B4 · Cytosquelette
Microfilaments d'actine
Décrire la structure du filament d'actine, sa polarité et la dynamique de polymérisation et de dépolymérisation. Présenter les protéines associées et les structures cellulaires que l'actine organise.
Biologie cellulaire7 min de lecture17 QCM corrigés
Architecture moléculaire du filament d’actine
L’actine est une protéine très abondante du cytoplasme des cellules eucaryotes. Elle peut exister sous une forme globulaire soluble ou s’assembler en polymères linéaires. Ces polymères constituent les microfilaments, l’un des trois grands systèmes du cytosquelette.
Le filament d’actine mesure environ de diamètre. Il est formé de deux chaînes de sous-unités enroulées l’une autour de l’autre selon une organisation hélicoïdale. Les monomères ne sont pas disposés au hasard : ils possèdent tous la même orientation dans le filament.
Cette organisation orientée donne au filament une polarité structurale, c’est-à-dire deux extrémités différentes sur les plans moléculaire et fonctionnel.
L’extrémité plus, notée , incorpore généralement les monomères plus rapidement. L’extrémité moins, notée , présente une vitesse d’association plus faible et une tendance relative plus importante à perdre des sous-unités.
La polarité peut être révélée expérimentalement par la fixation de fragments de myosine, qui confèrent au filament une apparence caractéristique. Elle permet surtout une organisation directionnelle de la polymérisation et des déplacements dépendant de l’actine.
Polymérisation de l’actine
La polymérisation correspond à l’assemblage réversible des monomères d’actine G en actine F. Elle dépend de la concentration en monomères disponibles, de leur état nucléotidique et de protéines régulatrices.
Nucléation, élongation et état stationnaire
La formation spontanée d’un filament comprend trois étapes.
La nucléation est l’étape initiale et limitante. Les petits assemblages de monomères sont instables et se dissocient fréquemment. La formation d’un noyau suffisamment stable permet ensuite l’élongation rapide.
Durant l’élongation, des monomères liés à l’ATP s’ajoutent aux extrémités. L’extrémité s’allonge habituellement plus vite que l’extrémité .
L’état stationnaire ne signifie pas que le filament devient immobile. Des monomères continuent à s’associer et à se dissocier, mais la longueur moyenne reste constante lorsque les flux opposés sont égaux.
Concentration critique
Chaque extrémité possède sa propre concentration critique. En général, est inférieure à .
- Si la concentration en actine G est supérieure aux deux concentrations critiques, le filament s’allonge aux deux extrémités.
- Si elle est inférieure aux deux concentrations critiques, le filament se raccourcit aux deux extrémités.
- Si elle est comprise entre et , l’actine s’ajoute à l’extrémité et se dissocie à l’extrémité .
Ce dernier régime produit un renouvellement continu des sous-unités à travers le filament.
Rôle du nucléotide dans la dynamique
L’actine G libre est majoritairement liée à l’ATP. Après son incorporation dans le filament, l’ATP est hydrolysé en ADP et phosphate inorganique, puis le phosphate est libéré.
Les sous-unités récemment ajoutées, enrichies en actine-ATP ou en actine-ADP associée au phosphate, sont relativement stables. Les régions plus anciennes, riches en actine-ADP, sont moins stables et se dépolymérisent plus facilement.
L’hydrolyse de l’ATP n’est donc pas nécessaire à l’ajout du monomère, mais elle crée un âge moléculaire le long du filament. Elle favorise le renouvellement dirigé des sous-unités.
Protéines associées à l’actine
Dans la cellule, la dynamique de l’actine est fortement contrôlée. Les protéines associées déterminent où les filaments apparaissent, leur longueur, leur stabilité et leur organisation spatiale.
Contrôle des monomères et de la nucléation
La thymosine séquestre des monomères d’actine et limite leur incorporation. La profiline favorise l’échange de l’ADP contre l’ATP sur l’actine G et facilite son ajout à certaines extrémités .
Le complexe Arp2/3 initie de nouveaux filaments à partir du flanc d’un filament préexistant. Il produit ainsi des réseaux ramifiés capables de répartir les forces sur une large surface membranaire.
Les formines initient des filaments non ramifiés et restent associées à leur extrémité . Elles permettent une élongation continue et orientée.
Contrôle de la longueur et du renouvellement
Les protéines de coiffe se fixent à une extrémité et empêchent l’ajout comme la perte de monomères. La gelsoline peut sectionner un filament puis coiffer l’extrémité nouvellement créée.
La cofiline se fixe préférentiellement aux régions riches en actine-ADP. Elle déstabilise ces régions, favorise leur fragmentation et accélère le renouvellement du réseau.
La section d’un filament ne provoque donc pas nécessairement sa disparition. Elle crée de nouvelles extrémités qui peuvent être stabilisées, dépolymérisées ou utilisées pour une nouvelle élongation.
Organisation des filaments
Les protéines de pontage relient plusieurs filaments entre eux. Leur géométrie détermine le type de structure formée.
- La fimbrine rapproche fortement des filaments parallèles et forme des faisceaux serrés.
- L’alpha-actinine espace davantage les filaments et constitue des faisceaux contractiles.
- La filamine relie des filaments orientés selon des directions différentes et forme des réseaux tridimensionnels.
Les myosines sont des protéines motrices qui se déplacent de manière orientée le long des filaments d’actine grâce à l’énergie fournie par l’hydrolyse de l’ATP. Leur interaction avec l’actine permet la production de force et le glissement relatif des filaments. L’étude détaillée des fonctions intégrées de motilité, de transport et de division appartient à la fiche correspondante du sous-bloc.
Structures cellulaires organisées par l’actine
Cortex cellulaire
Le cortex soutient la membrane, contribue à la forme de la cellule et permet des déformations rapides de sa surface. Sa réorganisation locale modifie les propriétés mécaniques de la périphérie cellulaire.
Faisceaux et prolongements membranaires
Les faisceaux parallèles d’actine soutiennent des prolongements membranaires fins. Dans les microvillosités, ils forment une armature stable qui maintient la projection de la membrane. Dans les filopodes, leur polymérisation participe à l’extension orientée de prolongements dynamiques.
Les réseaux ramifiés sous-membranaires organisent les lamellipodes, larges expansions de la membrane dont la progression dépend de la polymérisation de l’actine à leur bord.
Structures contractiles
Les filaments d’actine associés à la myosine constituent des ensembles contractiles. Ils participent aux fibres de tension, reliées aux sites d’adhérence à la matrice extracellulaire, ainsi qu’à l’anneau contractile formé lors de la séparation du cytoplasme en fin de division cellulaire.
Dans les cellules musculaires, l’actine est organisée en réseaux hautement ordonnés associés à la myosine. L’architecture et le fonctionnement détaillés de ces structures relèvent des fiches consacrées aux tissus musculaires.
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