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Sommaire

  • 1Une médecine confrontée à l'incertitude
  • 2La médecine fondée sur les preuves
    • 2.1Les données issues de la recherche
    • 2.2L'expertise clinique
    • 2.3Les préférences du patient
  • 3De la question clinique à la décision
  • 4Hiérarchie des niveaux de preuve lock — section verrouillée
  • 5De la qualité d'une étude à la confiance dans le résultat lock — section verrouillée
  • 6Décision partagée et réévaluation lock — section verrouillée
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  5. Épistémologie de la médecine et médecine fondée sur les preuves

B12 · Histoire et épistémologie

Épistémologie de la médecine et médecine fondée sur les preuves

Présenter les principes de la médecine fondée sur les preuves et la hiérarchie des niveaux de preuve. Articuler données de la recherche, expérience clinique et préférences du patient dans la décision médicale.

Santé, société, humanité et santé publique·schedule7 min de lecture·quiz17 QCM corrigés

Une médecine confrontée à l'incertitude

Définition

Épistémologie de la médecine

Étude critique de la manière dont les connaissances médicales sont produites, validées, organisées et utilisées pour décider dans une situation de soin.

La médecine mobilise des connaissances scientifiques, mais elle n'est pas une science purement déductive. Une décision concerne un patient singulier, alors que la recherche étudie généralement des groupes. Elle doit donc passer d'une connaissance générale et probabiliste à une décision individuelle et contextualisée.

Les principes généraux de la démarche scientifique, de la réfutabilité et de la construction d'une preuve sont traités dans la fiche précédente. Ici, l'enjeu est leur intégration à la décision médicale.

Définition

Preuve médicale

Ensemble d'arguments empiriques, méthodologiquement évalués, qui augmente ou diminue la confiance accordée à une proposition médicale.

Une preuve médicale n'est donc pas une certitude absolue. Elle possède un degré de solidité dépendant notamment du plan d'étude, de la maîtrise des biais, de la précision des résultats et de leur concordance. Toute connaissance médicale demeure susceptible d'être révisée par de nouvelles données.

La médecine fondée sur les preuves

Définition

Médecine fondée sur les preuves

Démarche consistant à intégrer les meilleures données disponibles de la recherche, l'expertise clinique du soignant et les préférences du patient afin de prendre une décision adaptée à une situation individuelle.

Cette démarche ne réduit pas la médecine à l'application automatique d'un résultat scientifique. Elle repose sur trois composantes complémentaires.

Les données issues de la recherche

Elles renseignent sur les effets moyens d'une intervention, la fréquence d'un événement, la valeur d'un test ou l'évolution probable d'une affection. Leur qualité doit être évaluée avant leur utilisation.

Les « meilleures données disponibles » ne sont pas nécessairement parfaites. Ce sont les données les plus pertinentes et les plus fiables accessibles au moment de la décision. Une absence de preuve solide ne démontre pas automatiquement l'absence d'effet.

L'expertise clinique

Définition

Expertise clinique

Capacité acquise par la formation et l'expérience à identifier le problème du patient, interpréter les données disponibles, apprécier leur applicabilité et conduire une décision sûre.

L'expertise permet notamment de tenir compte des caractéristiques individuelles, des maladies associées, des traitements concomitants, des contraintes pratiques et de l'urgence. Elle ne remplace cependant pas les données de recherche : une impression personnelle peut être influencée par des biais de mémoire ou de sélection.

Les préférences du patient

Définition

Préférences du patient

Valeurs, objectifs, attentes et choix exprimant l'importance qu'une personne attribue aux bénéfices, aux risques et aux contraintes des différentes options.

Deux patients placés devant les mêmes données peuvent légitimement choisir différemment. Ils peuvent accorder une importance différente à l'efficacité attendue, aux effets indésirables, à la qualité de vie ou à la charge du traitement.

À retenir

Les trois composantes de la décision

La médecine fondée sur les preuves associe données de recherche, expertise clinique et préférences du patient. Aucune de ces composantes ne suffit isolément.

De la question clinique à la décision

Une recherche documentaire pertinente suppose d'abord une question précise. Une question trop générale conduit à recueillir une information abondante, mais difficilement utilisable.

Définition

Question structurée PICO

Formulation d'une question selon quatre éléments : le patient ou problème étudié, l'intervention envisagée, le comparateur pertinent et le résultat recherché.

Le temps d'observation peut être ajouté lorsque sa durée influence l'interprétation.

Exemple

Formuler une question PICO dans l'hypertension artérielle

Situation clinique : une femme de 626262 ans présente une hypertension artérielle traitée insuffisamment contrôlée, avec une pression artérielle systolique de 152 mmHg152\ \pu{mmHg}152 mmHg.

La question trop générale serait : « Quel traitement pour l'hypertension artérielle ? »

La formulation PICO précise est :

  • Patient ou problème : adultes de 606060 à 757575 ans ayant une hypertension artérielle insuffisamment contrôlée ;
  • Intervention : ajout d'un médicament antihypertenseur ;
  • Comparateur : poursuite du traitement habituel sans ajout ;
  • Résultat : diminution de la pression artérielle systolique, exprimée en mmHg\pu{mmHg}mmHg ;
  • Temps d'observation : 666 mois.

La question obtenue est : chez ces adultes, l'ajout du médicament diminue-t-il davantage la pression artérielle systolique à 666 mois que la poursuite du traitement habituel ? Le résultat recherché est donc une différence de pression artérielle en mmHg\pu{mmHg}mmHg, dans une population et sur une durée explicitement définies.

Méthode

Mettre en œuvre une démarche fondée sur les preuves

  1. Formuler une question clinique précise et structurée
  2. Rechercher les données scientifiques les plus pertinentes
  3. Évaluer leur validité, leur précision et leur pertinence
  4. Déterminer si elles sont applicables au patient concerné
  5. Mettre en balance les bénéfices, les risques et les contraintes
  6. Informer le patient et recueillir ses préférences
  7. Prendre puis réévaluer la décision avec le patient

L'analyse critique répond à trois questions principales :

  • Les résultats sont-ils valides ? Il faut rechercher les biais susceptibles de produire une estimation erronée.
  • Quelle est leur portée ? L'ampleur de l'effet, sa précision et sa pertinence clinique doivent être considérées.
  • Sont-ils transposables ? La population, le contexte et les modalités étudiés doivent être suffisamment proches de la situation rencontrée.
Définition

Validité interne

Degré selon lequel le résultat observé dans une étude estime correctement ce qui s'est produit chez ses participants, sans distorsion majeure liée à un biais.

Définition

Validité externe

Degré selon lequel le résultat d'une étude peut être transposé à d'autres personnes, circonstances ou contextes de soins.

Une étude peut avoir une excellente validité interne tout en étant peu applicable à certains patients. Inversement, une forte ressemblance avec la pratique ne compense pas une méthode incapable de produire un résultat fiable.

Hiérarchie des niveaux de preuve

Définition

Niveau de preuve

Classement de la capacité d'une méthode d'étude à soutenir une conclusion, compte tenu de sa résistance aux biais et du type de question posé.

Pour évaluer l'effet causal d'une intervention, la hiérarchie générale décroissante est la suivante :

  1. revues systématiques de plusieurs essais contrôlés randomisés de qualité ;
  2. essais contrôlés randomisés individuels ;
  3. études de cohorte ;
  4. études cas-témoins ;
  5. études transversales ou séries de cas ;
  6. avis d'experts et raisonnement physiopathologique isolé.
Définition

Essai contrôlé randomisé

Étude expérimentale dans laquelle l'attribution des participants aux groupes comparés repose sur un tirage au sort, afin de rendre les groupes comparables et de limiter les facteurs de confusion.

Définition

Étude observationnelle

Étude dans laquelle le chercheur observe les expositions et les événements sans attribuer lui-même l'intervention étudiée.

Définition

Revue systématique

Synthèse reposant sur une question définie et une méthode explicite de recherche, de sélection et d'analyse critique de l'ensemble des études pertinentes.

Définition

Méta-analyse

Méthode statistique combinant quantitativement les résultats de plusieurs études suffisamment comparables afin d'obtenir une estimation globale.

Comparaison

Principaux plans d'étude

PlanPrincipeAtout principalLimite majeure
Essai contrôlé randomiséAttribution aléatoire de l'interventionForte capacité à étudier un effet causalFaisabilité et transposabilité parfois limitées
CohorteSuivi de groupes selon leur expositionÉtude de la temporalité et du pronosticFacteurs de confusion possibles
Étude cas-témoinsComparaison rétrospective des expositionsAdaptation aux événements raresBiais de sélection et de mémorisation
Étude transversaleMesure à un instant donnéDescription d’une fréquence ou d’une associationTemporalité souvent indéterminée
Attention

La hiérarchie n'est pas automatique

Le rang du plan d'étude ne suffit pas à juger une preuve. Une revue systématique d'études fragiles reste fragile, tandis qu'une étude observationnelle rigoureuse peut fournir les données les plus adaptées à certaines questions.

Le meilleur plan dépend donc de la question. Les essais randomisés sont privilégiés pour comparer des interventions. Les cohortes sont particulièrement adaptées à l'étude du pronostic ou de certaines expositions. L'évaluation d'un test repose sur sa comparaison à une méthode de référence dans une population appropriée.

De la qualité d'une étude à la confiance dans le résultat

Plusieurs éléments peuvent diminuer la confiance accordée à un ensemble de résultats :

  • des biais importants ;
  • une imprécision, lorsque l'incertitude autour de l'estimation est grande ;
  • une incohérence entre les études ;
  • une indirectivité, lorsque la population ou l'intervention étudiée diffère de la question ;
  • un biais de publication, lorsque les résultats disponibles ne représentent pas toutes les études réalisées.

La significativité statistique et la pertinence clinique ne sont pas équivalentes. Un effet peut être statistiquement détectable tout en étant trop faible pour modifier réellement la santé ou la qualité de vie. Réciproquement, un effet potentiellement important peut demeurer incertain lorsque les données sont peu nombreuses.

Exemple

Distinguer significativité statistique et pertinence clinique

Deux groupes de 10 00010\,00010000 patients reçoivent soit un traitement, soit le comparateur pendant un an.

  • Dans le groupe comparateur, 100100100 patients présentent l'événement étudié : 100÷10 000=1,0%100 \div 10\,000 = 1{,}0\%100÷10000=1,0%.
  • Dans le groupe traité, 909090 patients présentent cet événement : 90÷10 000=0,9%90 \div 10\,000 = 0{,}9\%90÷10000=0,9%.
  • La différence absolue est 1,0−0,9=0,11{,}0 - 0{,}9 = 0{,}11,0−0,9=0,1 point de pourcentage, soit environ un événement évité pour 1 0001\,0001000 patients traités.

Supposons que cette différence soit statistiquement détectable, avec p=0,04p = 0{,}04p=0,04. Le résultat ne suffit pas à établir son intérêt clinique : un bénéfice d'environ un événement évité pour 1 0001\,0001000 patients doit être mis en balance avec les effets indésirables, les contraintes et les préférences des patients.

À retenir

Niveau de preuve et force d'une recommandation

Un niveau de preuve élevé augmente la confiance dans l'estimation d'un effet, mais la recommandation dépend aussi du rapport entre bénéfices et risques, des préférences des patients, des contraintes et de l'applicabilité.

Décision partagée et réévaluation

Définition

Décision médicale partagée

Processus au cours duquel le professionnel présente les options et leurs incertitudes, tandis que le patient exprime ses préférences, afin de construire ensemble une décision.

Le professionnel doit traduire les données collectives en informations compréhensibles sans masquer l'incertitude. Le patient ne reçoit pas seulement une conclusion : il doit pouvoir comprendre les options, leurs bénéfices attendus, leurs risques et leurs contraintes.

La décision demeure provisoire au sens épistémologique. Elle peut être réévaluée si l'état du patient, ses préférences ou les connaissances scientifiques évoluent. La médecine fondée sur les preuves est ainsi une démarche continue plutôt qu'une simple consultation ponctuelle de publications.

Points clés
  • La connaissance médicale est probabiliste, révisable et destinée à éclairer une décision individuelle
  • La médecine fondée sur les preuves associe recherche, expertise clinique et préférences du patient
  • Le niveau de preuve dépend du plan d'étude, mais aussi des biais, de la précision, de la cohérence et de l'applicabilité
  • Une revue systématique ou une méta-analyse n'est solide que si les études incluses le sont
  • La force d'une recommandation ne se confond pas avec le seul niveau de preuve
  • La décision médicale doit être partagée, contextualisée et réévaluée

Fiches connexes

À réviser dans la foulée, sur Histoire et épistémologie.

  • Fiche 01Grandes étapes de l'histoire de la médecineHistoire et épistémologie
  • Fiche 02Histoire des maladies et des grandes découvertesHistoire et épistémologie
  • Fiche 03Démarche scientifique, preuve et réfutabilitéHistoire et épistémologie
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