B3 · Expression des gènes
Code génétique, cadre de lecture et ARN de transfert
Décrire les propriétés du code génétique, la notion de cadre ouvert de lecture et le contexte d'initiation. Présenter la structure de l'ARN de transfert, son chargement et l'appariement codon-anticodon.
Biologie moléculaire et génome7 min de lecture17 QCM corrigés
Le code génétique
La séquence d’un ARN messager est lue dans le sens . Les nucléotides sont regroupés successivement par ensembles de trois, chacun portant une information élémentaire pour la synthèse protéique.
Comme l’ARN possède quatre nucléotides différents et qu’un codon en contient trois, le nombre de codons possibles est . Parmi eux, 61 codons codants correspondent à des acides aminés et 3 codons non-sens, UAA, UAG et UGA, constituent des signaux d’arrêt.
Propriétés fondamentales
Le code génétique possède plusieurs propriétés complémentaires.
- Il est lu par triplets : chaque unité d’information comprend trois nucléotides.
- Il est non ambigu : dans un système biologique donné, un codon possède une seule signification.
- Il est dégénéré, ou redondant : plusieurs codons distincts peuvent spécifier le même acide aminé.
- Il est non chevauchant : un nucléotide donné n’appartient normalement qu’à un seul codon dans un cadre de lecture déterminé.
- Il est continu : les codons sont lus successivement, sans nucléotide séparateur entre eux.
- Il est quasi universel : les mêmes correspondances sont utilisées par la grande majorité des organismes.
La dégénérescence concerne surtout la troisième position du codon. Elle limite les conséquences de certaines substitutions nucléotidiques, car une modification de cette position peut conserver la signification du codon. Elle ne signifie toutefois pas qu’un codon pourrait coder plusieurs acides aminés.
L’universalité n’est pas absolue. Certains génomes, notamment mitochondriaux, emploient des variantes limitées du code standard. La signification d’un codon doit donc être rapportée au système génétique considéré.
Cadre de lecture et séquence codante
Pour une même séquence d’ARN lue dans le sens , trois cadres de lecture sont possibles selon que le premier triplet commence au premier, au deuxième ou au troisième nucléotide. Un décalage d’un ou deux nucléotides modifie donc tous les codons situés en aval.
Le cadre ouvert de lecture, souvent abrégé COL, correspond à une séquence potentiellement traduisible. Sa présence ne prouve cependant pas à elle seule qu’une protéine est réellement produite : l’ARN doit aussi être exprimé, correctement maturé et reconnu par la machinerie de traduction.
Le codon AUG joue habituellement le rôle de codon d’initiation et spécifie alors la méthionine. Sa fonction dépend de sa position et de son environnement : tous les codons AUG d’un ARN messager ne constituent pas des sites d’initiation. Une fois le site initial sélectionné, il fixe le regroupement de tous les triplets suivants.
Les codons UAA, UAG et UGA ne sont reconnus par aucun ARN de transfert chargé. Ils sont reconnus par des facteurs protéiques responsables de l’arrêt, dont le mécanisme est étudié dans la fiche consacrée aux étapes de la traduction.
Contexte d’initiation chez les eucaryotes
La reconnaissance du codon initiateur dépend d’une séquence consensus, c’est-à-dire d’un motif statistiquement favorisé sans être absolument obligatoire. Chez les eucaryotes, le contexte d’initiation est appelé séquence de Kozak.
Le motif consensus s’écrit :
Dans cette notation, R représente une purine, donc A ou G. Le A du codon AUG est numéroté . Les positions les plus déterminantes sont généralement une purine en position et un G en position . Plus le contexte est proche du consensus, plus la reconnaissance du codon AUG est favorisée.
La sélection complète du site d’initiation et l’assemblage du ribosome relèvent de la fiche consacrée à l’initiation de la traduction.
Structure de l’ARN de transfert
Un ARN de transfert, ou ARNt, contient généralement environ 70 à 90 nucléotides. Sa structure secondaire est représentée en feuille de trèfle, tandis que sa structure tridimensionnelle adopte une forme en L.
Il comprend plusieurs régions fonctionnelles :
- la tige acceptrice, formée par l’appariement des extrémités de l’ARNt ;
- l’extrémité portant la séquence universelle CCA, sur laquelle l’acide aminé est fixé ;
- la boucle de l’anticodon, qui contient les trois nucléotides reconnaissant le codon ;
- le bras D, riche en nucléotides dérivés de l’uridine ;
- le bras TΨC, contenant notamment la pseudouridine notée Ψ ;
- une boucle variable, dont la longueur dépend du type d’ARNt.
Les nucléotides modifiés stabilisent la structure, participent à la reconnaissance de l’ARNt par les enzymes et ajustent les propriétés d’appariement de l’anticodon.
Chargement de l’ARNt
Le chargement, ou aminoacylation, transforme un ARNt libre en aminoacyl-ARNt. Il se déroule en deux temps. L’acide aminé est d’abord activé par l’ATP sous forme d’un intermédiaire aminoacyl-AMP. Il est ensuite transféré sur le ribose de l’adénosine terminale de la séquence CCA.
La synthétase reconnaît des éléments d’identité répartis dans l’ARNt, notamment dans la tige acceptrice et la boucle de l’anticodon. Certaines synthétases possèdent aussi une activité de correction éliminant un acide aminé incorrectement activé ou transféré.
Le ribosome vérifie principalement la complémentarité codon-anticodon. Il ne contrôle pas directement l’identité de l’acide aminé porté. La fidélité du chargement par les aminoacyl-ARNt synthétases est donc essentielle à la fidélité de la traduction.
Appariement codon-anticodon
Le codon est lu dans le sens , tandis que l’anticodon s’aligne en sens inverse. Les deux premières bases du codon établissent généralement des appariements stricts de type Watson-Crick. La troisième base du codon peut tolérer une flexibilité plus grande.
La première base de l’anticodon, située en position 34 de l’ARNt, peut être une base modifiée. L’inosine peut notamment s’apparier avec plusieurs nucléotides différents. Cette flexibilité explique qu’un nombre d’ARNt inférieur au nombre de codons codants suffise pour décoder l’ensemble du code génétique.
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