B3 · Acides nucléiques
Structure de l'ADN et formes hélicoïdales
Décrire la liaison phosphodiester, l'antiparallélisme des brins, la complémentarité des bases et la double hélice. Comparer les formes A, B et Z et relier la structure aux paramètres géométriques de l'hélice.
Biologie moléculaire et génome7 min de lecture17 QCM corrigés
De la chaîne nucléotidique au double brin
L’ADN est un polymère linéaire de désoxyribonucléotides. La structure détaillée et le métabolisme des nucléotides relèvent de la fiche précédente ; ici, chaque nucléotide est envisagé comme l’association d’un désoxyribose, d’un groupement phosphate et d’une base azotée.
Dans un brin d’ADN, les désoxyriboses et les phosphates forment un squelette covalent situé à l’extérieur de l’hélice. Les bases azotées sont orientées vers l’intérieur, où elles peuvent s’apparier et s’empiler.
La liaison phosphodiester
Chaque phosphate établit ainsi deux liaisons ester avec deux sucres successifs, d’où le terme phosphodiester. L’enchaînement répété constitue un squelette sucre-phosphate continu et résistant.
À pH physiologique, les groupements phosphate sont chargés négativement. L’ADN est donc un polyanion, dont les charges sont portées par le squelette externe et non par les bases appariées.
La liaison phosphodiester impose une orientation à chaque brin :
- une extrémité possède un groupement associé au carbone libre ;
- l’autre possède un groupement hydroxyle porté par le carbone libre.
Par convention, une séquence d’ADN est toujours écrite dans le sens . Cette polarité est une propriété de la chaîne covalente et ne dépend pas de son orientation dans l’espace.
Association des deux brins
Antiparallélisme
Cet antiparallélisme résulte de la géométrie nécessaire à l’appariement régulier des bases. Deux brins parallèles ne permettraient pas de reproduire de manière continue les mêmes interactions entre bases le long de la molécule.
Ainsi, lorsque le premier brin est parcouru dans le sens , son brin associé est parcouru dans le sens .
Complémentarité des bases
Dans l’appariement canonique de Watson et Crick :
- l’adénine s’apparie avec la thymine par deux liaisons hydrogène ;
- la guanine s’apparie avec la cytosine par trois liaisons hydrogène.
Une base purique s’associe toujours à une base pyrimidique. Ce couple formé d’une base volumineuse et d’une base plus petite maintient une largeur presque constante de la double hélice.
La séquence d’un brin suffit donc à déterminer celle du brin complémentaire, sous réserve de tenir compte de leur antiparallélisme.
Les liaisons hydrogène assurent surtout la spécificité de l’appariement. La stabilité globale de la double hélice dépend également fortement de l’empilement des bases, c’est-à-dire des interactions entre les surfaces aromatiques de bases successives.
Organisation de la double hélice
Les paires de bases successives sont approximativement superposées. Leur orientation change progressivement autour de l’axe, ce qui engendre l’enroulement hélicoïdal.
La position non symétrique des liaisons entre les bases et les désoxyriboses crée deux sillons à la surface de la molécule :
- le grand sillon, dans lequel les bords des paires de bases sont largement accessibles ;
- le petit sillon, plus étroit dans la forme B.
Ces sillons exposent des motifs chimiques dépendant de la séquence sans nécessiter la séparation des deux brins. Ils constituent donc des surfaces de reconnaissance moléculaire.
Paramètres géométriques d’une hélice
La géométrie d’une forme hélicoïdale est décrite par plusieurs paramètres :
- le sens d’enroulement, droit ou gauche ;
- le nombre de paires de bases par tour ;
- l’élévation axiale, distance séparant deux paires de bases successives le long de l’axe ;
- le pas de l’hélice, distance parcourue le long de l’axe pendant un tour complet ;
- le diamètre de l’hélice ;
- l’inclinaison des paires de bases par rapport à l’axe.
Formes A, B et Z de l’ADN
L’ADN n’est pas une structure rigide unique. Une même chaîne peut adopter plusieurs conformations selon son hydratation, sa séquence et son environnement moléculaire. Les formes A, B et Z conservent toutes un squelette phosphodiester et un appariement entre deux brins, mais diffèrent par leur géométrie.
Forme B
La forme B est la conformation prédominante de l’ADN double brin dans les conditions aqueuses physiologiques. C’est une hélice droite, relativement allongée, dont les paires de bases sont presque perpendiculaires à l’axe.
Son grand sillon est large et accessible, tandis que son petit sillon est plus étroit. Cette différence nette entre les deux sillons facilite la reconnaissance de la séquence par des molécules capables d’interagir avec les bords des bases.
Forme A
La forme A est également une hélice droite, mais elle est plus courte et plus large que la forme B. Les paires de bases y sont inclinées et déplacées par rapport à l’axe central, ce qui modifie fortement la forme des sillons.
Elle est favorisée lorsque l’hydratation diminue. Sa géométrie dépend aussi d’une conformation différente du désoxyribose : la position spatiale des atomes du sucre modifie l’orientation des phosphates et des bases.
Forme Z
La forme Z est une hélice gauche. Son squelette sucre-phosphate présente un trajet en zigzag, à l’origine de sa dénomination. Elle est plus fine et plus allongée que la forme B.
Sa structure repose sur une alternance de conformations des nucléotides successifs. Elle est notamment favorisée par certaines séquences alternant purines et pyrimidines, ainsi que par des conditions qui réduisent les répulsions entre les phosphates. Elle peut apparaître localement et transitoirement au sein d’un ADN majoritairement sous forme B.
La séparation des brins, leur réassociation et les facteurs physicochimiques qui les contrôlent sont traités dans la fiche consacrée à la dénaturation et à l’hybridation de l’ADN.
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