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Sommaire

  • 1Un cadre intégré de santé
  • 2Trois composantes interdépendantes
    • 2.1Santé humaine
    • 2.2Santé animale
    • 2.3Santé des écosystèmes
  • 3Surveillance des maladies émergentes
  • 4Lutte contre l’antibiorésistance lock — section verrouillée
  • 5Une démarche de coopération et de prévention lock — section verrouillée
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B12 · L'Homme et son environnement

Approche One Health

Présenter l'approche intégrée reliant santé humaine, santé animale et santé des écosystèmes. Illustrer sa portée pour la surveillance des maladies émergentes et la lutte contre l'antibiorésistance.

Santé, société, humanité et santé publique·schedule7 min de lecture·quiz17 QCM corrigés

Un cadre intégré de santé

La santé humaine ne dépend pas seulement des caractéristiques biologiques et sociales des populations. Elle dépend aussi des animaux avec lesquels les humains interagissent et du fonctionnement des milieux où circulent les êtres vivants, les agents infectieux et les substances chimiques. Ces composantes forment un système d'interactions : une modification de l'une peut produire des conséquences dans les autres.

Définition

Approche « Une seule santé » ou One Health

Approche intégrée et unificatrice visant à préserver conjointement la santé humaine, la santé animale et la santé des écosystèmes, en tenant compte de leurs interdépendances.

Cette approche ne juxtapose donc pas trois domaines indépendants. Elle étudie les interfaces qui les relient : contacts entre humains et animaux, partage d'un milieu, circulation de microorganismes, usages communs de ressources et diffusion de contaminants. Elle associe plusieurs disciplines et plusieurs secteurs afin de comprendre ces interactions, d'organiser leur surveillance et d'agir de manière coordonnée.

Les interfaces entre les trois composantes de l’approche Une seule santé
Les interfaces entre les trois composantes de l’approche Une seule santé
Définition

Santé des écosystèmes

Capacité d'un écosystème à maintenir son organisation, ses fonctions et sa faculté d'adaptation, tout en assurant des conditions compatibles avec la santé des êtres vivants qui en dépendent.

La santé d'un écosystème ne signifie pas l'absence de tout microorganisme ou de toute maladie. Un écosystème comprend naturellement des relations de compétition, de prédation et de parasitisme. Son état sanitaire s'apprécie plutôt par son fonctionnement, sa stabilité relative, sa diversité biologique et sa capacité de réponse aux perturbations.

Les notions de biodiversité, d'interactions entre espèces, de zoonose et d’exposition environnementale sont développées dans les fiches précédentes du sous-bloc ; elles constituent ici les bases nécessaires à l’analyse intégrée.

Trois composantes interdépendantes

Santé humaine

La santé humaine comprend l’état sanitaire des individus et des populations. Elle est influencée par les agents infectieux, les contaminants, l’alimentation, les activités professionnelles, les conditions de vie et l’organisation sociale. Dans l’approche « Une seule santé », ces déterminants sont replacés dans un environnement biologique et écologique plus large.

Santé animale

La santé animale concerne les animaux domestiques, les animaux d’élevage et les populations animales vivant dans les milieux naturels. Les animaux peuvent être sensibles aux mêmes perturbations que les humains, héberger certains agents infectieux ou participer à leur circulation. Leur surveillance peut ainsi fournir des informations sur une menace partagée.

Santé des écosystèmes

Les écosystèmes déterminent les conditions de survie et de déplacement des organismes. Leur transformation peut modifier la répartition des espèces, la fréquence des contacts entre populations et la circulation des microorganismes. L’environnement peut également recevoir, conserver ou transporter des agents biologiques, des gènes de résistance et des substances antimicrobiennes.

À retenir

Principe central

La santé humaine, la santé animale et la santé des écosystèmes ne sont pas trois objets séparés : elles sont reliées par des échanges permanents. Une action limitée à un seul compartiment peut donc être insuffisante ou déplacer le problème vers un autre.

Comparaison

Approche sectorielle et approche intégrée

CritèreApproche sectorielleApproche « Une seule santé »
Objet observéUn compartiment isoléPlusieurs compartiments et leurs interfaces
DonnéesRecueillies séparémentPartagées et mises en relation
Analyse du risqueCentrée sur les conséquences immédiatesÉtendue aux déterminants et aux voies de circulation
InterventionPropre à chaque secteurCoordonnée entre secteurs
PréventionSouvent située en avalRecherchée aussi en amont de la menace

Surveillance des maladies émergentes

Définition

Maladie émergente

Maladie dont l’incidence augmente, dont l’aire de répartition s’étend ou qui apparaît dans une population où elle n’était pas auparavant reconnue.

L’émergence résulte souvent d’une combinaison de facteurs : évolution d’un agent infectieux, modification des populations animales, transformation des habitats, intensification des échanges, changement des pratiques humaines ou augmentation des contacts entre espèces. Aucun facteur isolé ne suffit nécessairement à expliquer le phénomène.

La surveillance intégrée cherche donc à détecter les signaux dans plusieurs compartiments avant que la menace ne se diffuse largement. Elle peut associer :

  • des données sanitaires humaines ;
  • des données vétérinaires relatives aux animaux ;
  • des observations portant sur les populations animales et leurs déplacements ;
  • des données environnementales concernant les milieux ;
  • des informations sur les usages, les contacts et les transformations écologiques.
Définition

Surveillance intégrée

Collecte continue, analyse conjointe et interprétation coordonnée de données provenant de plusieurs secteurs afin de détecter une menace sanitaire et d’orienter la décision.

Pour être comparables, les données doivent reposer sur des définitions communes, des méthodes d’échantillonnage compatibles et des critères partagés de signalement. Leur rapprochement permet de reconnaître qu’un même agent ou un même phénomène circule entre plusieurs compartiments, alors que des systèmes séparés pourraient ne percevoir que des événements apparemment indépendants.

Méthode

Organiser une surveillance intégrée

  1. Définir la menace recherchée et les populations humaines, animales ou environnementales concernées
  2. Identifier les interfaces où la circulation ou la transmission est possible
  3. Harmoniser les définitions, les prélèvements et les méthodes d’analyse
  4. Centraliser et croiser les données issues des différents secteurs
  5. Interpréter collectivement les signaux et évaluer le risque
  6. Déclencher une réponse coordonnée puis en mesurer les effets

Cette organisation favorise une détection plus précoce, une compréhension plus complète des voies de transmission et une prévention située en amont. Elle permet aussi de choisir le niveau d’intervention pertinent : population humaine, population animale, interface entre espèces ou milieu partagé.

Lutte contre l’antibiorésistance

Définition

Antibiorésistance

Capacité d’une bactérie à survivre ou à se multiplier malgré l’exposition à un antibiotique auquel elle était auparavant sensible.

L’utilisation d’un antibiotique exerce une pression de sélection : les bactéries sensibles sont défavorisées, tandis que les bactéries déjà résistantes disposent d’un avantage relatif. La résistance peut ensuite se diffuser par multiplication des bactéries résistantes ou par transfert de matériel génétique entre bactéries.

Exemple

Effet d’un antibiotique sur une population bactérienne

Une population contient initialement 1 0001\,0001000 bactéries : 990990990 bactéries sensibles et 101010 bactéries résistantes à un antibiotique.

  • Avant le traitement, la proportion de bactéries résistantes est 101 000×100=1%\frac{10}{1\,000} \times 100 = 1\%100010​×100=1%.
  • Après l’exposition à l’antibiotique, les 990990990 bactéries sensibles sont éliminées dans cet exemple, tandis que les 101010 bactéries résistantes survivent.
  • La population restante contient donc 101010 bactéries, toutes résistantes : 1010×100=100%\frac{10}{10} \times 100 = 100\%1010​×100=100%.

L’antibiotique n’a pas rendu résistantes les bactéries sensibles. Il a sélectionné les 101010 bactéries déjà résistantes, qui constituent désormais toute la population survivante.

Attention

La résistance ne concerne pas le patient

Ce n’est pas l’organisme humain ou animal qui devient résistant à l’antibiotique, mais la bactérie. L’exposition aux antibiotiques sélectionne des variants résistants ; elle ne produit pas volontairement une adaptation dirigée.

L’antibiorésistance relève pleinement de l’approche « Une seule santé », car les antibiotiques, les bactéries résistantes et les gènes de résistance peuvent circuler entre humains, animaux et environnement. Les rejets biologiques et les résidus de substances antimicrobiennes relient notamment ces compartiments. Une réduction des usages dans un seul secteur ne suffit donc pas si les autres sources de sélection et les voies de diffusion persistent.

Circulation de l’antibiorésistance entre les compartiments
Circulation de l’antibiorésistance entre les compartiments

La lutte intégrée comporte plusieurs niveaux complémentaires :

  • prévenir les infections, afin de réduire le besoin de traitements antibiotiques ;
  • encadrer les usages chez les humains et les animaux, en réservant les antibiotiques aux situations qui le nécessitent ;
  • surveiller les résistances dans les différents compartiments selon des méthodes comparables ;
  • limiter la diffusion des bactéries résistantes et des gènes de résistance ;
  • maîtriser les rejets de substances antimicrobiennes et de microorganismes dans les milieux ;
  • évaluer conjointement l’effet des politiques mises en œuvre.
À retenir

Antibiorésistance et interdépendance

L’antibiorésistance est à la fois un phénomène biologique de sélection et un phénomène écologique de circulation. Sa maîtrise exige d’agir simultanément sur les usages d’antibiotiques, la prévention des infections et les échanges entre compartiments.

Une démarche de coopération et de prévention

L’approche « Une seule santé » suppose une coopération entre médecine humaine, médecine vétérinaire, écologie, microbiologie, épidémiologie, sciences de l’environnement et sciences sociales. Elle implique également les autorités sanitaires, les laboratoires, les professionnels concernés et les décideurs publics.

Cette coopération ne supprime pas les compétences propres à chaque discipline. Elle organise leur mise en relation autour d’une question commune. La qualité de la démarche dépend donc du partage des données, de la compatibilité des méthodes, de la clarté des responsabilités et de la coordination des décisions.

L’approche possède enfin une dimension préventive. Plutôt que d’intervenir uniquement après l’apparition de conséquences humaines, elle recherche les déterminants en amont : modifications des milieux, pratiques favorisant la transmission, usages inadaptés d’antimicrobiens ou défaut de surveillance à une interface.

Elle ne signifie toutefois pas que toute menace environnementale entraîne automatiquement une maladie humaine. Les relations sont complexes, multifactorielles et parfois incertaines. L’analyse doit donc s’appuyer sur des données compatibles, une évaluation du risque et une réévaluation régulière des mesures prises.

Points clés
  • L’approche « Une seule santé » relie santé humaine, santé animale et santé des écosystèmes
  • Elle étudie prioritairement les interfaces et les circulations entre ces trois composantes
  • La surveillance intégrée croise des données humaines, animales et environnementales selon des méthodes harmonisées
  • Les maladies émergentes sont favorisées par des transformations biologiques, écologiques et sociales combinées
  • L’antibiorésistance associe sélection des bactéries résistantes et diffusion entre compartiments
  • La prévention repose sur une coopération interdisciplinaire et une action coordonnée en amont

Fiches connexes

À réviser dans la foulée, sur L'Homme et son environnement.

  • Fiche 01Grands règnes du vivant, évolution et biodiversitéL'Homme et son environnement
  • Fiche 02Interactions entre espèces et zoonosesL'Homme et son environnement
  • Fiche 03Santé environnementale, expositions et risquesL'Homme et son environnement
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