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Sommaire

  • 1Définir les inégalités sociales de santé
  • 2Le gradient social de santé
  • 3Mettre les écarts en évidence
    • 3.1Indicateurs d’état de santé
    • 3.2Comparer des groupes sociaux
    • 3.3Conditions d’une comparaison valide lock — section verrouillée
  • 4Égalité et équité lock — section verrouillée
  • 5Réduire les écarts de santé lock — section verrouillée
    • 5.1Agir sur plusieurs niveaux lock — section verrouillée
    • 5.2Universalisme proportionné lock — section verrouillée
    • 5.3Évaluer l’effet distributif lock — section verrouillée
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B12 · Sociologie et anthropologie de la santé

Inégalités sociales de santé et équité

Décrire le gradient social de santé et les indicateurs qui le mettent en évidence. Distinguer égalité et équité dans la distribution des ressources de santé et présenter les leviers de réduction des écarts.

Santé, société, humanité et santé publique·schedule9 min de lecture·quiz17 QCM corrigés

Définir les inégalités sociales de santé

Définition

Inégalités sociales de santé

Différences systématiques d’état de santé entre des groupes occupant des positions distinctes dans la hiérarchie sociale. Elles concernent aussi bien la mortalité et la morbidité que la qualité de vie, l’exposition aux risques et le recours aux soins.

Une différence de santé n’est pas nécessairement une inégalité sociale. Elle le devient lorsqu’elle est associée de façon régulière à une caractéristique sociale telle que le revenu, le niveau d’études, la profession, les conditions d’emploi ou le territoire de résidence.

Ces inégalités sont dites systématiques car elles ne résultent pas d’une dispersion aléatoire entre individus. Elles se reproduisent dans de nombreuses populations et selon plusieurs dimensions de la santé. Elles sont également socialement construites lorsqu’elles résultent de conditions de vie, de travail et d’accès aux ressources qui peuvent être modifiées par l’organisation collective.

Les mécanismes généraux par lesquels les déterminants sociaux influencent la santé sont étudiés dans la fiche précédente. Ici, ils servent uniquement à comprendre pourquoi la position sociale peut ordonner les états de santé.

Attention

Différence, inégalité et injustice

Toute différence de santé n’est pas automatiquement injuste. Le jugement d’injustice suppose d’examiner si l’écart est évitable, socialement produit et incompatible avec une répartition équitable des possibilités d’être en bonne santé.

Le gradient social de santé

Définition

Gradient social de santé

Relation ordonnée selon laquelle l’état de santé s’améliore progressivement à mesure que la position sociale s’élève, ou se dégrade progressivement à mesure que cette position diminue.

Le gradient ne se limite donc pas à l’opposition entre les personnes les plus favorisées et les plus défavorisées. Il traverse l’ensemble de la hiérarchie sociale. Chaque groupe présente généralement un état de santé moins favorable que le groupe situé immédiatement au-dessus de lui.

La position sociale est approchée par plusieurs variables complémentaires :

  • le niveau de revenu, qui renseigne sur les ressources matérielles disponibles ;
  • le niveau d’études, associé aux compétences, à l’accès à l’information et aux possibilités professionnelles ;
  • la catégorie socioprofessionnelle, qui traduit notamment les conditions de travail et le prestige social ;
  • la situation d’emploi, qui distingue stabilité, précarité et absence d’emploi ;
  • le territoire de résidence, qui reflète la disponibilité des services, l’environnement et la ségrégation spatiale.

Aucun indicateur ne résume à lui seul la position sociale. Deux individus ayant un revenu comparable peuvent différer par leur niveau d’études, leur sécurité professionnelle ou leur environnement résidentiel. L’analyse gagne donc à croiser plusieurs dimensions.

À retenir

Sens du gradient

Le gradient social concerne toute la population et non les seuls groupes en situation de grande précarité. Une politique limitée aux personnes les plus défavorisées peut réduire leur désavantage sans supprimer le gradient dans son ensemble.

Mettre les écarts en évidence

Indicateurs d’état de santé

Un indicateur de santé est une mesure synthétique utilisée pour décrire l’état sanitaire d’une population. Les inégalités sociales peuvent être étudiées à partir de plusieurs familles d’indicateurs :

  • mortalité : taux de mortalité, mortalité prématurée, espérance de vie ;
  • morbidité : fréquence des maladies, limitations fonctionnelles, incapacité ;
  • santé perçue : appréciation globale de son propre état de santé ;
  • qualité de vie : retentissement physique, psychologique et social de l’état de santé ;
  • prévention et soins : participation au dépistage, recours aux soins, délais d’accès, renoncement aux soins ;
  • exposition aux risques : fréquence des conditions environnementales ou professionnelles défavorables.

La santé perçue apporte une information globale, mais elle dépend aussi des normes sociales et des attentes propres aux groupes interrogés. Elle ne remplace donc pas les indicateurs objectifs.

Comparer des groupes sociaux

Pour mettre en évidence une inégalité, il faut comparer un même indicateur entre des groupes définis selon une variable sociale. L’écart peut être exprimé sous forme absolue ou relative.

Formule

Mesures d’un écart social de santé

D=ID−IFD = I_D - I_FD=ID​−IF​R=IDIFR = \frac{I_D}{I_F}R=IF​ID​​
  • DDD : différence absolue entre les groupes
  • RRR : rapport relatif entre les groupes
  • IDI_DID​ : valeur de l’indicateur dans le groupe social défavorisé
  • IFI_FIF​ : valeur de l’indicateur dans le groupe social favorisé

Pour un événement défavorable, une différence DDD positive indique un excès dans le groupe défavorisé. Un rapport RRR supérieur à 111 indique que l’événement y est proportionnellement plus fréquent.

Les mesures absolues et relatives répondent à des questions différentes. La mesure absolue évalue la quantité d’écart à réduire, tandis que la mesure relative apprécie l’importance proportionnelle de cet écart.

Comparaison

Mesures absolues et relatives

CritèreÉcart absoluÉcart relatif
CalculDifférence entre deux valeursRapport entre deux valeurs
InterprétationAmpleur concrète de l’écartImportance proportionnelle de l’écart
Dépendance au niveau moyenFortePlus faible
Utilité principaleEstimer le volume du désavantageComparer l’intensité de l’inégalité

Les deux mesures doivent être interprétées conjointement. Lorsqu’un événement devient plus rare dans toute la population, son écart absolu peut diminuer alors que son écart relatif augmente.

Exemple

Lire une diminution absolue avec une augmentation relative

Deux groupes sont comparés pour un événement défavorable.

Avant une intervention, la fréquence est de 20%20\%20% dans le groupe défavorisé et de 10%10\%10% dans le groupe favorisé.

  • Écart absolu : D=20−10=10D = 20 - 10 = 10D=20−10=10 points de pourcentage.
  • Écart relatif : R=2010=2R = \frac{20}{10} = 2R=1020​=2.

Après l’intervention, les fréquences diminuent dans les deux groupes et atteignent 6%6\%6% dans le groupe défavorisé et 2%2\%2% dans le groupe favorisé.

  • Nouvel écart absolu : D=6−2=4D = 6 - 2 = 4D=6−2=4 points de pourcentage.
  • Nouvel écart relatif : R=62=3R = \frac{6}{2} = 3R=26​=3.

L’écart concret à réduire diminue de 101010 à 444 points de pourcentage, mais l’événement devient relativement plus fréquent dans le groupe défavorisé, avec un rapport qui passe de 222 à 333. Les deux mesures conduisent donc à des lectures différentes de l’évolution.

Conditions d’une comparaison valide

Les groupes comparés peuvent différer par leur structure d’âge. Or l’âge influence fortement de nombreux indicateurs de santé. Une standardisation consiste à neutraliser l’effet de cette différence de structure afin de rendre les taux comparables.

Exemple

Neutraliser une différence de structure d’âge

Deux groupes sociaux ont des structures d’âge différentes. Dans chacun, le taux d’un événement défavorable est de 2%2\%2% chez les personnes jeunes et de 10%10\%10% chez les personnes âgées.

Le groupe favorisé compte 800800800 personnes jeunes et 200200200 personnes âgées. Son taux brut est :

800×2+200×101000=3,6%\frac{800 \times 2 + 200 \times 10}{1000} = 3{,}6\%1000800×2+200×10​=3,6%

Le groupe défavorisé compte 200200200 personnes jeunes et 800800800 personnes âgées. Son taux brut est :

200×2+800×101000=8,4%\frac{200 \times 2 + 800 \times 10}{1000} = 8{,}4\%1000200×2+800×10​=8,4%

Les taux bruts suggèrent un écart de 8,4−3,6=4,88{,}4 - 3{,}6 = 4{,}88,4−3,6=4,8 points de pourcentage. Pourtant, les taux sont identiques à âge égal.

Avec une population standard composée pour moitié de personnes jeunes et pour moitié de personnes âgées, le taux standardisé de chaque groupe est :

0,5×2+0,5×10=6%0{,}5 \times 2 + 0{,}5 \times 10 = 6\%0,5×2+0,5×10=6%

Après standardisation, les deux groupes ont un taux de 6%6\%6%. L’écart brut provenait ici de la proportion plus élevée de personnes âgées dans le groupe défavorisé, et non d’une différence de taux à âge comparable.

L’analyse doit également préciser :

  • la population et la période étudiées ;
  • la définition des groupes sociaux ;
  • le sens favorable ou défavorable de l’indicateur ;
  • la qualité et l’exhaustivité des données ;
  • l’existence d’un gradient ou seulement d’un contraste entre groupes extrêmes.

Des indicateurs synthétiques peuvent intégrer toute la hiérarchie sociale. Ils permettent d’étudier l’évolution générale du gradient sans réduire l’analyse à deux catégories opposées.

Attention

Comparer des taux comparables

Un taux brut peut refléter une composition démographique différente plutôt qu’une véritable inégalité sociale. Lorsque la structure d’âge varie entre groupes, la comparaison doit reposer sur des taux standardisés.

Égalité et équité

Définition

Égalité

Principe consistant à attribuer à chacun une quantité identique de ressources, de droits ou de services, indépendamment de sa situation initiale.

Définition

Équité

Principe de répartition visant à ajuster les ressources aux besoins afin de réduire les désavantages évitables et d’offrir à chacun une possibilité réelle comparable d’atteindre un bon état de santé.

L’égalité porte sur l’identité de la distribution, tandis que l’équité porte sur sa justesse. Une distribution strictement égale peut maintenir une inégalité si les besoins, les obstacles ou les risques initiaux diffèrent. À l’inverse, une distribution équitable peut être inégale en quantité parce qu’elle accorde davantage de moyens aux groupes confrontés aux besoins les plus importants.

Comparaison

Égalité et équité en santé

CritèreÉgalitéÉquité
PrincipeMême ressource pour tousRessource adaptée aux besoins
Point de départSituations supposées comparablesDésavantages initiaux pris en compte
RépartitionUniformeProportionnée aux besoins
FinalitéIdentité de traitementRéduction des écarts injustes

L’équité peut être envisagée selon deux dimensions. L’équité horizontale demande que des besoins comparables reçoivent une réponse comparable. L’équité verticale demande que des besoins différents reçoivent des réponses différentes et proportionnées.

À retenir

L’égalité des moyens ne garantit pas l’égalité réelle d’accès ni l’égalité des résultats. L’équité exige d’identifier les obstacles sociaux et d’adapter l’intensité des ressources aux besoins.

Réduire les écarts de santé

Agir sur plusieurs niveaux

Les inégalités sociales de santé résultent d’un enchaînement de mécanismes. Leur réduction nécessite donc des actions coordonnées :

  • agir sur les conditions de vie et la sécurité matérielle ;
  • réduire les expositions défavorables liées au travail et à l’environnement ;
  • améliorer l’accessibilité géographique, financière et culturelle des services ;
  • renforcer la prévention sans supposer que toute la population peut en bénéficier de la même manière ;
  • adapter l’information aux capacités de compréhension et aux contraintes sociales ;
  • associer les populations concernées à la conception et à l’évaluation des interventions.

L’accès théorique à un service ne suffit pas. L’accès réel suppose que ce service soit disponible, financièrement accessible, compréhensible, acceptable et compatible avec les contraintes quotidiennes.

Universalisme proportionné

Définition

Universalisme proportionné

Principe selon lequel une intervention doit être proposée à toute la population, mais avec une intensité et des modalités proportionnées au niveau de désavantage ou de besoin.

Une politique exclusivement universelle risque de bénéficier davantage aux groupes disposant déjà des ressources nécessaires pour s’en saisir. Une politique exclusivement ciblée peut laisser persister le gradient parmi les groupes non retenus et produire des effets de stigmatisation. L’universalisme proportionné associe donc couverture générale et soutien renforcé.

Exemple

Appliquer l’universalisme proportionné à une consultation de prévention

Une commune propose une consultation de prévention à 1 0001\,0001000 habitants.

  • Les 1 0001\,0001000 habitants reçoivent la même invitation et peuvent prendre rendez-vous gratuitement : la couverture est universelle.
  • Parmi eux, 200200200 habitants identifiés comme confrontés à des obstacles de langue, de transport ou de disponibilité reçoivent aussi deux contacts de soutien, avec une proposition de créneau adapté et une aide au déplacement.

Chaque habitant reçoit au moins un contact. Les 800800800 habitants sans soutien supplémentaire reçoivent 111 contact chacun, tandis que les 200200200 habitants ayant le plus d’obstacles reçoivent 333 contacts chacun.

Le nombre total de contacts est de 1 000+200×2=1 4001\,000 + 200 \times 2 = 1\,4001000+200×2=1400 contacts. L’intervention reste destinée à toute la population, mais son intensité est renforcée pour les personnes ayant les besoins les plus importants. Il s’agit d’un universalisme proportionné, et non d’une intervention réservée à un seul groupe.

Évaluer l’effet distributif

Une intervention ne doit pas être évaluée seulement sur l’amélioration moyenne de la santé. Il faut aussi déterminer comment ses bénéfices se répartissent entre groupes sociaux.

L’évaluation doit comparer, avant et après l’intervention :

  1. l’évolution de l’indicateur dans chaque groupe ;
  2. l’évolution de l’écart absolu ;
  3. l’évolution de l’écart relatif ;
  4. la persistance ou l’atténuation du gradient ;
  5. l’utilisation effective des ressources par les groupes auxquels elles sont destinées.

Une amélioration moyenne peut coexister avec un creusement des inégalités si les groupes favorisés progressent plus rapidement que les autres.

Points clés
  • Les inégalités sociales de santé sont des différences systématiques associées à la position sociale.
  • Le gradient social traverse toute la hiérarchie et ne se réduit pas à l’opposition entre groupes extrêmes.
  • Les écarts doivent être mesurés par des indicateurs comparables, avec des mesures absolues et relatives.
  • L’égalité distribue les mêmes ressources, tandis que l’équité ajuste les ressources aux besoins.
  • L’universalisme proportionné combine une intervention destinée à tous et une intensité accrue pour les groupes défavorisés.
  • L’efficacité d’une politique doit être jugée sur la santé moyenne et sur l’évolution des écarts sociaux.

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