B12 · Éthique et déontologie
Les grands principes de l'éthique biomédicale
Présenter les principes d'autonomie, de bienfaisance, de non-malfaisance et de justice. Montrer comment ces principes entrent en tension dans une situation concrète et comment se construit une délibération.
Santé, société, humanité et santé publique8 min de lecture17 QCM corrigés
Une éthique fondée sur plusieurs principes
La distinction entre morale, éthique et déontologie relève de la fiche précédente ; ici, l’éthique biomédicale est envisagée comme une démarche de réflexion appliquée aux décisions concernant la santé, le soin et la recherche.
L’approche dite principiste s’appuie sur quatre exigences : l’autonomie, la bienfaisance, la non-malfaisance et la justice. Ces principes ne fournissent pas mécaniquement une réponse unique. Ils permettent de repérer les valeurs en jeu, d’argumenter et de comparer plusieurs décisions possibles.
Aucun principe n’est systématiquement supérieur aux autres. Leur importance relative dépend des caractéristiques singulières de la situation, des conséquences prévisibles et des droits des personnes concernées.
Le principe d’autonomie
Respecter l’autonomie signifie reconnaître la personne comme un sujet de décision, et non comme le simple objet d’une intervention médicale. Une décision autonome suppose notamment :
- une capacité suffisante à comprendre et à décider ;
- une information adaptée ;
- l’absence de pression excessive ;
- la possibilité d’exprimer un choix ;
- la prise en compte des valeurs propres de la personne.
L’autonomie ne signifie donc pas l’indépendance absolue. Une personne peut demander conseil, associer ses proches ou tenir compte de relations de dépendance tout en conservant une décision autonome. Ce qui importe est que son choix ne soit pas remplacé sans justification par celui d’un tiers.
La capacité de décision peut être altérée ou absente. La protection de la personne devient alors plus importante, mais elle ne supprime pas toute recherche de sa volonté. Il faut prendre en compte ses capacités restantes, ses préférences connues et les dispositifs de représentation prévus.
Le consentement libre et éclairé constitue une traduction essentielle de ce principe, mais ses conditions et le devoir d’information sont étudiés dans la fiche suivante.
Bienfaisance et non-malfaisance
La bienfaisance conduit à prévenir une atteinte, soulager une souffrance, restaurer une fonction ou améliorer la qualité de vie. Le bénéfice ne se réduit toutefois pas à un résultat biologique : il dépend aussi des priorités et du projet de vie de la personne.
Toute action médicale comporte potentiellement des effets indésirables, des contraintes ou des incertitudes. La non-malfaisance n’interdit donc pas toute prise de risque. Elle impose que le risque soit nécessaire, proportionné et maîtrisé au regard du bénéfice attendu.
Ces deux principes sont étroitement liés, mais ils ne se confondent pas. Une intervention peut procurer un bénéfice tout en exposant à un dommage. La décision suppose alors une appréciation de la balance entre bénéfices et risques.
L’évaluation ne doit pas être seulement technique. La gravité d’une contrainte ou la valeur d’un bénéfice peuvent être appréciées différemment par le professionnel et par la personne concernée.
Le principe de justice
La justice possède deux dimensions complémentaires :
- la justice procédurale, qui exige des règles de décision transparentes, cohérentes et applicables à tous ;
- la justice distributive, qui concerne la répartition des ressources, des soins, des risques et des priorités.
L’équité ne signifie pas nécessairement attribuer exactement la même chose à chacun. Des différences de prise en charge peuvent être justifiées par des différences pertinentes, telles que les besoins de santé, l’urgence, le bénéfice attendu ou la vulnérabilité. En revanche, une distinction fondée sur un critère sans rapport légitime avec la décision constitue une discrimination.
La justice introduit une dimension collective dans une décision qui pourrait sembler limitée à la relation entre une personne et un professionnel. Une action favorable à un individu peut mobiliser une ressource limitée et affecter indirectement l’accès d’autres personnes aux soins.
Les tensions entre les principes
Les principes convergent souvent, mais ils peuvent conduire à des orientations différentes. Une tension éthique apparaît lorsqu’une décision respecte un principe tout en risquant d’en compromettre un autre.
Les principaux conflits sont les suivants :
- autonomie contre bienfaisance : la préférence de la personne peut différer de la conduite jugée la plus favorable par le professionnel ;
- autonomie contre non-malfaisance : le choix exprimé peut exposer la personne à un dommage important ;
- bienfaisance contre non-malfaisance : le bénéfice recherché peut nécessiter l’acceptation d’un risque ;
- intérêt individuel contre justice : une décision avantageuse pour une personne peut entrer en tension avec une répartition équitable de ressources limitées.
Ces oppositions ne signifient pas qu’un principe doit être abandonné. Il faut plutôt déterminer comment respecter chacun d’eux autant que possible. Une décision éthique est rarement celle qui maximise une seule valeur ; elle cherche un équilibre justifiable entre plusieurs exigences.
Construire une délibération éthique
La délibération ne consiste ni à appliquer une préférence personnelle ni à additionner mécaniquement des avantages et des inconvénients. Elle organise une confrontation raisonnée entre plusieurs interprétations légitimes.
La qualité de la délibération dépend également de la pluralité des points de vue. Le regard de la personne concernée, des proches lorsqu’ils ont une place légitime, des professionnels et, si nécessaire, d’une instance consultative permet de révéler des valeurs ou des conséquences initialement négligées.
Les comités d’éthique et les lois de bioéthique font l’objet d’une fiche distincte. Ils fournissent des cadres de réflexion et des normes, mais ne remplacent pas l’analyse singulière de la situation.
Entre ton email pour débloquer le reste de cette fiche
Il reste 2 sections à lire — plus les QCM corrigés, l'examen blanc et le suivi. 72 h d'essai gratuit, sans carte bancaire.