B12 · Psychologie médicale
Mécanismes de défense, stress et coping
Définir les mécanismes de défense mobilisés face à la maladie et leur fonction adaptative. Décrire la réponse au stress et les stratégies d'ajustement, chez le patient comme chez le soignant.
Santé, société, humanité et santé publique8 min de lecture17 QCM corrigés
Faire face à la maladie
La maladie peut menacer l’intégrité corporelle, l’autonomie, l’identité, les projets et les liens sociaux. Elle crée une tension entre les exigences de la situation et les ressources que la personne pense pouvoir mobiliser. Cette tension sollicite simultanément des mécanismes de défense, le plus souvent inconscients, et des stratégies d’ajustement, davantage conscientes et intentionnelles.
La conduite de l’annonce diagnostique et la relation soignant-soigné sont étudiées dans la fiche voisine ; elles influencent cependant l’évaluation de la menace et les ressources disponibles pour y faire face.
Un mécanisme de défense n’est donc pas, en lui-même, un signe de maladie mentale. Sa valeur dépend de sa souplesse, de son intensité, de sa durée et de ses conséquences. Il est adaptatif lorsqu’il rend la situation psychiquement tolérable sans empêcher durablement la compréhension de la réalité ni la participation aux soins.
Les principaux mécanismes de défense
Écarter une représentation menaçante
Le déni consiste à ne pas reconnaître tout ou partie d’une réalité externe pourtant perceptible. Il peut protéger d’une effraction psychique immédiate, mais devient problématique s’il empêche durablement les décisions nécessaires.
Le refoulement maintient hors de la conscience une représentation, un désir ou un souvenir associé à un conflit psychique. Le contenu refoulé n’est pas volontairement oublié et peut continuer à influencer les émotions ou les conduites.
Séparer ou transformer l’émotion
L’isolation de l’affect sépare une représentation de l’émotion qui lui est normalement associée. La personne peut ainsi évoquer une situation menaçante sans manifester l’affect attendu.
L’intellectualisation privilégie un raisonnement abstrait, technique ou théorique pour tenir à distance l’expérience émotionnelle. Elle favorise parfois la compréhension, mais peut aussi empêcher l’élaboration affective.
La rationalisation fournit une explication cohérente et acceptable à une conduite ou à un ressenti dont les déterminants réels restent inconscients.
Le déplacement transfère une émotion ou une réaction depuis son objet initial, trop menaçant ou inaccessible, vers un autre objet psychiquement plus tolérable.
Modifier la localisation du conflit
La projection attribue à autrui des pensées, des intentions ou des affects que la personne ne reconnaît pas comme siens. Elle réduit momentanément le conflit interne, au prix possible d’une altération de la relation.
La régression correspond au retour transitoire à des modes de fonctionnement psychique plus anciens, notamment une dépendance accrue ou une moindre tolérance à la frustration. Elle peut apparaître lorsque les capacités habituelles d’adaptation sont débordées.
Le clivage maintient séparées des représentations opposées d’une même personne ou d’une même situation, sans parvenir à les intégrer en une perception nuancée.
Élaborer la tension psychique
La sublimation transforme une tension pulsionnelle ou conflictuelle en une activité socialement valorisée. Elle permet une satisfaction indirecte compatible avec la réalité.
L’humour autorise la reconnaissance d’une réalité pénible tout en réduisant sa charge émotionnelle. Il ne nie pas nécessairement la situation et peut favoriser une prise de distance souple.
La réponse au stress
Le stress ne dépend pas uniquement des caractéristiques objectives de l’agent stressant. Il résulte d’une transaction entre la personne et son environnement. Une première évaluation porte sur la signification de la situation : menace, perte ou défi. Une seconde porte sur les ressources perçues : connaissances, contrôle possible, soutien social, capacités physiques et psychiques.
Ainsi, une même contrainte peut entraîner des réponses différentes selon son imprévisibilité, sa durée, le contrôle perçu et les ressources disponibles.
Réponse physiologique
La réponse aiguë mobilise rapidement le système nerveux sympathique et la médullosurrénale. La libération de catécholamines, principalement l’adrénaline et la noradrénaline, augmente la vigilance et met rapidement de l’énergie à disposition.
L’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien agit plus progressivement. L’hypothalamus sécrète la corticolibérine, qui stimule la libération hypophysaire de l’hormone corticotrope. Celle-ci entraîne la sécrétion de cortisol par le cortex surrénalien. Le cortisol favorise la mobilisation des réserves énergétiques et module les réponses immunitaires et inflammatoires.
Une activation brève peut être adaptative. En revanche, une activation prolongée, répétée ou insuffisamment régulée produit une charge allostatique, c’est-à-dire le coût cumulé des adaptations physiologiques. Elle peut favoriser la fatigue, troubles du sommeil, perturbations émotionnelles, difficultés cognitives et altérations somatiques.
Le modèle classique distingue une phase d’alarme, une phase de résistance durant laquelle l’adaptation se prolonge, puis un possible épuisement lorsque les ressources ne permettent plus de soutenir la réponse. Ces phases constituent un modèle général et non une succession obligatoire chez chaque personne.
Les stratégies d’ajustement
Contrairement aux mécanismes de défense, les stratégies d’ajustement sont en grande partie accessibles à la conscience et peuvent être volontairement modifiées.
Ajustement centré sur le problème
Il cherche à modifier la source du stress : recueillir des informations, planifier une action, résoudre une difficulté ou mobiliser des ressources. Il est particulièrement pertinent lorsque la situation est au moins partiellement contrôlable.
Ajustement centré sur l’émotion
Il vise à réguler les émotions provoquées par la situation sans nécessairement modifier celle-ci. Il comprend notamment l’identification des affects, leur expression, la relaxation, la réévaluation cognitive et la recherche d’apaisement.
La réévaluation cognitive consiste à modifier l’interprétation d’une situation afin de réduire son caractère menaçant ou de lui attribuer une signification plus supportable.
Recherche de soutien et construction de sens
Le soutien social peut être émotionnel, informationnel ou matériel. Son efficacité dépend moins du nombre de relations que de leur qualité et de leur adéquation aux besoins.
L’ajustement centré sur le sens cherche à intégrer l’épreuve dans une représentation cohérente de soi, de ses valeurs et de ses priorités. Il est particulièrement mobilisé lorsque la situation ne peut pas être supprimée.
L’évitement réduit parfois la détresse à court terme. Lorsqu’il devient exclusif ou persistant, il peut cependant retarder les décisions, limiter la demande d’aide et entretenir le stress.
Chez le patient et chez le soignant
Chez le patient, l’ajustement influence la compréhension de la maladie, la participation aux décisions, l’adhésion aux soins et la qualité de vie. Le soignant doit reconnaître la fonction protectrice des défenses sans les confronter brutalement. Il peut favoriser une information progressive, vérifier la compréhension, soutenir l’expression émotionnelle et renforcer les ressources déjà présentes.
Chez le soignant, l’exposition répétée à la souffrance, à l’incertitude, à la responsabilité et aux contraintes organisationnelles peut également déclencher un stress. Certaines défenses, notamment l’intellectualisation ou la mise à distance affective, permettent de maintenir l’action professionnelle. Lorsqu’elles deviennent rigides, elles peuvent toutefois réduire l’empathie et appauvrir la relation de soin.
Les stratégies protectrices comprennent la régulation émotionnelle, le travail en équipe, les temps de récupération, le soutien entre professionnels, l’analyse des pratiques et le maintien de limites entre vie professionnelle et vie personnelle. La prévention ne repose pas seulement sur l’individu : l’organisation du travail, la reconnaissance, la disponibilité des ressources et la qualité du collectif déterminent aussi le risque d’épuisement professionnel.
Entre ton email pour débloquer le reste de cette fiche
Il reste 2 sections à lire — plus les QCM corrigés, l'examen blanc et le suivi. 72 h d'essai gratuit, sans carte bancaire.