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Sommaire

  • 1Une composante distincte du génome humain
    • 1.1Un ADN regroupé en nucléoïdes
  • 2Un génome très compact
  • 3Un nombre de copies variable
  • 4Transmission maternelle lock — section verrouillée
  • 5Homoplasmie et hétéroplasmie lock — section verrouillée
  • 6Ségrégation, goulot d’étranglement et effet de seuil lock — section verrouillée
  • 7Conséquences des mutations mitochondriales lock — section verrouillée
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B3 · Organisation du génome humain

Génome mitochondrial et hérédité maternelle

Décrire l'ADN mitochondrial, sa taille, son organisation compacte et son nombre de copies par cellule. Expliquer la transmission maternelle, l'hétéroplasmie et les conséquences des mutations mitochondriales.

Biologie moléculaire et génome·schedule7 min de lecture·quiz17 QCM corrigés

Une composante distincte du génome humain

Le génome humain comprend un génome nucléaire, réparti entre les chromosomes du noyau, et un génome mitochondrial, contenu dans les mitochondries. L’architecture générale du génome nucléaire, ses répétitions et ses polymorphismes sont étudiés dans les fiches précédentes du sous-bloc.

Définition

ADN mitochondrial

Molécule d’ADN située dans les mitochondries, distincte de l’ADN nucléaire et portant une petite partie de l’information génétique nécessaire au fonctionnement mitochondrial.

L’ADN mitochondrial humain, souvent abrégé ADNmt, est une molécule :

  • bicaténaire, donc formée de deux brins complémentaires ;
  • circulaire, contrairement aux chromosomes nucléaires linéaires ;
  • longue de 16 569 paires de bases, soit environ 16,616{,}616,6 kilopaires de bases ;
  • présente en plusieurs copies dans une même cellule.

Les deux brins se distinguent par leur composition en bases et sont traditionnellement nommés brin lourd et brin léger. Cette appellation repose sur leur différence de densité lors de leur séparation expérimentale.

Un ADN regroupé en nucléoïdes

Dans la matrice mitochondriale, l’ADNmt n’est pas libre. Il est associé à des protéines, notamment la protéine TFAM, au sein de structures appelées nucléoïdes mitochondriaux.

Définition

Nucléoïde mitochondrial

Complexe formé par une ou plusieurs molécules d’ADN mitochondrial associées à des protéines participant à leur compaction, leur réplication, leur entretien et leur expression.

L’ADNmt n’est donc pas organisé en nucléosomes comme l’ADN nucléaire. Il ne possède pas les histones canoniques responsables de l’organisation de la chromatine nucléaire.

Un génome très compact

L’ADNmt humain contient 37 gènes :

  • 13 gènes codent des sous-unités protéiques de la phosphorylation oxydative ;
  • 22 gènes codent des ARN de transfert mitochondriaux ;
  • 2 gènes codent les ARN ribosomiques mitochondriaux.

Les 13 protéines produites à partir de l’ADNmt appartiennent aux complexes I, III, IV et V de la chaîne respiratoire et de la synthèse d’ATP. Toutefois, la très grande majorité des protéines mitochondriales est codée par le génome nucléaire, synthétisée dans le cytosol puis importée dans la mitochondrie.

Cette organisation est dite compacte pour plusieurs raisons :

  • les séquences non codantes sont peu abondantes ;
  • les gènes sont très rapprochés ;
  • certains gènes se chevauchent ;
  • les gènes codant des protéines ne comportent pas d’introns ;
  • de longs transcrits contenant plusieurs ARN sont produits avant d’être découpés.
Définition

Région de contrôle mitochondriale

Principale région non codante de l’ADNmt, contenant des éléments nécessaires à la réplication et à la transcription du génome mitochondrial.

Cette région comprend la boucle D, ou boucle de déplacement. Elle constitue l’essentiel de la portion non codante de l’ADNmt. La compacité ne signifie donc pas une absence totale de séquences régulatrices, mais une proportion très faible de séquences non codantes par rapport au génome nucléaire.

Le code génétique mitochondrial présente par ailleurs quelques différences avec le code génétique utilisé dans le cytosol. Un même triplet peut donc ne pas avoir exactement la même signification selon que la traduction est mitochondriale ou cytosolique.

À retenir

Autonomie seulement partielle

La mitochondrie possède son propre ADN et son propre système de traduction, mais elle dépend majoritairement de gènes nucléaires. Son fonctionnement résulte donc d’une coopération permanente entre les génomes mitochondrial et nucléaire.

Un nombre de copies variable

Une cellule contient généralement de nombreuses mitochondries, et chaque mitochondrie peut renfermer plusieurs molécules d’ADNmt. Le nombre total de copies d’ADNmt atteint ainsi plusieurs centaines à plusieurs milliers par cellule.

Ce nombre n’est pas constant. Il dépend notamment :

  • du type cellulaire ;
  • du nombre de mitochondries ;
  • des besoins énergétiques de la cellule ;
  • de son état de différenciation ;
  • de la multiplication ou de la dégradation des mitochondries.

Cette polyploïdie mitochondriale distingue fortement l’ADNmt des chromosomes nucléaires, présents en nombre beaucoup plus strictement contrôlé. Elle explique aussi pourquoi une mutation mitochondriale doit être envisagée à l’échelle d’une population de molécules d’ADNmt et non d’une seule paire d’allèles.

Transmission maternelle

Lors de la fécondation, le zygote reçoit l’essentiel de son cytoplasme et de ses mitochondries de l’ovocyte. Les mitochondries d’origine paternelle, apportées par le spermatozoïde, sont généralement éliminées après la fécondation.

Définition

Hérédité mitochondriale maternelle

Mode de transmission dans lequel l’ADN mitochondrial d’un individu provient presque exclusivement de sa mère.

Dans un arbre généalogique, ce mode de transmission conduit aux règles générales suivantes :

  • une mère porteuse d’une mutation de l’ADNmt peut la transmettre à ses filles comme à ses fils ;
  • un père porteur ne transmet habituellement pas son ADNmt à sa descendance ;
  • seules les filles peuvent prolonger la transmission mitochondriale à la génération suivante.
Attention

Maternelle ne signifie pas réservée aux filles

Les deux sexes peuvent recevoir une mutation mitochondriale de leur mère et en subir les conséquences. La différence porte sur la transmission : seuls les individus de sexe féminin la transmettent habituellement à leur descendance.

L’ADNmt est ainsi transmis comme un ensemble essentiellement clonal, sans la recombinaison régulière qui caractérise les chromosomes homologues nucléaires lors de la méiose.

Homoplasmie et hétéroplasmie

Comme une cellule possède de nombreuses copies d’ADNmt, toutes ces copies peuvent être identiques ou non.

Comparaison

Homoplasmie et hétéroplasmie

CritèreHomoplasmieHétéroplasmie
Population d’ADNmtcopies identiques au site étudiécoexistence de copies différentes
Mutation éventuelleprésente dans toutes les copies ou absente de toutesprésente dans une fraction des copies
Conséquence de la divisionproportion globalement uniformeproportion susceptible de varier
Expression phénotypiquedépend de l’effet de la variantedépend aussi du taux de mutation et du tissu
Définition

Hétéroplasmie

Coexistence, dans une même cellule ou un même organisme, de plusieurs populations d’ADN mitochondrial différant par leur séquence.

La proportion d’ADNmt muté constitue le taux d’hétéroplasmie.

Formule

Taux d’hétéroplasmie

h=NmutNtoth = \frac{N_{\mathrm{mut}}}{N_{\mathrm{tot}}}h=Ntot​Nmut​​
  • hhh : fraction d’ADN mitochondrial muté
  • NmutN_{\mathrm{mut}}Nmut​ : nombre de molécules d’ADNmt portant la mutation
  • NtotN_{\mathrm{tot}}Ntot​ : nombre total de molécules d’ADNmt considérées
Exemple

Calcul d’un taux d’hétéroplasmie

Dans un prélèvement musculaire, 363636 molécules d’ADNmt portent une mutation parmi 120120120 molécules analysées.

h=36/120=0,30h = 36 / 120 = 0{,}30h=36/120=0,30

Le taux d’hétéroplasmie est donc de 30%30\%30%. Cela signifie que 303030 molécules sur 100100100 portent la mutation dans ce prélèvement.

L’hétéroplasmie peut différer entre les cellules, les tissus et les membres d’une même famille. Une mesure réalisée dans un tissu ne reflète donc pas nécessairement exactement la proportion présente dans tous les autres tissus.

Ségrégation, goulot d’étranglement et effet de seuil

Lors de la division cellulaire, les molécules d’ADNmt se répliquent puis sont réparties entre les cellules filles. Cette répartition n’est pas équivalente à la ségrégation ordonnée des chromosomes nucléaires.

Définition

Ségrégation réplicative

Variation de la proportion des différentes populations d’ADNmt au cours des divisions cellulaires, en raison de leur réplication et de leur répartition partiellement aléatoires.

Une cellule fille peut ainsi recevoir une proportion d’ADNmt muté différente de celle de la cellule mère. Au fil des divisions, certains tissus peuvent s’enrichir ou s’appauvrir en molécules mutées.

Pendant la formation des ovocytes, seule une fraction de la population d’ADNmt maternel contribue aux générations mitochondriales suivantes. Ce goulot d’étranglement mitochondrial amplifie les fluctuations du taux d’hétéroplasmie. Des ovocytes issus d’une même femme peuvent donc contenir des proportions très différentes d’ADNmt muté.

Une déficience fonctionnelle apparaît généralement lorsque la proportion de génomes mutés dépasse un seuil critique. En dessous de ce seuil, les copies fonctionnelles peuvent assurer une production énergétique suffisante. Au-dessus, la capacité compensatrice devient insuffisante.

À retenir

Trois principes indissociables

La variabilité des atteintes mitochondriales repose sur l’association de l’hétéroplasmie, de la ségrégation réplicative et de l’effet de seuil.

Conséquences des mutations mitochondriales

Les mutations de l’ADNmt peuvent être des substitutions, de petites variations de séquence ou des réarrangements plus étendus, notamment des délétions. Elles peuvent altérer :

  • une sous-unité de la chaîne respiratoire ;
  • un ARN de transfert mitochondrial ;
  • un ARN ribosomique mitochondrial ;
  • une séquence nécessaire à la réplication ou à la transcription.

Une mutation touchant un ARN mitochondrial peut perturber la synthèse de plusieurs protéines, car les ARN de transfert et les ARN ribosomiques participent à l’ensemble de la traduction mitochondriale. La conséquence commune est souvent une diminution de la phosphorylation oxydative, donc de la production d’ATP.

Les tissus dont les besoins énergétiques sont élevés sont particulièrement vulnérables. Toutefois, la gravité ne dépend pas seulement du type de mutation : elle dépend aussi du taux d’hétéroplasmie, de sa distribution tissulaire et du seuil propre à chaque tissu.

Attention

Mutation mitochondriale et maladie mitochondriale

Une maladie liée au fonctionnement mitochondrial n’est pas nécessairement due à une mutation de l’ADNmt. De nombreuses protéines mitochondriales sont codées par des gènes nucléaires ; leurs mutations suivent alors une transmission mendélienne et non une transmission maternelle.

Points clés
  • L’ADN mitochondrial humain est une molécule circulaire bicaténaire de 16 569 paires de bases.
  • Son organisation compacte comprend 37 gènes, dont 13 codent des protéines de la phosphorylation oxydative.
  • Une cellule contient généralement plusieurs centaines à plusieurs milliers de copies d’ADNmt.
  • L’ADNmt est transmis presque exclusivement par la mère, aux filles comme aux fils.
  • L’hétéroplasmie correspond à la coexistence de plusieurs populations d’ADNmt dans une cellule ou un organisme.
  • La ségrégation réplicative, le goulot d’étranglement et l’effet de seuil expliquent la grande variabilité des conséquences des mutations mitochondriales.

Fiches connexes

À réviser dans la foulée, sur Organisation du génome humain.

  • Fiche 01Architecture et composition du génome humainOrganisation du génome humain
  • Fiche 02Séquences répétées et éléments génétiques mobilesOrganisation du génome humain
  • Fiche 03Organisation des gènes : exons, introns et familles géniquesOrganisation du génome humain
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