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Sommaire

  • 1Activité de la cible et effet du ligand
  • 2Agonistes entiers et agonistes partiels
    • 2.1Agoniste entier
    • 2.2Agoniste partiel
  • 3Agoniste inverse et antagoniste neutre
    • 3.1Agoniste inverse
    • 3.2Antagoniste neutre
  • 4Antagonisme compétitif lock — section verrouillée
  • 5Antagonisme non compétitif lock — section verrouillée
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B11 · Pharmacodynamie

Agonistes, antagonistes et agonistes inverses

Distinguer agoniste entier, agoniste partiel, agoniste inverse et antagoniste par leur effet sur l'activité de la cible. Comparer antagonisme compétitif et non compétitif et leurs conséquences sur la courbe dose-effet.

Médicament et produits de santé·schedule6 min de lecture·quiz17 QCM corrigés

Activité de la cible et effet du ligand

La réponse pharmacologique dépend de la manière dont un médicament modifie l’activité de sa cible moléculaire. Les différentes catégories de cibles sont étudiées dans la fiche précédente ; ici, le raisonnement porte principalement sur les récepteurs, car les notions d’agonisme et d’antagonisme y sont définies avec le plus de précision.

Définition

Ligand

Molécule capable de se lier spécifiquement à une cible moléculaire, notamment à un récepteur.

Un récepteur peut adopter plusieurs conformations. Certaines sont inactives, tandis que d’autres déclenchent une signalisation intracellulaire. La fixation d’un ligand déplace l’équilibre entre ces conformations et modifie ainsi l’activité du récepteur.

Définition

Activité constitutive

Activité spontanée d’un récepteur en l’absence de ligand, due à l’existence d’une fraction de récepteurs adoptant naturellement une conformation active.

L’activité observée sans ligand constitue donc une activité basale. Selon le ligand, l’activité de la cible peut augmenter, rester inchangée ou diminuer par rapport à cette référence.

La capacité d’un ligand lié à produire un effet est son efficacité intrinsèque. Elle peut être représentée par un coefficient conventionnel α\alphaα :

  • α=1\alpha = 1α=1 pour un agoniste entier dans le système considéré ;
  • 0<α<10 < \alpha < 10<α<1 pour un agoniste partiel ;
  • α=0\alpha = 0α=0 pour un antagoniste neutre ;
  • α<0\alpha < 0α<0 pour un agoniste inverse.

Cette notation décrit l’effet fonctionnel du ligand, et non sa capacité à se fixer. L’affinité, qui correspond à la force de liaison à la cible, est approfondie dans une fiche voisine.

Agonistes entiers et agonistes partiels

Définition

Agoniste

Ligand qui se fixe sur un récepteur et stabilise une conformation active, augmentant ainsi la réponse produite par ce récepteur.

Agoniste entier

Définition

Agoniste entier

Agoniste capable de produire l’effet maximal accessible dans un système biologique donné lorsque sa concentration est suffisante.

L’agoniste entier possède donc une efficacité intrinsèque élevée. À mesure que sa concentration augmente, davantage de récepteurs sont engagés dans une signalisation active, puis la réponse atteint un plateau correspondant à l’effet maximal, noté Emax⁡E_{\max}Emax​.

Agoniste partiel

Définition

Agoniste partiel

Agoniste qui active le récepteur mais produit, dans le même système, un effet maximal inférieur à celui d’un agoniste entier, même lorsque tous les récepteurs accessibles sont occupés.

L’agoniste partiel n’est pas simplement un agoniste administré à faible concentration. Une concentration plus élevée augmente son occupation des récepteurs, mais ne lui permet pas d’atteindre le même Emax⁡E_{\max}Emax​ qu’un agoniste entier. La différence porte sur l’efficacité intrinsèque, et non nécessairement sur l’affinité.

En présence simultanée d’un agoniste entier, l’agoniste partiel peut diminuer la réponse globale. Il occupe alors une partie des récepteurs à la place de l’agoniste entier, tout en les activant moins fortement. Il exerce ainsi un antagonisme fonctionnel partiel, bien qu’il soit lui-même agoniste lorsqu’il est administré seul.

Attention

Agoniste partiel ne signifie pas faible affinité

Un agoniste partiel peut avoir une forte affinité pour le récepteur. Son effet maximal réduit résulte d’une efficacité intrinsèque plus faible, et non d’une liaison nécessairement moins forte.

Agoniste inverse et antagoniste neutre

Agoniste inverse

Définition

Agoniste inverse

Ligand qui stabilise une conformation inactive du récepteur et diminue son activité constitutive en dessous du niveau basal.

L’effet d’un agoniste inverse ne peut être mis en évidence que si le récepteur possède une activité constitutive mesurable. Il produit une réponse opposée à celle d’un agoniste non parce qu’il empêche seulement sa fixation, mais parce qu’il réduit directement l’activité spontanée du récepteur.

Antagoniste neutre

Définition

Antagoniste neutre

Ligand qui se fixe sur un récepteur sans modifier par lui-même son activité, mais qui s’oppose à l’effet d’un agoniste ou d’un agoniste inverse.

En l’absence d’un autre ligand actif, l’antagoniste neutre ne modifie donc pas l’activité basale. Son efficacité intrinsèque est nulle. Sa présence devient fonctionnellement visible lorsqu’il empêche un ligand doté d’une efficacité positive ou négative d’agir.

Déplacement de l’équilibre entre états actif et inactif du récepteur
Déplacement de l’équilibre entre états actif et inactif du récepteur
Comparaison

Effet des ligands sur l’activité du récepteur

CritèreAgoniste entierAgoniste partielAgoniste inverseAntagoniste neutre
Effet sur l’activitéaugmentation maximaleaugmentation limitéediminution sous le niveau basalabsence de modification directe
Efficacité intrinsèque α\alphaαα=1\alpha = 1α=10<α<10 < \alpha < 10<α<1α<0\alpha < 0α<0α=0\alpha = 0α=0
Effet maximal propremaximal du systèmeinférieur au maximal du systèmeréduction de l’activité constitutiveaucun effet propre
Activité constitutive nécessaire à l’identificationnonnonouinon
En présence d’un agoniste entierrenforce l’activation selon l’occupationpeut réduire la réponse globaleproduit un effet opposébloque l’effet sans modifier directement l’activité
À retenir

L’antagoniste neutre maintient l’activité constitutive au niveau basal, tandis que l’agoniste inverse la diminue. Les deux notions ne sont donc équivalentes que dans un système dépourvu d’activité constitutive observable.

Antagonisme compétitif

Définition

Antagonisme compétitif

Antagonisme dans lequel l’agoniste et l’antagoniste se disputent de manière réversible le même site de liaison, appelé site orthostérique.

À un instant donné, le site ne peut être occupé que par l’un des deux ligands. L’augmentation de la concentration en agoniste favorise alors son occupation du récepteur malgré la présence de l’antagoniste. L’antagonisme est dit surmontable.

La courbe concentration-effet relie la concentration d’un agoniste à la réponse produite. Deux paramètres permettent de décrire son déplacement :

  • Emax⁡E_{\max}Emax​ est l’effet maximal atteint ;
  • la CE50CE_{50}CE50​ est la concentration efficace produisant la moitié de l’effet maximal de l’agoniste dans les conditions étudiées.

En présence d’un antagoniste compétitif réversible, une concentration supérieure d’agoniste est nécessaire pour obtenir un même niveau de réponse. La courbe est déplacée vers la droite, généralement de façon parallèle :

  • la CE50CE_{50}CE50​ augmente ;
  • le Emax⁡E_{\max}Emax​ reste inchangé ;
  • la puissance apparente de l’agoniste diminue.

Le maintien du Emax⁡E_{\max}Emax​ s’explique par la possibilité, à concentration suffisamment élevée, de rendre l’occupation par l’agoniste prédominante.

Antagonisme non compétitif

Définition

Antagonisme non compétitif

Antagonisme qui réduit la capacité du système à répondre à l’agoniste et qui ne peut pas être complètement surmonté par une augmentation de la concentration en agoniste.

Ce résultat peut provenir de deux mécanismes principaux :

  • une liaison irréversible de l’antagoniste au site de l’agoniste, qui rend durablement indisponible une fraction des récepteurs ;
  • une liaison sur un site distinct, dit allostérique, qui empêche l’activation correcte du récepteur ou réduit l’efficacité de la signalisation.

L’augmentation de la concentration en agoniste ne restaure pas tous les récepteurs fonctionnels. L’antagonisme est donc insurmontable et provoque habituellement une diminution du Emax⁡E_{\max}Emax​.

La variation de la CE50CE_{50}CE50​ n’est pas un critère universel : elle peut rester proche de sa valeur initiale ou être modifiée selon le mécanisme et le système biologique. La diminution de l’effet maximal est la conséquence la plus caractéristique.

Conséquences des antagonismes sur la courbe concentration-effet
Conséquences des antagonismes sur la courbe concentration-effet
Définition

Récepteurs de réserve

Fraction de récepteurs dont l’occupation n’est pas nécessaire pour atteindre l’effet maximal du système.

En présence de récepteurs de réserve, l’inactivation d’une faible fraction des récepteurs peut d’abord déplacer la courbe sans réduire immédiatement le Emax⁡E_{\max}Emax​. Lorsque la réserve devient insuffisante, l’effet maximal diminue.

Exemple

Effet d’une réserve de récepteurs sur l’effet maximal

Dans un système simplifié, 100100100 récepteurs sont présents. L’effet maximal du système est obtenu dès que 202020 récepteurs fonctionnels sont activés : les 808080 autres constituent une réserve de récepteurs.

  • Après inactivation non compétitive de 101010 récepteurs, il reste 100−10=90100 - 10 = 90100−10=90 récepteurs fonctionnels. Comme 90>2090 > 2090>20, l’effet maximal reste atteignable.
  • Après inactivation de 858585 récepteurs, il reste 100−85=15100 - 85 = 15100−85=15 récepteurs fonctionnels. Le seuil de 202020 récepteurs nécessaires à l’effet maximal n’est plus atteint.
  • Dans ce modèle, la réponse maximale restante est 1520×100=75 %\frac{15}{20} \times 100 = 75\ \%2015​×100=75 %.

La réserve masque donc initialement la diminution du nombre de récepteurs fonctionnels. Lorsque moins de 202020 récepteurs restent disponibles, le Emax⁡E_{\max}Emax​ diminue.

Comparaison

Antagonismes compétitif et non compétitif

CritèreAntagonisme compétitifAntagonisme non compétitif
Site de liaisonmême site que l’agonistemême site irréversiblement ou site distinct
Caractère habituel de la liaisonréversibleirréversible ou allostérique
Surmontable par davantage d’agonisteouinon
Effet sur la courbedéplacement vers la droiteabaissement du plateau
Effet sur la CE50CE_{50}CE50​augmentationvariable
Effet sur le Emax⁡E_{\max}Emax​inchangégénéralement diminué
Attention

Ne pas identifier le mécanisme avec la seule position de la courbe

Un déplacement vers la droite avec conservation du Emax⁡E_{\max}Emax​ évoque un antagonisme compétitif, tandis qu’une diminution du Emax⁡E_{\max}Emax​ évoque un antagonisme non compétitif. Cependant, les récepteurs de réserve peuvent masquer initialement la baisse de l’effet maximal.

À retenir

L’antagonisme compétitif réversible diminue la puissance apparente de l’agoniste sans réduire son effet maximal. L’antagonisme non compétitif diminue habituellement l’effet maximal, car une augmentation de la concentration en agoniste ne restaure pas toutes les capacités de réponse.

Points clés
  • Un agoniste entier atteint le Emax⁡E_{\max}Emax​ du système, tandis qu’un agoniste partiel produit un effet maximal inférieur.
  • Un agoniste inverse réduit l’activité constitutive, alors qu’un antagoniste neutre ne modifie pas directement l’activité basale.
  • Un agoniste partiel peut s’opposer à un agoniste entier en occupant les mêmes récepteurs avec une efficacité moindre.
  • L’antagonisme compétitif réversible décale la courbe vers la droite, augmente la CE50CE_{50}CE50​ et conserve le Emax⁡E_{\max}Emax​.
  • L’antagonisme non compétitif est insurmontable et diminue généralement le Emax⁡E_{\max}Emax​.
  • L’affinité décrit la liaison à la cible, tandis que l’efficacité intrinsèque décrit la capacité du ligand lié à modifier son activité.

Fiches connexes

À réviser dans la foulée, sur Pharmacodynamie.

  • Fiche 01Cibles moléculaires des médicamentsPharmacodynamie
  • Fiche 03Relation dose–effet, CE50 et effet maximalPharmacodynamie
  • Fiche 04Affinité, sélectivité et index thérapeutiquePharmacodynamie
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