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Sommaire

  • 1Pourquoi institutionnaliser la réflexion bioéthique ?
  • 2Les instances consultatives
    • 2.1Le Comité consultatif national d'éthique
    • 2.2Les espaces de réflexion éthique
  • 3Les comités de protection des personnes
    • 3.1Les recherches impliquant la personne humaine
  • 4La construction des lois de bioéthique lock — section verrouillée
    • 4.1Les étapes législatives majeures lock — section verrouillée
  • 5Les principes juridiques relatifs au corps humain lock — section verrouillée
  • 6Les principes relatifs au don lock — section verrouillée
  • 7La protection éthique dans la recherche lock — section verrouillée
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B12 · Éthique et déontologie

Comités d'éthique et lois de bioéthique

Présenter les instances consultatives et les comités de protection des personnes et leurs missions. Retracer l'évolution des lois de bioéthique et les principes relatifs au corps humain, au don et à la recherche.

Santé, société, humanité et santé publique·schedule8 min de lecture·quiz17 QCM corrigés

Pourquoi institutionnaliser la réflexion bioéthique ?

Les progrès de la biologie et de la médecine rendent possibles des interventions qui touchent au corps, à la reproduction, au patrimoine génétique ou à la vie humaine. Or une possibilité technique n'est pas, à elle seule, une justification morale ou juridique. La bioéthique organise donc une réflexion collective sur les limites, les conditions et les finalités de ces interventions.

Définition

Bioéthique

Réflexion éthique appliquée aux sciences de la vie, à la médecine et à la santé, portant sur leurs conséquences pour la personne humaine et la société.

Les principes généraux d'autonomie, de bienfaisance, de non-malfaisance et de justice sont étudiés dans une fiche précédente. Ici, ils servent de fondement aux avis des instances consultatives et aux règles juridiques relatives au corps humain, au don et à la recherche.

Les instances consultatives

Le Comité consultatif national d'éthique

Créé en 1983 puis consacré par la loi, le Comité consultatif national d'éthique pour les sciences de la vie et de la santé, ou CCNE, est une autorité consultative indépendante. Sa composition pluraliste associe plusieurs sensibilités philosophiques et spirituelles ainsi que des personnalités issues de la recherche, de la médecine, du droit et de la société civile.

Définition

Instance consultative

Organisme chargé d'éclairer les pouvoirs publics et la société par des analyses et des avis, sans disposer lui-même du pouvoir d'édicter une règle obligatoire.

Le CCNE a pour missions de :

  • formuler des avis sur les problèmes éthiques et sociaux liés aux progrès de la connaissance en biologie, médecine et santé ;
  • produire des rapports et recommandations accessibles au public ;
  • favoriser le débat public et la réflexion pluraliste ;
  • contribuer à l'organisation des États généraux de la bioéthique avant certaines révisions législatives.

Ses avis possèdent une autorité intellectuelle et institutionnelle, mais non une force juridique obligatoire. Le Parlement reste compétent pour voter la loi, tandis que le Gouvernement exerce le pouvoir réglementaire.

Attention

Avis éthique et règle de droit

Un avis du CCNE n'est ni une loi ni une décision de justice. Il éclaire la décision publique, mais ne crée pas directement d'obligation juridique.

Les espaces de réflexion éthique

Les espaces de réflexion éthique régionaux favorisent les échanges entre professionnels, chercheurs, étudiants et citoyens. Ils assurent des missions de formation, de documentation, d'observation des pratiques et d'organisation du débat public.

Des structures locales peuvent également accompagner la réflexion éthique dans les établissements de santé ou de recherche. Elles apportent une aide à la délibération, mais ne se substituent ni au juge, ni aux autorités administratives, ni aux comités de protection des personnes.

L'Agence de la biomédecine possède par ailleurs un conseil d'orientation qui examine les dimensions médicales, scientifiques et éthiques relevant de son champ de compétence. Les règles détaillées concernant la procréation, la génétique et le prélèvement d'organes appartiennent aux fiches spécialisées du sous-bloc.

Les comités de protection des personnes

Définition

Comité de protection des personnes

Instance indépendante chargée d'évaluer, avant sa réalisation, un projet de recherche impliquant la personne humaine afin de vérifier la protection des participants et le respect des exigences éthiques et juridiques.

Les CPP ont succédé aux anciens comités consultatifs de protection des personnes dans la recherche biomédicale. Ils comprennent des membres issus à la fois du domaine médical et scientifique et de la société civile, en particulier des compétences juridiques, éthiques et sociales. Cette pluralité évite que l'évaluation soit limitée à la seule faisabilité scientifique.

Le CPP examine principalement :

  • la pertinence générale du projet et l'adéquation entre ses objectifs et ses contraintes ;
  • la balance entre les risques prévisibles et les bénéfices attendus ;
  • les modalités de recrutement des participants ;
  • la qualité de l'information délivrée et du recueil du consentement ;
  • les mesures prévues pour les personnes vulnérables ;
  • la protection de la confidentialité et des données ;
  • les conditions d'indemnisation et de prise en charge des conséquences éventuelles de la recherche.

Les règles détaillées du consentement libre et éclairé relèvent de la fiche précédente. Dans la recherche, leur application est renforcée parce que l'intervention vise d'abord à produire des connaissances généralisables et ne se confond pas avec un soin individualisé.

Les recherches impliquant la personne humaine

Définition

Recherche impliquant la personne humaine

Recherche organisée et pratiquée sur des personnes volontaires en vue du développement des connaissances biologiques ou médicales, selon les catégories définies par le Code de la santé publique.

La loi distingue trois catégories selon le degré d'intervention :

Comparaison

Catégories de recherches impliquant la personne humaine

CatégorieNatureNiveau de contrainte
Catégorie 1Recherche interventionnelleIntervention non justifiée par la prise en charge habituelle
Catégorie 2Recherche interventionnelle à risques et contraintes minimesIntervention limitée par une liste réglementaire
Catégorie 3Recherche non interventionnelleActes et produits utilisés selon la pratique habituelle, sans procédure supplémentaire inhabituelle

Le projet doit obtenir l'avis favorable d'un CPP avant de débuter. Selon sa catégorie et son objet, une autorisation de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé peut également être requise. Le promoteur assume l'organisation et le financement de la recherche, tandis que l'investigateur la dirige sur le lieu où elle est réalisée.

Attention

Toutes les recherches en santé ne relèvent pas des CPP

Une étude portant uniquement sur des données déjà recueillies ne constitue pas nécessairement une recherche impliquant la personne humaine. Elle relève alors d'autres règles, en particulier celles relatives aux données personnelles, à la confidentialité et aux compétences de la Commission nationale de l'informatique et des libertés.

À retenir

Finalité du contrôle préalable

La qualité scientifique et la protection éthique sont indissociables : exposer une personne aux contraintes d'une recherche mal conçue serait injustifiable, car aucune connaissance fiable ne pourrait en résulter.

La construction des lois de bioéthique

Les étapes législatives majeures

Les lois françaises de bioéthique reposent sur une révision périodique, car les techniques et les attentes sociales évoluent. Cette révision ne signifie pas que les principes fondamentaux sont provisoires : elle permet d'adapter leurs modalités d'application.

  • 1988 : la loi Huriet-Sérusclat établit un cadre protecteur pour la recherche biomédicale.
  • 1994 : les premières lois dites de bioéthique posent les principes relatifs au respect du corps humain et encadrent le don, l'assistance médicale à la procréation, le diagnostic génétique et l'utilisation des éléments du corps.
  • 2004 : la première grande révision adapte le droit aux progrès biomédicaux, crée l'Agence de la biomédecine et transforme l'organisation du contrôle de la recherche.
  • 2011 : une nouvelle révision actualise les règles concernant la biomédecine et affirme le principe d'une réévaluation régulière.
  • 2012 : la loi Jardé réorganise les recherches impliquant la personne humaine ; son application réglementaire devient effective ultérieurement.
  • 2021 : la dernière révision majeure élargit plusieurs droits, adapte l'encadrement de la procréation, de la génétique et de la recherche, et maintient l'exigence de débat public périodique.

La Convention d'Oviedo, élaborée dans le cadre du Conseil de l'Europe et ratifiée par la France, complète ce dispositif. Elle affirme la primauté de l'être humain sur le seul intérêt de la science ou de la société.

Les principes juridiques relatifs au corps humain

Le Code civil place la sauvegarde de la dignité de la personne au fondement du droit biomédical. Il affirme le respect de l'être humain dès le commencement de sa vie et protège chacun contre les atteintes injustifiées à son corps.

Comparaison

Principes de protection du corps humain

PrincipeSignification
DignitéLa personne ne peut être réduite à un objet ou à un moyen
InviolabilitéUne atteinte au corps exige une justification légale et le respect du consentement
IntégritéUne intervention sur le corps doit répondre aux conditions prévues par la loi
Non-patrimonialitéLe corps, ses éléments et ses produits ne peuvent faire l'objet d'un droit patrimonial

L'intervention portant atteinte à l'intégrité corporelle n'est licite que lorsqu'elle répond à une nécessité médicale pour la personne ou, dans les conditions prévues par la loi, à l'intérêt thérapeutique d'autrui. Le consentement doit en principe être recueilli préalablement et peut être retiré dans les conditions applicables à l'acte concerné.

À retenir

Le corps humain est hors du commerce juridique : la personne ne peut être assimilée à une chose, et les éléments de son corps ne peuvent devenir la source d'un profit patrimonial.

Les principes relatifs au don

Le don d'éléments ou de produits du corps humain repose sur trois exigences générales :

  • la gratuité, qui interdit la rémunération du donneur et empêche la marchandisation du corps ;
  • le consentement, organisé selon des modalités propres à chaque type de prélèvement ;
  • l'anonymat, lorsqu'il est prévu, sous réserve des dérogations instituées par la loi.

Ces principes sont complétés par des exigences de sécurité sanitaire, de traçabilité et d'équité dans l'accès aux ressources biologiques. Leur mise en œuvre varie selon la nature du don. Les régimes propres aux organes, aux gamètes et aux autres éléments corporels sont traités dans les fiches consacrées au don et à la procréation.

La protection éthique dans la recherche

La liberté de la recherche n'est pas absolue. Elle est limitée par la dignité, l'intégrité, la sécurité et les droits des participants. Une recherche humaine n'est admissible que si :

  1. son objectif scientifique est pertinent ;
  2. les connaissances disponibles ne permettent pas d'atteindre cet objectif autrement ;
  3. les risques et contraintes sont proportionnés à l'intérêt attendu ;
  4. les participants reçoivent une information adaptée ;
  5. leur consentement est valablement recueilli lorsque la loi l'exige ;
  6. un contrôle indépendant est réalisé avant le début du projet ;
  7. des protections supplémentaires sont prévues pour les personnes vulnérables.

L'intérêt de la science ou de la collectivité ne peut donc justifier, à lui seul, le sacrifice des droits fondamentaux d'une personne.

Points clés
  • Le CCNE éclaire le débat public par des avis non contraignants sur les enjeux éthiques de la biologie, de la médecine et de la santé.
  • Les espaces de réflexion éthique diffusent la culture éthique et organisent le dialogue au niveau régional.
  • Un CPP exerce un contrôle indépendant préalable sur les recherches impliquant la personne humaine.
  • Les lois de bioéthique, fondées en 1994 puis régulièrement révisées, adaptent le droit aux évolutions biomédicales.
  • Le corps humain est protégé par les principes de dignité, d'inviolabilité, d'intégrité et de non-patrimonialité.
  • Le don et la recherche reposent sur le consentement, la gratuité, la protection des personnes et la primauté de l'être humain.

Fiches connexes

À réviser dans la foulée, sur Éthique et déontologie.

  • Fiche 01Morale, éthique et déontologie : distinctionsÉthique et déontologie
  • Fiche 02Les grands principes de l'éthique biomédicaleÉthique et déontologie
  • Fiche 03Consentement libre et éclairé et information du patientÉthique et déontologie
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    • 2.2Les espaces de réflexion éthique
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