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Sommaire

  • 1Prévenir selon l’histoire naturelle de la maladie
    • 1.1Prévention primaire
    • 1.2Prévention secondaire
    • 1.3Prévention tertiaire
    • 1.4Prévention quaternaire
  • 2Le dépistage
    • 2.1Dépistage organisé et dépistage individuel
  • 3Critères de pertinence d’un programme
    • 3.1Concernant la maladie
    • 3.2Concernant le test lock — section verrouillée
    • 3.3Concernant la prise en charge lock — section verrouillée
    • 3.4Concernant le programme lock — section verrouillée
  • 4Évaluer sans se laisser tromper lock — section verrouillée
    • 4.1Biais d’avance au diagnostic lock — section verrouillée
    • 4.2Biais de durée d’évolution lock — section verrouillée
    • 4.3Biais de sélection lock — section verrouillée
    • 4.4Surdiagnostic lock — section verrouillée
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B12 · Santé publique et système de soins

Prévention primaire, secondaire, tertiaire et dépistage

Distinguer les niveaux de prévention et les actions correspondantes, y compris la prévention quaternaire. Énoncer les critères de pertinence d'un programme de dépistage et les biais qui en compliquent l'évaluation.

Santé, société, humanité et santé publique·schedule8 min de lecture·quiz17 QCM corrigés

Prévenir selon l’histoire naturelle de la maladie

Définition

Prévention

Ensemble des actions visant à empêcher la survenue d’une maladie, à la détecter précocement, à en limiter les conséquences ou à éviter une médicalisation inutile.

Les niveaux de prévention se distinguent par le moment de l’intervention dans l’histoire naturelle d’une maladie :

  1. exposition à des déterminants ou à des facteurs de risque ;
  2. apparition biologique de la maladie, encore asymptomatique ;
  3. expression clinique de la maladie ;
  4. complications, séquelles ou incapacité.

Cette classification ne dépend donc pas de la nature concrète de l’action, mais de sa place par rapport à la maladie. Une même intervention peut relever de niveaux différents selon la population et le moment où elle est mise en œuvre.

Prévention primaire

La prévention primaire intervient avant l’apparition de la maladie. Elle cherche à réduire son incidence, c’est-à-dire le nombre de nouveaux cas survenant dans une population pendant une période donnée.

Elle repose notamment sur :

  • la réduction ou la suppression des facteurs de risque ;
  • la diminution de l’exposition à des agents nocifs ;
  • le renforcement des facteurs protecteurs ;
  • les mesures de protection spécifiques contre une maladie.

La promotion et l’éducation à la santé peuvent soutenir cette prévention, mais leurs objectifs et leurs méthodes relèvent de la fiche suivante du sous-bloc.

Prévention secondaire

La prévention secondaire intervient lorsque la maladie a commencé biologiquement, mais avant ses manifestations cliniques ou à un stade très précoce. Elle vise à détecter la maladie assez tôt pour que sa prise en charge améliore le pronostic.

Le dépistage constitue son instrument principal. La prévention secondaire n’a toutefois de sens que si une intervention précoce apporte un bénéfice supérieur à une intervention réalisée après l’apparition des symptômes.

Prévention tertiaire

La prévention tertiaire intervient chez une personne atteinte d’une maladie cliniquement constituée. Elle cherche à :

  • éviter les complications et les récidives ;
  • limiter les séquelles, l’incapacité et la perte d’autonomie ;
  • favoriser la réadaptation et la réinsertion ;
  • préserver la qualité de vie.

Elle ne supprime pas nécessairement la maladie : elle en réduit les conséquences individuelles et sociales.

Prévention quaternaire

Définition

Prévention quaternaire

Ensemble des actions destinées à repérer les personnes exposées à une médicalisation excessive et à les protéger d’interventions inutiles ou disproportionnées.

Elle concerne tous les stades de la prise en charge. Elle impose de ne proposer une intervention que si son bénéfice attendu dépasse ses risques, ses contraintes et ses conséquences psychologiques ou sociales. Elle inclut la lutte contre les examens injustifiés, les traitements sans bénéfice démontré et les diagnostics sans utilité pour la personne.

Comparaison

Les trois niveaux de prévention

CritèrePrimaireSecondaireTertiaire
Momentavant la maladiemaladie asymptomatique ou très précocemaladie cliniquement constituée
Objectif principalempêcher la survenueaméliorer le pronostic par détection précoceréduire complications et séquelles
Indicateur attendudiminution de l’incidencediminution de la morbidité ou de la mortalitédiminution de l’incapacité et amélioration de la qualité de vie
Type d’actionréduction des risques et protectiondépistage puis confirmation et prise en chargetraitement, suivi et réadaptation

La prévention quaternaire est transversale à ces trois niveaux : elle en limite les interventions inutiles et les effets indésirables.

À retenir

Le niveau de prévention est déterminé par le stade de la maladie au moment de l’action : avant la maladie pour la prévention primaire, avant les symptômes pour la prévention secondaire, après l’expression clinique pour la prévention tertiaire.

Le dépistage

Définition

Dépistage

Démarche proposée à des personnes apparemment en bonne santé afin d’identifier celles qui présentent une probabilité accrue d’être atteintes d’une maladie ou d’une anomalie donnée.

Le dépistage s’adresse à une population asymptomatique définie à l’avance. Il ne répond pas à une plainte clinique individuelle. Son résultat sépare provisoirement les personnes dont le test est négatif de celles qui doivent bénéficier d’investigations complémentaires.

Un test de dépistage positif ne suffit donc pas à affirmer un diagnostic. Il ouvre une procédure de confirmation diagnostique, suivie, si nécessaire, d’une prise en charge.

Attention

Dépistage et diagnostic ne sont pas synonymes

Le dépistage estime la probabilité d’une maladie chez une personne asymptomatique ; le diagnostic cherche à établir la présence ou l’absence de cette maladie chez une personne sélectionnée par des symptômes ou par un dépistage positif.

Les performances intrinsèques et prédictives des tests, notamment la sensibilité, la spécificité et les valeurs prédictives, sont étudiées dans le sous-bloc consacré aux tests diagnostiques. Ici, elles constituent une condition nécessaire, mais non suffisante, de la pertinence d’un programme.

Dépistage organisé et dépistage individuel

Comparaison

Modalités du dépistage

CritèreDépistage organiséDépistage individuel
Initiativeprogramme défini pour une population cibleproposition lors d’une relation de soins
Populationcritères explicites d’inclusionpersonnes consultant individuellement
Procédureinvitation, protocole et suivi standardisésmodalités dépendant de la situation individuelle
Évaluationcontrôle de qualité et indicateurs populationnelsévaluation globale plus difficile
Équitéaccès recherché pour toute la population cibleaccès dépendant davantage du recours aux soins

Le dépistage organisé permet une évaluation collective, une assurance qualité et un suivi des personnes. Le dépistage individuel peut être pertinent, mais il expose davantage à l’hétérogénéité des pratiques et aux inégalités d’accès.

Critères de pertinence d’un programme

La possibilité technique de détecter une anomalie ne justifie pas, à elle seule, un dépistage. La pertinence doit être établie à plusieurs niveaux.

Concernant la maladie

La maladie doit :

  • représenter un problème de santé suffisamment important par sa fréquence ou sa gravité ;
  • posséder une histoire naturelle suffisamment connue ;
  • comporter une phase préclinique détectable assez longue ;
  • pouvoir être définie par des critères diagnostiques explicites.

Concernant le test

Le test doit être :

  • suffisamment valide pour distinguer les personnes probablement atteintes des personnes probablement indemnes ;
  • reproductible, afin que son résultat varie peu lorsque les conditions sont identiques ;
  • acceptable pour la population cible ;
  • suffisamment sûr ;
  • associé à un seuil de décision et à une procédure de confirmation clairement établis.

Concernant la prise en charge

Une prise en charge efficace doit être disponible. Surtout, la traiter au stade détecté par le dépistage doit améliorer une issue importante par rapport à un traitement commencé après l’apparition des symptômes. Détecter plus tôt sans modifier le devenir ne procure pas de bénéfice réel.

Concernant le programme

Le programme doit préciser :

  • la population cible et la périodicité du dépistage ;
  • les modalités d’information et de consentement ;
  • le parcours allant de l’invitation au traitement ;
  • les moyens humains et matériels nécessaires ;
  • le contrôle de qualité ;
  • l’accès équitable et le suivi des personnes ;
  • les modalités de réévaluation et d’arrêt éventuel.

Enfin, le bénéfice collectif attendu doit dépasser l’ensemble des dommages et des coûts : résultats faussement positifs, résultats faussement négatifs, examens de confirmation, complications, anxiété, surdiagnostic et traitements inutiles.

Méthode

Apprécier la pertinence d’un dépistage

  1. Évaluer le poids de la maladie dans la population
  2. Vérifier l’existence d’une phase préclinique détectable
  3. Évaluer la validité, la reproductibilité, la sécurité et l’acceptabilité du test
  4. Démontrer qu’une prise en charge précoce améliore le pronostic
  5. Organiser la confirmation diagnostique, le traitement et le suivi
  6. Comparer les bénéfices attendus aux dommages, aux coûts et aux inégalités possibles
  7. Prévoir une évaluation continue du programme

Évaluer sans se laisser tromper

L’efficacité d’un dépistage ne doit pas être jugée uniquement sur la survie calculée à partir de la date du diagnostic. Un diagnostic plus précoce modifie artificiellement cette durée, même si la date du décès reste inchangée.

Les critères les plus informatifs sont notamment la réduction de la mortalité liée à la maladie, la diminution des formes avancées, la réduction de la morbidité et la mesure des effets indésirables. Une comparaison entre groupes constitués avant l’invitation au dépistage limite plusieurs biais.

Biais d’avance au diagnostic

Définition

Biais d’avance au diagnostic

Augmentation apparente de la durée de survie après diagnostic due au seul fait que la maladie est détectée plus tôt, sans recul de la date du décès.

Ce biais donne l’impression d’une amélioration pronostique alors que seul le point de départ du calcul a changé.

Biais de durée d’évolution

Définition

Biais de durée d’évolution

Surreprésentation, parmi les maladies détectées par dépistage, des formes lentement évolutives, car leur phase préclinique détectable dure plus longtemps.

Ces formes ayant souvent un meilleur pronostic spontané, les personnes dépistées peuvent sembler mieux évoluer sans que cette différence soit entièrement due au programme.

Biais de sélection

Les personnes qui participent peuvent différer des non-participantes par leur état de santé, leurs comportements, leur niveau d’information ou leur accès aux soins. Comparer directement participants et non-participants risque donc d’attribuer au dépistage des différences qui existaient auparavant.

Surdiagnostic

Définition

Surdiagnostic

Détection d’une maladie ou d’une anomalie qui n’aurait jamais provoqué de symptômes ni altéré la vie de la personne en l’absence de dépistage.

Le surdiagnostic porte sur une anomalie réellement présente selon les critères retenus. Il se distingue donc d’un résultat faussement positif, pour lequel la maladie recherchée n’est finalement pas confirmée. Il peut entraîner un surtraitement, c’est-à-dire une intervention sans bénéfice possible pour la personne concernée.

Exemple

Distinguer surdiagnostic et résultat faussement positif

Dans une population de 1 000 personnes dépistées, 40 ont un test positif et bénéficient d’examens de confirmation.

  • Chez 10 personnes, une anomalie est réellement confirmée.
  • Parmi ces 10 anomalies confirmées, 3 n’auraient jamais provoqué de symptôme ni altéré la vie de la personne : ce sont des surdiagnostics.
  • Chez les 30 autres personnes, l’anomalie n’est pas confirmée : 40−10=3040 - 10 = 3040−10=30. Ce sont des résultats faussement positifs.

Le surdiagnostic correspond donc à une anomalie réellement présente, mais sans conséquence clinique en l’absence de dépistage. Le résultat faussement positif correspond au contraire à un test positif alors que la maladie recherchée n’est finalement pas confirmée.

À retenir

Le bon indicateur

Une survie plus longue après diagnostic ne prouve pas l’efficacité d’un dépistage. Il faut rechercher une réduction réelle de la mortalité ou de la morbidité, tout en mesurant les effets indésirables et le surdiagnostic.

Points clés
  • La prévention primaire empêche la survenue de la maladie, la secondaire la détecte précocement et la tertiaire en limite les conséquences
  • La prévention quaternaire protège contre la médicalisation excessive et les interventions disproportionnées
  • Un dépistage s’adresse à une population asymptomatique et un résultat positif exige une confirmation diagnostique
  • Un programme n’est pertinent que si une prise en charge plus précoce améliore réellement le devenir
  • L’évaluation doit intégrer les résultats faussement positifs ou négatifs, les effets indésirables, le surdiagnostic et les inégalités d’accès
  • Les principaux pièges sont le biais d’avance au diagnostic, le biais de durée d’évolution et le biais de sélection

Fiches connexes

À réviser dans la foulée, sur Santé publique et système de soins.

  • Fiche 01Définitions de la santé et approche de l'Organisation mondiale de la santéSanté publique et système de soins
  • Fiche 02Indicateurs de santé d'une populationSanté publique et système de soins
  • Fiche 03Organisation du système de santé françaisSanté publique et système de soins
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    • 1.3Prévention tertiaire
    • 1.4Prévention quaternaire
  • 2Le dépistage
    • 2.1Dépistage organisé et dépistage individuel
  • 3Critères de pertinence d’un programme
    • 3.1Concernant la maladie
    • 3.2Concernant le test lock — section verrouillée
    • 3.3Concernant la prise en charge lock — section verrouillée
    • 3.4Concernant le programme lock — section verrouillée
  • 4Évaluer sans se laisser tromper lock — section verrouillée
    • 4.1Biais d’avance au diagnostic lock — section verrouillée
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    • 4.3Biais de sélection lock — section verrouillée
    • 4.4Surdiagnostic lock — section verrouillée