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Sommaire

  • 1Finalité et champ de la pharmacovigilance
  • 2Une organisation à plusieurs niveaux
    • 2.1Le réseau français
    • 2.2Les niveaux européen et international
  • 3Déclaration d’un effet indésirable suspecté
  • 4Du cas individuel au signal lock — section verrouillée
  • 5Pharmaco-épidémiologie lock — section verrouillée
    • 5.1Principaux schémas d’étude lock — section verrouillée
    • 5.2Limites de l’interprétation lock — section verrouillée
  • 6Toxicovigilance et pharmacodépendance lock — section verrouillée
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B11 · Usage, sécurité, économie

Pharmacovigilance et pharmaco-épidémiologie

Décrire l'organisation de la pharmacovigilance, la déclaration des effets indésirables et le signal. Présenter les approches pharmaco-épidémiologiques d'étude du médicament en population, ainsi que la toxicovigilance et la pharmacodépendance.

Médicament et produits de santé·schedule8 min de lecture·quiz17 QCM corrigés

Finalité et champ de la pharmacovigilance

Définition

Pharmacovigilance

Ensemble des activités de détection, d’évaluation, de compréhension, de prévention et de gestion des effets indésirables et des autres risques liés aux médicaments.

La pharmacovigilance poursuit le suivi de la sécurité d’un médicament pendant toute son utilisation. Les essais cliniques précédant l’autorisation de mise sur le marché, ou AMM, portent sur des effectifs limités, pendant une durée encadrée et chez des participants sélectionnés. Ils ne peuvent donc pas révéler tous les risques, notamment ceux qui sont rares, retardés ou associés à des conditions d’utilisation particulières.

La qualification des effets indésirables, de leur gravité et de l’iatrogénie relève de la fiche précédente. La pharmacovigilance s’intéresse ici à leur recueil organisé et à leur transformation en décisions de sécurité.

Son champ comprend les effets suspectés lors :

  • d’une utilisation conforme ou non conforme à l’AMM ;
  • d’une erreur médicamenteuse ;
  • d’un surdosage, d’un mésusage ou d’un abus ;
  • d’une exposition professionnelle ;
  • d’une interaction avec un autre médicament.

La suspicion suffit pour déclarer : il n’est pas nécessaire que le lien de causalité soit démontré.

Une organisation à plusieurs niveaux

Le réseau français

En France, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, ou ANSM, pilote le système national. Elle centralise et analyse les informations, coordonne les investigations et prend les mesures relevant de sa compétence.

Les centres régionaux de pharmacovigilance, ou CRPV, constituent le réseau territorial. Ils :

  • recueillent et documentent les déclarations ;
  • apportent une expertise clinique et pharmacologique ;
  • évaluent le lien possible entre médicament et manifestation observée ;
  • contribuent à l’identification des signaux ;
  • informent les professionnels de santé et les patients.

Les établissements de santé organisent également un circuit interne de vigilance, sans que celui-ci remplace la transmission au système national.

Les entreprises exploitant des médicaments doivent disposer d’un système permanent de pharmacovigilance. Elles recueillent les cas portés à leur connaissance, les transmettent dans les délais réglementaires, produisent des rapports périodiques actualisés de sécurité et mettent en œuvre les plans de gestion des risques.

Les niveaux européen et international

L’Agence européenne des médicaments, ou EMA, coordonne la pharmacovigilance européenne. Les notifications sont intégrées dans la base européenne EudraVigilance. Le comité pour l’évaluation des risques en matière de pharmacovigilance, ou PRAC, analyse les signaux et recommande les mesures adaptées.

À l’échelle mondiale, l’Organisation mondiale de la santé favorise la mise en commun des notifications nationales. L’agrégation de données issues de populations nombreuses augmente la capacité de détection des risques rares.

Déclaration d’un effet indésirable suspecté

Définition

Notification spontanée

Transmission non sollicitée d’un effet indésirable suspecté par un professionnel de santé, un patient ou une autre personne habilitée, en dehors d’une collecte organisée par un protocole d’étude.

En France, les médecins, chirurgiens-dentistes, sages-femmes et pharmaciens ont l’obligation de déclarer les effets indésirables dont ils ont connaissance. Les autres professionnels de santé, les patients et leurs proches peuvent également effectuer une déclaration. Celle-ci peut être adressée au CRPV ou réalisée par le portail national de signalement des événements sanitaires indésirables.

Une notification exploitable doit comporter au minimum :

  1. un déclarant identifiable ;
  2. un patient identifiable, sans diffusion publique de son identité ;
  3. un médicament suspect ;
  4. un effet indésirable suspecté.

La qualité de l’analyse augmente lorsque sont précisés la chronologie, les doses, la voie d’administration, les traitements associés, les antécédents, les résultats pertinents et l’évolution après arrêt ou reprise du médicament.

Méthode

Conduite d’une déclaration

  1. Identifier la manifestation et sa chronologie
  2. Recenser les médicaments pris et les conditions de leur utilisation
  3. Rechercher les facteurs associés et les autres causes possibles
  4. Transmettre rapidement les informations disponibles au dispositif compétent
  5. Compléter secondairement la déclaration si de nouvelles données apparaissent
Définition

Imputabilité

Estimation argumentée de la plausibilité du lien entre un médicament et un effet indésirable chez un patient donné, fondée notamment sur la chronologie, les connaissances pharmacologiques et les causes concurrentes.

L’imputabilité ne constitue pas une preuve certaine. Elle structure l’analyse d’un cas individuel, tandis que la causalité collective exige la confrontation de nombreux cas et d’autres méthodes d’étude.

À retenir

Déclarer sur la suspicion

Une déclaration ne doit pas être retardée par l’absence de certitude. Les cas graves, inattendus ou nouvellement observés sont particulièrement informatifs, mais tout effet indésirable suspecté peut contribuer à la surveillance.

Du cas individuel au signal

Définition

Signal de pharmacovigilance

Information provenant d’une ou de plusieurs sources suggérant une association nouvelle potentiellement causale, ou un aspect nouveau d’une association connue, entre une intervention médicamenteuse et un événement, et justifiant une vérification.

Un signal peut correspondre à un effet jusqu’alors inconnu, à une fréquence plus élevée que prévu, à une gravité inhabituelle ou à l’identification d’une population particulièrement exposée.

La détection repose sur plusieurs sources :

  • notifications spontanées ;
  • bases médico-administratives et dossiers de soins ;
  • essais cliniques et études observationnelles ;
  • publications scientifiques ;
  • rapports périodiques des entreprises ;
  • données issues d’autres vigilances.

Dans une base de notifications, une disproportionnalité apparaît lorsqu’une association entre un médicament et un effet est déclarée relativement plus souvent que les autres associations de la base. Elle aide à hiérarchiser les hypothèses, mais elle ne mesure ni l’incidence réelle ni le risque causal.

L’évaluation d’un signal recherche sa cohérence chronologique, pharmacologique et clinique, ainsi que l’existence d’un biais ou d’une cause concurrente. Si le risque est confirmé, les mesures possibles comprennent la modification de l’information, l’ajout de précautions, une restriction d’utilisation, une étude complémentaire, la suspension ou le retrait de l’AMM.

Attention

Signal ne signifie pas risque démontré

Un signal est une hypothèse de sécurité à examiner. Il ne devient un risque établi qu’après une évaluation intégrant l’ensemble des données disponibles.

Pharmaco-épidémiologie

Définition

Pharmaco-épidémiologie

Discipline qui étudie, dans les populations, l’utilisation des médicaments ainsi que leurs effets bénéfiques ou indésirables à l’aide des méthodes de l’épidémiologie.

Elle complète la notification spontanée par des études structurées permettant d’estimer une fréquence, de comparer des groupes et d’identifier des facteurs de risque. Elle exploite notamment les dossiers médicaux, les registres, les cohortes et les bases de remboursement, dont le Système national des données de santé, ou SNDS.

Principaux schémas d’étude

Comparaison

Études pharmaco-épidémiologiques observationnelles

CritèreCohorteCas-témoinsTransversale
Constitution des groupesselon l’expositionselon la présence de l’événementselon l’état observé à un instant donné
Mesure principaleincidence et risque relatifrapport des cotesprévalence
Temporalitégénéralement accessiblereconstruite rétrospectivementdifficile à établir
Intérêt méthodologiquecomparaison directe des risquesadaptée aux événements raresdescription de l’utilisation

Le choix dépend de la fréquence de l’événement, de la temporalité recherchée et des données disponibles.

Les études d’utilisation décrivent les personnes exposées, les doses, les durées, les associations et le respect des recommandations. Les études de sécurité comparent la survenue d’événements entre différents niveaux d’exposition.

Limites de l’interprétation

Une association statistique peut résulter :

  • d’un biais de sélection, si les groupes comparés ne représentent pas les mêmes populations ;
  • d’un biais d’information, si l’exposition ou l’événement est mal mesuré ;
  • d’un facteur de confusion, variable associée à la fois à l’exposition et à l’événement ;
  • d’une confusion par indication, lorsque la maladie ayant motivé le traitement influence elle-même le risque étudié.
Exemple

Mettre en évidence une confusion par indication

Dans une étude de sécurité, un médicament A est prescrit plus souvent aux patients ayant une forme sévère d’une maladie. L’événement étudié est une hospitalisation liée à cette maladie.

  • Parmi 100100100 patients exposés au médicament A, 808080 ont une forme sévère et 202020 une forme modérée. Il y a 161616 hospitalisations chez les patients ayant une forme sévère et 222 chez ceux ayant une forme modérée, soit 181818 hospitalisations au total. La fréquence brute est 18100=18 %\frac{18}{100} = 18\ \%10018​=18 %.
  • Parmi 100100100 patients non exposés, 202020 ont une forme sévère et 808080 une forme modérée. Il y a 444 hospitalisations chez les patients ayant une forme sévère et 888 chez ceux ayant une forme modérée, soit 121212 hospitalisations au total. La fréquence brute est 12100=12 %\frac{12}{100} = 12\ \%10012​=12 %.

La comparaison brute semble associer le médicament A à davantage d’hospitalisations : 18 %18\ \%18 % contre 12 %12\ \%12 %. Pourtant, dans chaque niveau de gravité, le risque est identique chez les exposés et les non-exposés : 1680=420=20 %\frac{16}{80} = \frac{4}{20} = 20\ \%8016​=204​=20 % pour les formes sévères, et 220=880=10 %\frac{2}{20} = \frac{8}{80} = 10\ \%202​=808​=10 % pour les formes modérées.

La différence observée provient de la plus grande proportion de formes sévères parmi les patients traités. La gravité, qui a motivé la prescription et augmente aussi le risque d’hospitalisation, est ici un facteur de confusion par indication.

Les analyses doivent donc prévoir des méthodes d’ajustement, de stratification ou d’appariement. Même après correction, une étude observationnelle soutient une relation causale sans toujours pouvoir la démontrer isolément.

Toxicovigilance et pharmacodépendance

Définition

Toxicovigilance

Surveillance des effets toxiques aigus ou chroniques résultant de l’exposition humaine à des substances ou mélanges autres que les médicaments relevant de la pharmacovigilance.

La toxicovigilance s’appuie principalement sur les centres antipoison et de toxicovigilance, qui recueillent les circonstances d’exposition, évaluent le risque et transmettent les données utiles aux autorités sanitaires. Elle contribue à repérer les situations inhabituelles et à prévenir de nouvelles expositions.

Définition

Pharmacodépendance

État psychique et parfois physique caractérisé par un besoin persistant ou compulsif de consommer une substance psychoactive, avec difficulté à en contrôler l’usage malgré ses conséquences.

L’addictovigilance surveille les cas d’abus, de dépendance, d’usage détourné et les risques liés aux substances psychoactives, qu’elles soient médicamenteuses ou non. Elle est coordonnée par l’ANSM avec les centres d’évaluation et d’information sur la pharmacodépendance-addictovigilance, ou CEIP-A.

Comparaison

Domaines de vigilance

CritèrePharmacovigilanceToxicovigilanceAddictovigilance
Objet principalrisques liés aux médicamentseffets toxiques des substances et mélangesabus et dépendance aux substances psychoactives
Réseau territorialCRPVcentres antipoison et de toxicovigilanceCEIP-A
Finalité immédiatesécurité médicamenteuseprévention du risque toxiqueprévention des usages problématiques
Points clés
  • La pharmacovigilance surveille les risques médicamenteux pendant toute la durée d’utilisation d’un médicament.
  • La déclaration repose sur une suspicion et doit identifier au minimum le déclarant, le patient, le médicament et l’effet suspecté.
  • Un signal est une hypothèse de sécurité nécessitant une évaluation, non une preuve de causalité.
  • La pharmaco-épidémiologie étudie l’utilisation et les effets des médicaments dans les populations au moyen d’études observationnelles.
  • L’interprétation doit tenir compte des biais, des facteurs de confusion et de la temporalité.
  • Toxicovigilance et addictovigilance complètent le dispositif pour les expositions toxiques et les conduites d’abus ou de dépendance.

Fiches connexes

À réviser dans la foulée, sur Usage, sécurité, économie.

  • Fiche 01Règles de prescription, listes et stupéfiantsUsage, sécurité, économie
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