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Sommaire

  • 1De la cellule normale à la cellule tumorale
  • 2Deux catégories majeures de gènes altérés
    • 2.1Proto-oncogènes et oncogènes
    • 2.2Gènes suppresseurs de tumeur
  • 3Une transformation progressive et sélectionnée
  • 4Autonomie de prolifération lock — section verrouillée
  • 5Échappement à l'apoptose lock — section verrouillée
  • 6Invasion et dissémination lock — section verrouillée
  • 7Rôle du microenvironnement tumoral lock — section verrouillée
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  5. Transformation cancéreuse et propriétés des cellules tumorales

B4 · Cycle et destin cellulaires

Transformation cancéreuse et propriétés des cellules tumorales

Décrire les altérations d'oncogènes et de gènes suppresseurs conduisant à la transformation. Présenter les propriétés acquises par la cellule tumorale : autonomie de prolifération, échappement à l'apoptose, invasion et dissémination.

Biologie cellulaire·schedule8 min de lecture·quiz17 QCM corrigés

De la cellule normale à la cellule tumorale

Définition

Transformation cancéreuse

Processus progressif par lequel une cellule normale acquiert des altérations transmissibles à ses descendantes, lui conférant une prolifération dérégulée puis, dans les formes malignes, une capacité d'invasion et de dissémination.

La transformation cancéreuse n'est généralement pas provoquée par une altération unique. Elle résulte d'une accumulation d'anomalies génétiques et épigénétiques affectant plusieurs fonctions complémentaires : contrôle de la prolifération, réparation de l'ADN, apoptose, adhérence et interaction avec le microenvironnement.

Une altération génétique modifie la séquence ou la quantité d'ADN. Une altération épigénétique modifie durablement l'expression d'un gène sans changer sa séquence, notamment par la méthylation de l'ADN ou par des modifications de la chromatine.

Définition

Clone tumoral

Ensemble de cellules issues d'une même cellule transformée et partageant initialement les altérations acquises par cette cellule fondatrice.

Lorsqu'une altération procure un avantage de prolifération ou de survie, la cellule concernée produit davantage de descendantes que les cellules voisines. Cette sélection clonale favorise progressivement les sous-clones les mieux adaptés. De nouvelles altérations apparaissent au cours des divisions, si bien qu'une tumeur devient souvent hétérogène : toutes ses cellules ne possèdent plus exactement les mêmes propriétés.

Les mécanismes moléculaires des points de contrôle du cycle, de l'apoptose et de la migration sont développés dans les fiches voisines ; ici, ils sont envisagés uniquement comme des cibles de la transformation.

Deux catégories majeures de gènes altérés

Proto-oncogènes et oncogènes

Définition

Proto-oncogène

Gène cellulaire normal dont le produit stimule de manière contrôlée la croissance, la prolifération ou la survie cellulaire.

Définition

Oncogène

Version activée ou surexprimée d'un proto-oncogène, dont l'activité favorise de façon inappropriée la transformation et la prolifération cellulaires.

Un proto-oncogène peut coder un facteur de croissance, un récepteur, une protéine de signalisation intracellulaire, un facteur de transcription ou un régulateur du cycle cellulaire. Sa transformation en oncogène correspond à un gain de fonction : le signal prolifératif devient excessif, permanent ou indépendant des signaux physiologiques.

Cette activation peut résulter de plusieurs mécanismes :

  • une mutation activatrice, qui rend la protéine constitutivement active ;
  • une amplification génique, qui augmente le nombre de copies du gène et donc la quantité de protéine produite ;
  • un réarrangement chromosomique, qui place le gène sous le contrôle d'une séquence régulatrice très active ou crée une protéine de fusion anormalement active ;
  • une dérégulation épigénétique augmentant son expression.

À l'échelle de la cellule, l'altération d'un seul des deux allèles peut suffire à produire le phénotype tumoral : l'effet d'un oncogène est donc habituellement qualifié de dominant.

Gènes suppresseurs de tumeur

Définition

Gène suppresseur de tumeur

Gène dont le produit limite la prolifération, impose un point de contrôle, favorise la réparation des lésions ou déclenche l'élimination d'une cellule dangereuse.

L'altération d'un gène suppresseur correspond à une perte de fonction. La cellule perd alors un frein qui empêchait normalement la multiplication d'une cellule endommagée.

L'inactivation peut être provoquée par :

  • une mutation rendant la protéine non fonctionnelle ;
  • une délétion supprimant une partie ou la totalité du gène ;
  • une perte chromosomique emportant l'allèle fonctionnel ;
  • une méthylation anormale du promoteur empêchant la transcription ;
  • une combinaison de plusieurs de ces mécanismes.

Pour de nombreux gènes suppresseurs, les deux allèles doivent être inactivés pour abolir complètement la fonction protectrice. Une première altération touche un allèle, puis une seconde atteint l'allèle resté fonctionnel. Cette seconde étape peut prendre la forme d'une perte d'hétérozygotie, c'est-à-dire de la disparition de la copie normale dans une cellule initialement porteuse de deux versions différentes.

Exemple

Deux altérations pour inactiver un gène suppresseur

Considérons une cellule possédant deux copies fonctionnelles d'un gène suppresseur de tumeur, notées « copie 1 » et « copie 2 ».

  • État initial : 222 copies fonctionnelles par cellule.
  • Première altération : une mutation inactive la copie 1. Il reste 2−1=12 - 1 = 12−1=1 copie fonctionnelle par cellule.
  • Seconde altération : une délétion supprime la copie 2 restée normale. Il reste 1−1=01 - 1 = 01−1=0 copie fonctionnelle par cellule.

Le résultat est donc de 000 copie fonctionnelle par cellule. La fonction protectrice du gène est alors complètement perdue. La première altération seule ne suffisait pas à abolir cette fonction, car l'autre allèle restait fonctionnel.

Comparaison

Oncogènes et gènes suppresseurs de tumeur

CritèreOncogèneGène suppresseur de tumeur
Fonction normalestimulation contrôlée de la croissance ou de la surviefrein à la prolifération ou protection de l'intégrité cellulaire
Effet tumoralgain de fonctionperte de fonction
Altération habituellemutation activatrice, amplification ou réarrangementmutation inactivatrice, délétion ou extinction épigénétique
Nombre d'allèles souvent nécessaireun seul allèle activédeux allèles généralement inactivés
Image fonctionnelleaccélérateur bloqué en position activefrein devenu inefficace
À retenir

Logique des altérations tumorales

La transformation associe l'activation d'accélérateurs de prolifération, les oncogènes, et l'inactivation de freins protecteurs, les gènes suppresseurs de tumeur.

Une transformation progressive et sélectionnée

Toutes les altérations présentes dans une tumeur n'ont pas la même importance.

Définition

Altération conductrice

Altération qui confère à la cellule un avantage de prolifération, de survie, d'invasion ou de dissémination et participe directement à la progression tumorale.

Une autre altération peut être conservée dans le clone sans lui procurer d'avantage particulier. Elle accompagne alors l'évolution tumorale sans la diriger. La sélection porte sur le phénotype cellulaire produit par l'ensemble des altérations, et non sur une mutation isolée.

L'inactivation des systèmes maintenant l'intégrité du génome augmente la fréquence d'apparition de nouvelles anomalies. Cette instabilité génomique accélère la diversification des sous-clones. Elle ne suffit toutefois pas, à elle seule, à définir une cellule cancéreuse : les altérations produites doivent encore conférer des propriétés favorables à l'expansion tumorale.

Autonomie de prolifération

Une cellule normale ne prolifère que si elle reçoit des signaux appropriés et si les points de contrôle autorisent la progression du cycle. La cellule tumorale devient moins dépendante de ces contraintes.

Cette autonomie peut reposer sur plusieurs modifications complémentaires :

  • production par la cellule de ses propres signaux de croissance ;
  • activation permanente de récepteurs ou de voies intracellulaires de signalisation ;
  • augmentation de l'expression des protéines favorisant l'entrée dans le cycle ;
  • perte des protéines qui bloquent le cycle lorsque les conditions sont défavorables ;
  • diminution de la dépendance à l'adhérence ou aux signaux délivrés par le tissu environnant ;
  • moindre sensibilité aux signaux antiprolifératifs.

L'autonomie n'est donc pas nécessairement une indépendance absolue. Elle désigne surtout une réduction de la dépendance aux contrôles physiologiques. Le microenvironnement tumoral peut continuer à fournir des facteurs favorisant la croissance.

Une prolifération durable impose également de contourner les mécanismes qui limitent le nombre de divisions. La cellule transformée peut maintenir les extrémités chromosomiques et éviter l'arrêt prolifératif associé à leur raccourcissement. Elle acquiert ainsi une capacité de division prolongée.

Échappement à l'apoptose

Définition

Échappement à l'apoptose

Capacité d'une cellule anormale à survivre malgré des signaux qui devraient normalement déclencher sa mort programmée.

L'apoptose élimine les cellules dont l'ADN est trop endommagé, dont la prolifération est incohérente ou qui ne reçoivent plus les signaux de survie nécessaires. Elle constitue donc une barrière majeure à la transformation.

La cellule tumorale peut franchir cette barrière par :

  • perte de la détection des lésions ou de la transmission du signal de mort ;
  • augmentation des protéines favorisant la survie ;
  • diminution des protéines favorisant l'apoptose ;
  • altération de l'activation des caspases, enzymes exécutant le programme apoptotique ;
  • résistance aux signaux de mort provenant des cellules voisines ou du système immunitaire.

L'association entre prolifération excessive et survie anormale est déterminante. Une augmentation du nombre de divisions resterait limitée si les cellules dangereuses étaient efficacement éliminées. Inversement, une survie prolongée favorise l'accumulation d'altérations supplémentaires.

Attention

Prolifération et survie ne sont pas synonymes

Une cellule peut s'accumuler parce qu'elle se divise davantage, parce qu'elle meurt moins, ou par association de ces deux mécanismes. L'échappement à l'apoptose n'est donc pas une accélération directe du cycle cellulaire.

Invasion et dissémination

Définition

Invasion tumorale

Franchissement par les cellules tumorales des limites du tissu d'origine, avec infiltration des tissus voisins.

L'invasion nécessite une modification coordonnée des interactions cellulaires. Les cellules perdent une partie de leur adhérence entre elles, modifient leur liaison à la matrice extracellulaire, augmentent leur motilité et favorisent la dégradation des obstacles matriciels. Elles peuvent ainsi traverser la lame basale, qui sépare normalement un épithélium du tissu conjonctif sous-jacent.

Définition

Dissémination métastatique

Propagation de cellules tumorales à distance du foyer initial, conduisant à la formation de foyers tumoraux secondaires.

La dissémination est un processus séquentiel :

  1. acquisition d'un phénotype mobile et invasif ;
  2. franchissement de la matrice extracellulaire et des barrières tissulaires ;
  3. entrée dans un vaisseau sanguin ou lymphatique ;
  4. survie pendant le transport ;
  5. sortie du vaisseau dans un tissu distant ;
  6. adaptation au nouveau microenvironnement et reprise de la prolifération.
Définition

Métastase

Foyer tumoral secondaire formé à distance par des cellules issues de la tumeur initiale.

Chaque étape constitue un obstacle sélectif. De nombreuses cellules peuvent quitter la tumeur initiale, mais seules certaines survivent au transport et parviennent à coloniser un autre tissu. La dissémination dépend donc à la fois des propriétés intrinsèques des cellules tumorales et des conditions offertes par les tissus traversés ou colonisés.

À retenir

Critère de malignité

L'invasion des tissus voisins et la capacité de former des métastases caractérisent la malignité. Une prolifération localisée, même importante, ne suffit pas à démontrer une dissémination maligne.

Rôle du microenvironnement tumoral

Définition

Microenvironnement tumoral

Ensemble des cellules non tumorales, des composants de la matrice extracellulaire, des vaisseaux et des molécules de signalisation entourant les cellules tumorales.

La tumeur ne se développe pas indépendamment de son environnement. Les cellules tumorales peuvent détourner les cellules voisines afin d'obtenir des facteurs de croissance, de modifier la matrice, de favoriser la formation de vaisseaux et de limiter l'action immunitaire. En retour, le microenvironnement exerce une pression de sélection : les sous-clones capables d'y survivre et de l'exploiter sont favorisés.

Points clés
  • La transformation cancéreuse est un processus progressif fondé sur l'accumulation d'altérations génétiques et épigénétiques
  • Un oncogène résulte d'un gain de fonction stimulant anormalement la croissance ou la survie
  • Un gène suppresseur de tumeur favorise normalement le contrôle cellulaire et contribue à la transformation lorsqu'il perd sa fonction
  • La sélection clonale favorise les cellules ayant acquis autonomie proliférative et résistance à l'apoptose
  • L'invasion exige le franchissement des barrières tissulaires, tandis que la dissémination métastatique conduit à des foyers tumoraux distants
  • Les propriétés tumorales dépendent à la fois des altérations cellulaires et des interactions avec le microenvironnement

Fiches connexes

À réviser dans la foulée, sur Cycle et destin cellulaires.

  • Fiche 01Cycle cellulaire : phases et points de contrôleCycle et destin cellulaires
  • Fiche 02Cyclines, CDK et contrôle moléculaire de la progressionCycle et destin cellulaires
  • Fiche 03MitoseCycle et destin cellulaires
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