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Sommaire

  • 1Définir l'effet indésirable et la iatrogénie
  • 2Classer les effets indésirables
    • 2.1Effets liés à l'action pharmacologique
    • 2.2Effets indépendants de l'action pharmacologique attendue
    • 2.3Effets liés au temps et au devenir du traitement
  • 3Caractériser la gravité et l'évitabilité
  • 4Évaluer l'imputabilité lock — section verrouillée
    • 4.1Imputabilité intrinsèque lock — section verrouillée
    • 4.2Imputabilité extrinsèque lock — section verrouillée
  • 5Ampleur de la iatrogénie médicamenteuse lock — section verrouillée
  • 6Populations les plus exposées lock — section verrouillée
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  5. Effets indésirables et iatrogénie médicamenteuse

B11 · Usage, sécurité, économie

Effets indésirables et iatrogénie médicamenteuse

Classer les effets indésirables selon leur mécanisme et leur prévisibilité et définir l'imputabilité. Présenter l'ampleur de la iatrogénie médicamenteuse et les populations les plus exposées.

Médicament et produits de santé·schedule8 min de lecture·quiz17 QCM corrigés

Définir l'effet indésirable et la iatrogénie

Définition

Effet indésirable médicamenteux

Réaction nocive et non voulue survenant lors de l'utilisation d'un médicament et pour laquelle un lien causal avec celui-ci est au moins raisonnablement suspecté.

L'effet indésirable peut apparaître dans les conditions normales d'utilisation, mais aussi lors d'un mésusage, d'un abus, d'un surdosage, d'une erreur médicamenteuse ou d'une exposition professionnelle. Il ne correspond donc pas nécessairement à une faute de prescription ou d'administration.

Définition

Événement indésirable

Manifestation défavorable survenant au cours d'un traitement, sans que son lien causal avec le médicament soit nécessairement établi ou même suspecté.

La distinction repose sur la causalité : un événement est une observation chronologique, tandis qu'un effet indésirable implique une suspicion de responsabilité du médicament.

Définition

Iatrogénie médicamenteuse

Ensemble des conséquences nocives pour la santé provoquées par un médicament ou par les conditions de son utilisation, qu'elles soient évitables ou non.

L'iatrogénie médicamenteuse comprend ainsi les effets indésirables inhérents aux propriétés du médicament, mais également les dommages liés aux erreurs médicamenteuses, aux interactions, au défaut de surveillance, au mésusage ou à une mauvaise adaptation du traitement au patient.

Définition

Erreur médicamenteuse

Omission ou réalisation non intentionnelle d'un acte relatif au médicament susceptible d'entraîner un risque ou un dommage pour le patient.

Une erreur médicamenteuse peut survenir à toutes les étapes du circuit : prescription, dispensation, préparation, administration, surveillance ou transmission des informations.

Comparaison

Événement, effet indésirable et erreur médicamenteuse

NotionLien causal avec le médicamentCaractère évitable
Événement indésirablenon établivariable
Effet indésirablesuspectévariable
Erreur médicamenteusedommage possible ou avéré lié au circuiten principe évitable

Classer les effets indésirables

Effets liés à l'action pharmacologique

Les effets de type A correspondent à une amplification de l'action pharmacologique du médicament. Leur mécanisme découle de ses propriétés connues : ils sont donc généralement prévisibles, dépendants de la dose et reproductibles. Ils sont relativement fréquents et peuvent souvent être limités par une réduction de dose, une adaptation aux fonctions d'élimination ou la maîtrise des interactions.

La relation entre exposition et risque explique leur prévisibilité : plus la concentration du médicament ou la sensibilité du patient augmente, plus l'effet devient probable. Une dose usuelle peut néanmoins être excessive pour une personne dont l'élimination rénale ou hépatique est diminuée.

Exemple

Adapter l’exposition lors d’une diminution de l’élimination rénale

Un médicament est habituellement administré à la dose de 100 mg\pu{100 mg}100 mg chez un patient dont l’élimination rénale est normale. Cette dose produit une concentration sanguine de 10 mg/L\pu{10 mg/L}10 mg/L.

Chez un patient dont l’élimination rénale est diminuée, la même dose de 100 mg\pu{100 mg}100 mg produit une concentration de 20 mg/L\pu{20 mg/L}20 mg/L : l’exposition est doublée.

Dans ce modèle simplifié, pour retrouver une concentration cible de 10 mg/L\pu{10 mg/L}10 mg/L, la dose est réduite proportionnellement :

100 mg×1020=50 mg\pu{100 mg} \times \frac{10}{20} = \pu{50 mg}100 mg×2010​=50 mg

Une dose usuelle peut donc devenir excessive lorsque l’élimination diminue. L’augmentation d’exposition rend alors plus probable un effet indésirable de type A, lié à l’action pharmacologique du médicament.

Effets indépendants de l'action pharmacologique attendue

Les effets de type B ne s'expliquent pas directement par l'action pharmacologique habituelle. Ils sont souvent liés à un mécanisme immunologique ou à une susceptibilité individuelle rare, notamment génétique. Ils sont peu dépendants de la dose, difficiles à prévoir, peu fréquents, mais parfois graves.

La distinction entre types A et B ne décrit pas seulement leur fréquence : elle oriente la prévention. Un effet de type A appelle surtout une adaptation de l'exposition, alors qu'un effet de type B conduit généralement à éviter une nouvelle exposition lorsque la responsabilité du médicament est suffisamment probable.

Comparaison

Effets indésirables de types A et B

CritèreType AType B
Mécanismeprolongement de l'action pharmacologiqueréaction inhabituelle du patient
Prévisibilitégénéralement prévisiblegénéralement imprévisible
Relation à la dosefréquentefaible ou absente
Fréquencerelativement élevéefaible
Préventionadaptation de l'exposition et surveillanceéviction de la réexposition si imputabilité suffisante

Effets liés au temps et au devenir du traitement

Une classification élargie complète les types A et B :

  • le type C correspond aux effets liés à une exposition chronique ou cumulative ;
  • le type D regroupe les effets retardés, qui apparaissent après un délai parfois long ;
  • le type E correspond aux effets provoqués par l'arrêt du traitement, notamment lorsqu'il est brutal ;
  • le type F désigne un échec thérapeutique inattendu, susceptible de résulter d'une interaction, d'une exposition insuffisante ou d'un problème d'utilisation.

Cette classification est utile, mais ses catégories peuvent se chevaucher. Un effet dépendant de la durée peut aussi être dose-dépendant, car la dose cumulée associe intensité et durée d'exposition.

À retenir

Prévisibilité et mécanisme

Un effet prévisible est généralement lié à l'action pharmacologique, à la dose ou à l'exposition. Un effet imprévisible dépend davantage d'une susceptibilité individuelle inhabituelle et n'est pas nécessairement évitable.

Caractériser la gravité et l'évitabilité

La sévérité décrit l'intensité clinique d'une manifestation. La gravité, au sens réglementaire, repose sur ses conséquences.

Définition

Effet indésirable grave

Effet entraînant le décès, mettant en jeu le pronostic vital, nécessitant ou prolongeant une hospitalisation, provoquant une incapacité importante ou durable, ou entraînant une anomalie congénitale.

Un effet cliniquement très intense n'est donc pas automatiquement grave au sens réglementaire, tandis qu'un effet d'intensité initialement modérée peut l'être s'il conduit à une hospitalisation.

Exemple

Distinguer sévérité clinique et gravité réglementaire

Un patient présente une douleur très intense après la prise d’un médicament. La douleur régresse après un traitement symptomatique en consultation et ne nécessite pas d’hospitalisation. La sévérité est élevée, mais l’effet n’est pas grave au sens réglementaire en l’absence de conséquence de gravité.

À l’inverse, un autre patient présente initialement des vomissements modérés après un traitement. Une déshydratation impose une hospitalisation. Même si l’intensité initiale était modérée, l’effet est grave au sens réglementaire car il a nécessité une hospitalisation.

La gravité se lit donc sur les conséquences de l’événement, et non sur sa seule intensité clinique.

Définition

Effet indésirable évitable

Effet dont la survenue aurait pu être empêchée par une utilisation conforme, une adaptation appropriée du traitement, une surveillance suffisante ou la prévention d'une erreur médicamenteuse.

L'évitabilité doit être distinguée de la prévisibilité. Un effet peut être prévisible mais difficilement évitable lorsque le médicament reste nécessaire et correctement utilisé. Inversement, un événement initialement inattendu peut être évitable si une contre-indication ou une information antérieure n'a pas été prise en compte.

Attention

Ne pas confondre prévisibilité et évitabilité

La prévisibilité concerne la possibilité d'anticiper l'effet à partir de son mécanisme et des connaissances disponibles. L'évitabilité juge si une conduite différente aurait pu empêcher sa survenue.

Évaluer l'imputabilité

Définition

Imputabilité médicamenteuse

Estimation argumentée de la probabilité qu'un médicament soit responsable d'un événement indésirable observé chez un patient.

L'imputabilité ne prouve pas formellement une causalité. Elle organise les arguments favorables et défavorables afin de distinguer une simple succession temporelle d'une relation vraisemblable.

Imputabilité intrinsèque

L'imputabilité intrinsèque repose sur les données propres à la situation observée. Elle associe deux dimensions :

  • les critères chronologiques, fondés sur la compatibilité du délai d'apparition, l'évolution après arrêt et, lorsqu'elle existe, l'évolution après réadministration ;
  • les critères sémiologiques, fondés sur la nature de la manifestation, son mécanisme possible, les examens disponibles et l'existence d'autres causes plausibles.

L'amélioration après arrêt, appelée déchallenge positif, renforce l'hypothèse causale lorsque l'évolution attendue est compatible avec la pharmacologie du médicament. La récidive après réadministration, appelée réadministration positive, constitue un argument fort, mais une réexposition volontaire ne doit pas être réalisée si elle expose à un risque.

Imputabilité extrinsèque

L'imputabilité extrinsèque dépend des connaissances déjà disponibles : effets décrits dans les documents de référence, publications, bases de données et signalements antérieurs. Un effet non encore documenté n'est toutefois pas impossible ; il reçoit seulement un soutien bibliographique plus faible.

Méthode

Raisonner devant un événement indésirable

  1. Vérifier la réalité et la caractérisation clinique de l'événement
  2. Recenser tous les médicaments et toutes les périodes d'exposition pertinentes
  3. Étudier la compatibilité chronologique pour chaque médicament
  4. Rechercher un mécanisme pharmacologique ou une sémiologie évocatrice
  5. Examiner les autres causes possibles, médicamenteuses ou non
  6. Confronter l'observation aux connaissances déjà publiées
  7. Formuler un degré d'imputabilité sans confondre probabilité et certitude

La déclaration et l'exploitation collective de ces suspicions relèvent de la pharmacovigilance, traitée dans la fiche suivante.

Ampleur de la iatrogénie médicamenteuse

L'iatrogénie constitue un problème majeur de santé publique. Elle peut provoquer des consultations, des hospitalisations, une prolongation du séjour, une incapacité, voire un décès. Elle entraîne également des examens, des traitements correcteurs et des coûts supplémentaires.

Son ampleur exacte est difficile à mesurer. Les manifestations banales peuvent ne pas être reconnues, les patients reçoivent souvent plusieurs médicaments et les déclarations spontanées ne recensent qu'une partie des situations. Les estimations varient aussi selon la population, le lieu de soins et la définition retenue.

Une part importante de la iatrogénie est potentiellement évitable. La prévention repose notamment sur l'adaptation des doses, la recherche des interactions et contre-indications, la surveillance clinique et biologique, la qualité des transmissions et la réévaluation régulière des traitements.

Populations les plus exposées

Le risque augmente lorsque se combinent une forte exposition médicamenteuse et une vulnérabilité physiologique.

Les personnes âgées sont particulièrement exposées en raison de la polymédication, de la diminution fréquente des fonctions rénale et hépatique, des modifications de sensibilité aux médicaments et de la coexistence de plusieurs maladies. La fragilité et les troubles cognitifs peuvent en outre compliquer l'utilisation du traitement.

Les nouveau-nés et les enfants présentent des capacités de métabolisme et d'élimination variables avec le développement. Les femmes enceintes ou allaitantes nécessitent une attention particulière en raison de l'exposition potentielle de l'embryon, du fœtus ou du nourrisson.

Le risque est également accru chez les personnes présentant :

  • une insuffisance rénale ou hépatique ;
  • une polymédication ou des prescripteurs multiples ;
  • des antécédents d'allergie ou d'effet indésirable ;
  • une susceptibilité génétique particulière ;
  • des difficultés de compréhension ou d’autonomie ;
  • des transitions fréquentes entre lieux de soins.
À retenir

Déterminants du risque iatrogène

Le risque iatrogène dépend du médicament, de la dose, de la durée, des associations thérapeutiques, des caractéristiques du patient et de la qualité du circuit d'utilisation.

Points clés
  • Un effet indésirable est une réaction nocive et non voulue dont le lien avec un médicament est suspecté
  • Les effets de type A sont généralement pharmacologiques, dose-dépendants et prévisibles, contrairement aux effets de type B
  • Prévisibilité, évitabilité, sévérité et gravité sont quatre notions distinctes
  • L'imputabilité combine chronologie, sémiologie, recherche d'autres causes et données bibliographiques
  • L'iatrogénie médicamenteuse représente une charge sanitaire importante et partiellement évitable
  • Les personnes polymédiquées, fragiles ou présentant une altération des fonctions d'élimination sont les plus exposées

Fiches connexes

À réviser dans la foulée, sur Usage, sécurité, économie.

  • Fiche 01Règles de prescription, listes et stupéfiantsUsage, sécurité, économie
  • Fiche 02Rapport bénéfice/risque et observanceUsage, sécurité, économie
  • Fiche 04Pharmacovigilance et pharmaco-épidémiologieUsage, sécurité, économie
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