B1 · Fonctions chimiques du vivant
Composés benzéniques et cycles aromatiques
Décrire le noyau benzénique, la délocalisation qui fonde son aromaticité et sa stabilité vis-à-vis de l'addition. Nommer les dérivés mono- et polysubstitués et reconnaître les cycles aromatiques présents dans les biomolécules.
Chimie générale et organique6 min de lecture15 QCM corrigés
Le noyau benzénique
Les six carbones du benzène sont hybridés . Ils établissent entre eux des liaisons , situées dans le plan du cycle, tandis que leurs six orbitales , perpendiculaires à ce plan, se recouvrent latéralement.
L'hybridation et la géométrie des orbitales sont étudiées dans la fiche consacrée aux orbitales moléculaires ; il suffit ici de retenir que le recouvrement continu des orbitales permet aux électrons de circuler sur l'ensemble du cycle.
Délocalisation des électrons
Une représentation de Lewis du benzène fait apparaître trois liaisons simples et trois liaisons doubles alternées. Deux dispositions équivalentes des doubles liaisons peuvent être dessinées : ce sont les deux formes de Kekulé.
Ces formes ne correspondent pas à deux molécules différentes ni à un passage permanent d'une structure à l'autre. La structure réelle est un hybride de résonance : les six électrons ne sont pas localisés entre des paires précises de carbones, mais délocalisés sur les six atomes.
Cette délocalisation explique que les six liaisons carbone-carbone soient équivalentes. Leur longueur et leur énergie sont intermédiaires entre celles d'une liaison simple et celles d'une liaison double. Le benzène peut donc être représenté par un hexagone contenant un cercle, symbole du système délocalisé.
Aromaticité et stabilité
Un cycle aromatique doit réunir quatre conditions :
- il est cyclique, donc fermé ;
- il est suffisamment plan pour permettre le recouvrement des orbitales ;
- il est entièrement conjugué, chaque atome du cycle possédant une orbitale ;
- son nombre d'électrons respecte la règle de Hückel.
Le benzène possède six électrons , soit la valeur obtenue pour . Il est donc aromatique.
L'énergie de stabilisation aromatique provient de la délocalisation : les électrons occupent des orbitales étendues sur tout le cycle, ce qui place la molécule à un niveau énergétique inférieur à celui d'un cycle comportant trois doubles liaisons indépendantes.
Conséquence sur la réactivité
Une addition sur une double liaison ordinaire transforme une liaison en deux nouvelles liaisons . Appliquée au benzène, elle interromprait la conjugaison et ferait perdre la stabilisation aromatique. Une telle transformation est donc défavorisée par rapport à celle d'un alcène.
Le noyau benzénique réagit préférentiellement par substitution : un hydrogène est remplacé par un autre groupe, tandis que le système aromatique est restauré à la fin de la réaction. Le mécanisme de substitution électrophile aromatique relève de la fiche consacrée à cette réaction.
Nomenclature des dérivés benzéniques
Dérivés monosubstitués
Le nom se construit généralement en associant le nom du substituant au mot benzène : alkylbenzène, halogénobenzène ou nitrobenzène. Certains noms conservés sont usuels en nomenclature :
- toluène pour le méthylbenzène ;
- phénol pour l'hydroxybenzène ;
- aniline pour l'aminobenzène ;
- acide benzoïque lorsque le cycle porte un groupe carboxyle ;
- benzaldéhyde lorsque le cycle porte un groupe aldéhyde.
Lorsque le cycle benzénique devient lui-même un substituant, la perte formelle d'un hydrogène donne le groupe phényle, noté .
Dérivés polysubstitués
Les carbones du cycle sont numérotés afin d'attribuer aux substituants la plus petite série possible d'indices, appelés locants. Les substituants sont ensuite cités dans l'ordre alphabétique ; les préfixes multiplicatifs di-, tri- ou tétra- n'interviennent pas dans cet ordre.
Pour deux substituants, trois positions relatives possèdent également des appellations traditionnelles :
- ortho, noté : substituants sur deux carbones adjacents ;
- méta, noté : un carbone sépare les deux positions substituées ;
- para, noté : substituants sur deux carbones opposés.
Ces termes ne remplacent la numérotation que pour les dérivés disubstitués. Lorsque les substituants sont différents et qu'un nom conservé sert de parent, le carbone portant la fonction principale reçoit le numéro 1.
Reconnaître les cycles aromatiques des biomolécules
Tous les cycles aromatiques biologiques ne sont pas des benzènes. Certains contiennent un ou plusieurs hétéroatomes, notamment l'azote, l'oxygène ou le soufre.
La reconnaissance repose sur la structure électronique plutôt que sur l'apparence alternée des liaisons :
- repérer un cycle ;
- vérifier qu'une orbitale peut exister sur chaque atome du cycle ;
- vérifier la continuité de la conjugaison ;
- compter les électrons délocalisés ;
- appliquer la règle de Hückel.
Dans un hétérocycle azoté, un doublet non liant peut soit participer au système aromatique, soit rester situé dans le plan du cycle. Il ne doit donc pas être compté automatiquement. Sa participation dépend de l'orbitale qu'il occupe.
Les principaux motifs rencontrés dans les biomolécules sont :
- le groupe phényle de la phénylalanine ;
- le cycle phénolique de la tyrosine ;
- le système bicyclique indole du tryptophane ;
- le cycle imidazole de l'histidine ;
- les cycles pyrimidine et purine des bases azotées ;
- les systèmes aromatiques conjugués de certains coenzymes et pigments biologiques.
Un système aromatique peut comporter plusieurs cycles accolés partageant des atomes : il est alors fusionné. L'aromaticité doit être appréciée sur l'ensemble du réseau conjugué pertinent, et non en comptant séparément chaque double liaison dessinée.
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