B3 · Expression des gènes
Transcription : initiation, élongation et terminaison
Décrire les ARN polymérases eucaryotes, le promoteur et l'assemblage du complexe d'initiation. Suivre l'élongation et la terminaison et distinguer brin matrice et brin codant.
Biologie moléculaire et génome7 min de lecture17 QCM corrigés
Principes généraux de la transcription
La transcription permet d’exprimer l’information portée par une unité de transcription, c’est-à-dire une région d’ADN comprenant les séquences nécessaires au démarrage, la région transcrite et les signaux associés à l’arrêt. Elle comporte trois étapes successives : initiation, élongation et terminaison.
L’ARN polymérase assemble des ribonucléotides triphosphates, notés ATP, GTP, CTP et UTP. Chaque nouveau nucléotide est ajouté sur le groupement hydroxyle en 3′ du dernier nucléotide incorporé. L’ARN est donc toujours synthétisé dans le sens 5′ vers 3′.
Contrairement aux ADN polymérases, les ARN polymérases n’ont pas besoin d’une amorce préexistante. Elles commencent la synthèse au site d’initiation, désigné par la position .
Brin matrice et brin codant
Les deux brins d’ADN étant antiparallèles, la progression de la polymérase sur le brin matrice dans le sens 3′ vers 5′ impose la synthèse de l’ARN dans le sens opposé.
Les ARN polymérases eucaryotes
Le noyau des cellules eucaryotes contient trois principales ARN polymérases. Elles utilisent le même principe de polymérisation, mais transcrivent des catégories différentes de gènes et reconnaissent des promoteurs distincts grâce à des facteurs protéiques.
L’ARN polymérase I assure une production massive d’ARN ribosomiques nécessaires à la constitution des ribosomes. L’ARN polymérase II transcrit notamment les gènes codant les protéines : son produit initial est un pré-ARN messager, encore appelé transcrit primaire. L’ARN polymérase III synthétise principalement de petits ARN structuraux ou fonctionnels.
La maturation des pré-ARN messagers par ajout d’une coiffe, épissage et formation de l’extrémité 3′ relève de la fiche suivante ; ces transformations sont étroitement associées à la transcription par l’ARN polymérase II, mais ne constituent pas la polymérisation elle-même.
Le promoteur et le repérage du départ
Le promoteur se situe par convention en amont du site . Les positions situées en amont portent des nombres négatifs, tandis que celles situées en aval portent des nombres positifs. Le promoteur n’est généralement pas recopié dans l’ARN à partir de son extrémité la plus éloignée : il sert avant tout de plate-forme de reconnaissance.
Pour les gènes transcrits par l’ARN polymérase II, le promoteur central entoure ou précède immédiatement le site d’initiation. Il peut contenir une boîte TATA, séquence riche en thymine et adénine reconnue par la protéine TBP. Tous les promoteurs de l’ARN polymérase II ne possèdent cependant pas cette boîte ; d’autres motifs peuvent contribuer au positionnement du complexe.
Les éléments régulateurs plus éloignés et les mécanismes contrôlant l’intensité de la transcription sont étudiés dans la fiche consacrée aux promoteurs, aux séquences régulatrices et aux facteurs de transcription.
Initiation par l’ARN polymérase II
L’initiation dépend de facteurs généraux de transcription, nommés TFIIA, TFIIB, TFIID, TFIIE, TFIIF et TFIIH. La désignation TFII indique leur association fonctionnelle avec l’ARN polymérase II.
TFIID intervient précocement. Il contient la protéine TBP, capable de reconnaître la boîte TATA lorsqu’elle est présente, ainsi que d’autres sous-unités participant à la reconnaissance du promoteur. La fixation de TFIID courbe localement l’ADN et fournit un point d’ancrage aux autres facteurs.
TFIIB contribue au positionnement de l’ARN polymérase II par rapport au site . L’ARN polymérase II est recrutée avec TFIIF, puis TFIIE et TFIIH complètent le complexe. Un ensemble multiprotéique appelé Médiateur peut relier cette machinerie aux facteurs régulateurs fixés sur d’autres régions de l’ADN.
TFIIH possède notamment une activité permettant l’ouverture locale de l’ADN et une activité kinase. Une kinase est une enzyme qui transfère un groupement phosphate sur une molécule cible. TFIIH phosphoryle le domaine carboxy-terminal de la plus grande sous-unité de l’ARN polymérase II, appelé CTD.
Cette phosphorylation diminue la stabilité des interactions avec plusieurs facteurs d’initiation. La polymérase peut alors quitter le promoteur : cette transition est appelée échappement au promoteur.
Élongation du transcrit
Après son départ, l’ARN polymérase maintient une ouverture locale de l’ADN appelée bulle de transcription. En avant de l’enzyme, les deux brins se séparent temporairement ; derrière elle, ils se réassocient. L’ADN n’est donc pas durablement ouvert sur toute la longueur du gène.
Dans le site actif, chaque ribonucléotide est sélectionné par complémentarité avec le brin matrice : l’adénine de l’ADN dirige l’incorporation d’uracile dans l’ARN, tandis que la thymine dirige l’incorporation d’adénine. La cytosine et la guanine s’apparient réciproquement.
La formation de chaque liaison phosphodiester libère du pyrophosphate. Son hydrolyse favorise énergétiquement la progression de la réaction. La polymérase avance de manière processive, c’est-à-dire qu’elle incorpore de nombreux nucléotides sans se détacher de la matrice.
Des facteurs d’élongation limitent les pauses, facilitent la reprise après un arrêt transitoire et participent au contrôle de la fidélité. La transcription reste toutefois moins fidèle que la réplication, car l’ARN est une copie temporaire et non le support durable de l’information génétique.
Terminaison de la transcription
Les mécanismes diffèrent selon la polymérase.
Terminaison par l’ARN polymérase I
L’ARN polymérase I rencontre des séquences de terminaison reconnues par des protéines spécialisées. Ces interactions provoquent une pause, puis la libération du précurseur ribosomique et le détachement de la polymérase.
Terminaison par l’ARN polymérase III
L’ARN polymérase III s’arrête au niveau d’une série de thymidines portée par le brin codant de l’ADN. Le transcrit correspondant contient une série d’uridines. La faible stabilité de l’hybride formé dans cette région favorise la dissociation du complexe, sans nécessiter le mécanisme utilisé par l’ARN polymérase II.
Terminaison par l’ARN polymérase II
Pour l’ARN polymérase II, la synthèse dépasse le futur site de l’extrémité 3′ du pré-ARN messager. Le transcrit est clivé après la transcription d’un signal spécifique. La polymérase poursuit brièvement son avancée tandis que l’ARN restant attaché à elle est dégradé par une exoribonucléase appelée XRN2.
Lorsque XRN2 rattrape la polymérase, elle favorise sa dissociation de l’ADN : c’est le modèle dit de la torpille. La coupure du transcrit participe ainsi à la terminaison, mais la terminaison et la formation définitive de l’extrémité 3′ de l’ARN sont deux événements conceptuellement distincts.
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