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Sommaire

  • 1Trois registres normatifs distincts
  • 2La démarche éthique
  • 3Le code de déontologie dans l’ordre juridique lock — section verrouillée
  • 4La bioéthique lock — section verrouillée
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B12 · Éthique et déontologie

Morale, éthique et déontologie : distinctions

Distinguer morale, éthique et déontologie et situer le code de déontologie dans l'ordre juridique. Définir la bioéthique et son champ d'application au vivant et à la médecine.

Santé, société, humanité et santé publique·schedule6 min de lecture·quiz15 QCM corrigés

Trois registres normatifs distincts

La morale, l’éthique et la déontologie orientent toutes trois les conduites humaines, mais elles ne reposent ni sur la même source ni sur le même mode d’obligation. Les distinguer suppose de demander qui formule la norme, à qui elle s’adresse et quelle sanction peut suivre sa violation.

Définition

Morale

Ensemble de valeurs, de devoirs et d’interdits permettant de qualifier une conduite de bonne ou de mauvaise, de juste ou d’injuste. Elle peut être individuelle ou partagée par un groupe social.

La morale propose donc des repères relativement généraux, issus notamment de convictions personnelles, de traditions culturelles ou de conceptions philosophiques. Elle commande ou interdit certaines conduites selon une représentation préalable du bien. Sa sanction n’est pas nécessairement juridique : elle peut prendre la forme d’un remords intérieur ou d’une réprobation sociale.

Définition

Éthique

Réflexion argumentée sur les valeurs, les finalités et les normes qui doivent orienter une décision dans une situation donnée.

L’éthique ne se réduit pas à l’application automatique d’une règle. Elle apparaît surtout lorsque plusieurs exigences légitimes entrent en tension ou lorsqu’aucune norme préexistante ne suffit à déterminer la conduite appropriée. Elle examine les faits, identifie les personnes concernées, confronte les valeurs en jeu et justifie rationnellement une décision.

Une réflexion éthique peut aboutir à plusieurs solutions raisonnables. Elle exige alors que le choix retenu soit cohérent, explicite et discutable par autrui. Elle n’est donc ni une simple opinion personnelle ni une préférence intuitive.

Définition

Déontologie

Ensemble des devoirs et des règles propres aux membres d’une profession, établis en fonction de leurs responsabilités et des intérêts qu’ils doivent protéger.

La déontologie traduit les exigences attachées à une activité professionnelle en obligations communes. Elle vise notamment à protéger les personnes prises en charge, à préserver la confiance accordée aux professionnels et à garantir la dignité de la profession. Sa méconnaissance peut donner lieu à une sanction disciplinaire lorsque les règles applicables le prévoient.

Comparaison

Morale, éthique et déontologie

CritèreMoraleÉthiqueDéontologie
NatureValeurs et prescriptions relatives au bien et au malRéflexion critique et argumentée sur l’actionDevoirs propres à une profession
Source principaleConscience individuelle ou normes socialesDélibération rationnelle et pluralisteTextes et instances professionnelles
DestinatairesIndividus ou groupes sociauxToute personne confrontée à une décisionMembres de la profession concernée
Conséquence d’une transgressionRemords ou réprobation socialeContestation de la justification donnéeSanction disciplinaire possible

Ces trois registres peuvent converger sans se confondre. Une obligation déontologique peut correspondre à une conviction morale et recevoir une justification éthique, mais cette concordance ne transforme pas les trois notions en synonymes.

Attention

L’éthique n’est pas une morale personnelle

Dire qu’une décision est éthique ne signifie pas qu’elle correspond aux seules convictions de son auteur. Une décision éthique doit être argumentée, tenir compte des personnes concernées et pouvoir être soumise à une discussion contradictoire.

La démarche éthique

Une question éthique naît souvent d’un conflit entre plusieurs valeurs ou plusieurs devoirs. Les données scientifiques décrivent ce qui est possible et ses conséquences prévisibles, mais elles ne déterminent pas à elles seules ce qui doit être décidé. Le passage du fait à la norme nécessite un raisonnement portant sur les finalités de l’action.

Exemple

Délibérer face au refus d’une intervention

Une patiente atteinte d’une infection grave refuse l’intervention chirurgicale proposée, malgré le risque élevé d’aggravation. Elle comprend les informations reçues et réitère son refus.

  • Le fait médical est que l’intervention peut améliorer le pronostic, sans garantir la guérison.
  • La bienfaisance conduit à proposer l’intervention susceptible d’éviter une aggravation.
  • L’autonomie conduit à prendre en considération le refus exprimé par la patiente.
  • La décision doit donc être justifiée à partir des informations disponibles, des valeurs en tension et de la situation particulière de la patiente.

Le risque médical ne détermine pas, à lui seul, la décision éthique. Il éclaire la délibération, qui doit rendre explicite la manière dont sont articulées la recherche du bénéfice et le respect de la personne.

Méthode

Construire une délibération éthique

  1. Établir les faits pertinents et distinguer les certitudes des incertitudes
  2. Identifier les personnes concernées et leurs positions respectives
  3. Repérer les valeurs, les droits et les devoirs en tension
  4. Examiner les différentes décisions possibles et leurs conséquences prévisibles
  5. Vérifier la conformité de chaque option au droit et aux obligations professionnelles
  6. Justifier la décision retenue par des arguments communicables et révisables

La délibération éthique ne permet donc pas de contourner le droit. Une option juridiquement interdite ne devient pas licite parce qu’elle paraît moralement souhaitable. Inversement, le caractère licite d’une conduite ne suffit pas toujours à établir qu’elle est éthiquement préférable : le droit fixe un cadre commun, tandis que l’éthique interroge aussi la qualité de la décision au sein de ce cadre.

Les principes d’autonomie, de bienfaisance, de non-malfaisance et de justice fournissent des repères à cette délibération ; leur contenu et leur articulation relèvent de la fiche suivante.

Le code de déontologie dans l’ordre juridique

Définition

Code de déontologie médicale

Ensemble codifié des devoirs imposés aux médecins dans leurs relations avec les patients, les autres professionnels, la collectivité et la profession médicale.

En France, le code de déontologie médicale ne constitue pas seulement une déclaration de valeurs élaborée par la profession. Il est intégré à la partie réglementaire du Code de la santé publique. Ses dispositions ont donc une valeur juridique réglementaire.

Le Conseil national de l’Ordre des médecins participe à sa préparation, mais l’intervention de l’autorité publique lui confère sa place dans l’ordre juridique. Le code reste subordonné aux normes qui lui sont supérieures, notamment la Constitution, les engagements internationaux applicables et la loi. Une règle déontologique ne peut donc contredire une norme supérieure.

Définition

Responsabilité disciplinaire

Obligation pour un professionnel de répondre, devant les instances disciplinaires compétentes, d’un manquement aux devoirs de sa profession.

La violation d’une règle déontologique peut être examinée par la juridiction disciplinaire ordinale et conduire à une sanction prévue par les textes. Cette responsabilité est distincte des responsabilités civile, administrative ou pénale, étudiées dans le sous-bloc consacré au droit de la santé. Un même comportement peut néanmoins relever de plusieurs régimes, car chacun poursuit une finalité différente.

À retenir

Nature juridique du code de déontologie

Le code de déontologie médicale est intégré au Code de la santé publique et possède une valeur réglementaire. Il ne se situe donc pas hors du droit et demeure subordonné aux normes juridiques supérieures.

Attention

Code déontologique et loi

Le mot « code » n’indique pas à lui seul le rang d’un texte. Le Code de la santé publique rassemble des dispositions législatives et réglementaires ; les règles du code de déontologie médicale appartiennent à sa partie réglementaire.

La bioéthique

Définition

Bioéthique

Champ de réflexion éthique consacré aux interventions humaines sur le vivant, à leurs finalités, à leurs conséquences et aux limites qu’il convient de leur fixer.

La bioéthique concerne particulièrement la médecine, les soins, la recherche biomédicale et les sciences du vivant. Elle examine les questions soulevées par la possibilité d’observer, de modifier, de conserver ou d’utiliser le corps humain, ses éléments, ses produits et les informations biologiques qui s’y rapportent.

Son champ dépasse la seule relation individuelle entre un soignant et un patient. Les techniques biomédicales peuvent engager la famille, les générations futures, la collectivité ou la conception sociale de la dignité humaine. La bioéthique articule ainsi plusieurs dimensions :

  • les connaissances scientifiques et leurs limites ;
  • les conséquences médicales et sociales des interventions ;
  • les droits et la protection des personnes ;
  • les valeurs collectives en présence ;
  • les règles juridiques encadrant les pratiques.

La bioéthique n’est ni une branche de la biologie ni un ensemble figé de réponses. Elle constitue une réflexion interdisciplinaire associant notamment médecine, biologie, philosophie, droit et sciences humaines. Les comités d’éthique et les lois de bioéthique organisent une partie de cette réflexion et de cet encadrement ; leurs rôles précis sont étudiés dans une fiche dédiée.

À retenir

La bioéthique applique la réflexion éthique aux interventions sur le vivant et à la médecine. Elle confronte les possibilités scientifiques aux droits des personnes, aux conséquences collectives et aux limites juridiquement établies.

Points clés
  • La morale désigne des valeurs et des prescriptions relatives au bien et au mal.
  • L’éthique est une réflexion argumentée destinée à justifier une décision lorsque plusieurs valeurs ou devoirs sont en tension.
  • La déontologie rassemble les obligations propres aux membres d’une profession et peut fonder une responsabilité disciplinaire.
  • Le code de déontologie médicale appartient à la partie réglementaire du Code de la santé publique et reste soumis aux normes supérieures.
  • La bioéthique étudie les questions normatives soulevées par la médecine, la recherche biomédicale et les interventions humaines sur le vivant.

Fiches connexes

À réviser dans la foulée, sur Éthique et déontologie.

  • Fiche 02Les grands principes de l'éthique biomédicaleÉthique et déontologie
  • Fiche 03Consentement libre et éclairé et information du patientÉthique et déontologie
  • Fiche 04Comités d'éthique et lois de bioéthiqueÉthique et déontologie
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