théorique « douleur améliorée » est traduit par une variable mesurable : un score de douleur de 000 à 101010, où 000 correspond à l’absence de douleur et 101010 à une douleur maximale.

  • Avant le programme, le score moyen est de 777 sur 101010.
  • Après quatre semaines, le score moyen est de 333 sur 101010.
  • Variation mesurée : 3−7=−43 - 7 = -43−7=−4 points.

L’amélioration n’est donc pas laissée à une appréciation vague : elle est définie par une diminution de 444 points du score de douleur. Le concept de douleur a été opérationnalisé en une mesure reproductible.

L’hypothèse est reliée aux observations par deux mouvements logiques. L’induction élabore une proposition générale à partir d’observations particulières, sans garantir qu’elle soit vraie dans tous les cas. La déduction tire d’une hypothèse générale une prédiction particulière qui pourra être confrontée aux données.

Comparaison

Induction et déduction

CritèreInductionDéduction
Point de départobservations particulièreshypothèse générale
Mouvement logiquedu particulier vers le généraldu général vers le particulier
Résultathypothèse plausibleprédiction testable
Portéene démontre pas la généralitédépend de la validité des prémisses

Mettre une hypothèse à l’épreuve

Tester une hypothèse ne consiste pas à rechercher seulement ce qui la confirme. Il faut construire une situation dans laquelle les observations pourraient également la contredire. Le protocole doit donc préciser à l’avance les variables mesurées, les conditions de comparaison, les critères d’inclusion, la méthode d’analyse et les résultats attendus.

Méthode

Construire une mise à l’épreuve scientifique

  1. Formuler une question précise et accessible à l’observation
  2. Énoncer une hypothèse sans ambiguïté
  3. Définir les concepts par des variables et des critères mesurables
  4. Déduire une ou plusieurs prédictions susceptibles d’être contredites
  5. Concevoir un protocole limitant les biais et quantifiant l’incertitude
  6. Recueillir les données sans modifier les règles en fonction des résultats
  7. Analyser les données selon une méthode annoncée
  8. Interpréter les résultats en distinguant observation, inférence et conclusion
Définition

Biais

Erreur systématique produite par la conception, la réalisation, l’analyse ou la publication d’une étude, qui éloigne l’estimation obtenue de la réalité étudiée.

Une erreur aléatoire correspond au contraire aux fluctuations imprévisibles liées à l’échantillonnage ou à la mesure. L’augmentation de la quantité d’information réduit généralement l’erreur aléatoire, mais elle ne corrige pas un biais systématique. Une étude de grande taille peut donc produire une estimation très précise tout en restant erronée.

La validité interne désigne la solidité de la conclusion pour les observations effectivement étudiées. Elle dépend notamment du contrôle des biais, de la qualité des mesures et de la pertinence de l’analyse. La validité externe désigne la possibilité d’étendre cette conclusion à d’autres populations, conditions ou périodes.

Réfutabilité et statut des théories

Définition

Réfutabilité

Propriété d’une proposition pour laquelle il est possible de décrire une observation qui, si elle était obtenue dans des conditions fiables, conduirait à la considérer comme fausse ou insuffisante.

Une proposition compatible avec toute observation possible ne peut pas être mise en danger par les faits. Elle ne fournit donc pas une hypothèse scientifique testable. À l’inverse, une hypothèse réfutable prend un risque empirique : elle interdit certains résultats.

La réfutation n’est toutefois pas mécanique. Une prédiction dépend toujours de l’hypothèse principale, mais aussi d’hypothèses auxiliaires concernant les instruments, les mesures, la population étudiée et le protocole. Un résultat discordant peut donc traduire une insuffisance de la théorie, une erreur méthodologique ou une hypothèse auxiliaire incorrecte. Il faut examiner l’ensemble de cette chaîne avant de conclure.

Les théories probabilistes n’annoncent pas qu’un événement particulier surviendra nécessairement. Elles attribuent des probabilités à des ensembles de résultats. Une observation isolée peu probable ne suffit donc pas toujours à les réfuter ; l’évaluation repose sur l’accumulation de données et sur leur degré de compatibilité avec le modèle.

À retenir

Une hypothèse scientifique n’est jamais définitivement vérifiée

Des observations concordantes corroborent une hypothèse, c’est-à-dire qu’elles augmentent la confiance qu’on peut lui accorder. Elles ne démontrent pas qu’aucune observation future ne pourra la contredire.

Raisonnement statistique et production de preuve

Définition

Inférence statistique

Ensemble des méthodes permettant de tirer, à partir d’un échantillon soumis à des fluctuations aléatoires, une conclusion incertaine sur une population ou sur un modèle.

Dans un test statistique, l’hypothèse nulle H0H_0H0​ représente le modèle de référence soumis à l’épreuve. L’hypothèse alternative H1H_1H1​ représente une proposition concurrente. Les données permettent d’évaluer leur compatibilité avec H0H_0H0​, mais elles ne transforment pas automatiquement H1H_1H1​ en vérité.

La valeur p mesure, sous l’hypothèse H0H_0H0​, la probabilité d’obtenir une statistique de test au moins aussi éloignée de ce qu’attend H0H_0H0​ que celle effectivement observée.

Formule

Définition générale de la valeur p

p=PH0(T≥Tobs)p = P_{H_0}\left(T \geq T_{\mathrm{obs}}\right)p=PH0​​(T≥Tobs​)
  • ppp : valeur p
  • PH0P_{H_0}PH0​​ : probabilité calculée en supposant H0H_0H0​ vraie
  • TTT : statistique de test dont les grandes valeurs s’opposent à H0H_0H0​
  • TobsT_{\mathrm{obs}}Tobs​ : valeur observée de la statistique de test
Exemple

Calculer une valeur p sous une hypothèse nulle

Une pièce est lancée 101010 fois. L’hypothèse nulle est que la pièce est équilibrée, donc que la probabilité d’obtenir face à chaque lancer vaut 0,50{,}50,5. La statistique de test TTT est le nombre de faces obtenues. Les grandes valeurs de TTT s’opposent à l’hypothèse d’une pièce équilibrée.

Le résultat observé est Tobs=9T_{\mathrm{obs}} = 9Tobs​=9 faces sur 101010 lancers. Sous H0H_0H0​ :

  • probabilité d’obtenir exactement 999 faces : PH0(T=9)=(109)210=101024P_{H_0}(T = 9) = \frac{\binom{10}{9}}{2^{10}} = \frac{10}{1024}PH0​​(T=9)=210(910​)​=102410​ ;
  • probabilité d’obtenir exactement 101010 faces : PH0(T=10)=(1010)210=11024P_{H_0}(T = 10) = \frac{\binom{10}{10}}{2^{10}} = \frac{1}{1024}PH0​​(T=10)=210(1010​)​=10241​.

La valeur p unilatérale vaut donc :

p=PH0(T≥9)=10+11024=111024≈0,0107p = P_{H_0}(T \geq 9) = \frac{10 + 1}{1024} = \frac{11}{1024} \approx 0{,}0107p=PH0​​(T≥9)=102410+1​=102411​≈0,0107

Sous l’hypothèse d’une pièce équilibrée, obtenir au moins 999 faces sur 101010 lancers aurait une probabilité d’environ 1,07%1{,}07\%1,07%. Cette valeur p indique que les données sont peu compatibles avec H0H_0H0​ dans ce test ; elle ne donne pas la probabilité que H0H_0H0​ soit vraie.

Le seuil de signification α\alphaα est la probabilité maximale, fixée avant l’analyse, de rejeter H0H_0H0​ alors qu’elle est vraie. Cette erreur constitue le risque de première espèce. Le risque de seconde espèce β\betaβ est la probabilité de ne pas rejeter H0H_0H0​ alors qu’une différence définie existe. La puissance du test vaut 1−β1-\beta1−β.

Attention

La valeur p n’est pas la probabilité que l’hypothèse nulle soit vraie

La valeur p est calculée en supposant H0H_0H0​ vraie. Elle ne mesure ni P(H0∣donneˊes)P(H_0\mid\text{données})P(H0​∣donneˊes), ni l’importance de l’effet, ni la probabilité que le résultat soit reproductible.

La production d’une preuve exige donc davantage qu’une décision fondée sur un seuil. Il faut considérer conjointement :

  • la taille de l’effet, qui quantifie l’intensité du phénomène ;
  • l’intervalle de confiance, qui exprime l’incertitude entourant l’estimation ;
  • le risque de biais ;
  • la cohérence avec les connaissances antérieures ;
  • la multiplicité éventuelle des analyses ;
  • la reproductibilité des résultats.

La signification statistique indique une incompatibilité suffisante avec un modèle de référence selon une règle conventionnelle. Elle ne garantit ni la pertinence scientifique, ni l’utilité pratique, ni une relation causale. Une association observée peut notamment résulter d’un biais, du hasard ou d’un facteur lié simultanément aux variables étudiées.

À retenir

La preuve scientifique est graduelle

La force d’une conclusion dépend de la qualité du protocole, de l’ampleur et de la précision de l’effet, du contrôle des biais, de la cohérence des résultats et de leur reproduction indépendante, et non d’un indicateur statistique isolé.

Reproductibilité et robustesse des résultats

Définition

Reproductibilité

Capacité à obtenir des résultats compatibles lorsqu’une étude ou une analyse est renouvelée de manière transparente, en vérifiant les mêmes prédictions.

La répétabilité concerne la stabilité d’une mesure dans des conditions aussi proches que possible. La reproduction indépendante est plus exigeante : elle vérifie que le résultat ne dépend pas uniquement d’une équipe, d’un échantillon, d’un instrument ou de choix analytiques particuliers.

Comparaison

Répétabilité et reproductibilité

CritèreRépétabilitéReproductibilité
Conditionsaussi proches que possiblerenouvelées ou indépendantes
Objectifvérifier la stabilité de la mesurevérifier la robustesse du résultat
Variations exploréesminimaleséquipes, données ou méthodes
Portéefiabilité localegénéralité plus large

La reproductibilité est favorisée par un protocole détaillé, la conservation des données, la transparence des traitements statistiques et le préenregistrement, qui consiste à consigner les hypothèses et le plan d’analyse avant de connaître les résultats. Elle est menacée par les faibles effectifs, les mesures instables, les analyses multiples non déclarées, la sélection des seuls résultats favorables et la publication préférentielle des résultats statistiquement significatifs.

L’échec d’une reproduction ne prouve pas immédiatement que le résultat initial était faux. Il peut révéler une fluctuation aléatoire, une différence de conditions, un biais ou une dépendance du phénomène à un contexte particulier. Il impose néanmoins une réévaluation du degré de confiance accordé à la conclusion.

La hiérarchisation et l’intégration de ces preuves dans la décision médicale relèvent de la fiche consacrée à l’épistémologie de la médecine et à la médecine fondée sur les preuves.

Points clés
  • Une hypothèse scientifique doit être précise, opérationnalisable, prédictive et réfutable
  • La mise à l’épreuve confronte des prédictions aux données selon un protocole contrôlant biais et incertitude
  • Une observation concordante corrobore une hypothèse sans la vérifier définitivement
  • La valeur p mesure la compatibilité des données avec l’hypothèse nulle, non la probabilité que celle-ci soit vraie
  • La force d’une preuve associe taille d’effet, précision, validité méthodologique et cohérence des résultats
  • La reproductibilité indépendante renforce la confiance et révèle les conclusions dépendantes de conditions particulières

Fiches connexes

À réviser dans la foulée, sur Histoire et épistémologie.

  • Fiche 01Grandes étapes de l'histoire de la médecineHistoire et épistémologie
  • Fiche 02Histoire des maladies et des grandes découvertesHistoire et épistémologie
  • Fiche 04Épistémologie de la médecine et médecine fondée sur les preuvesHistoire et épistémologie
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