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Sommaire

  • 1De l'énergie déposée à la lésion biologique
    • 1.1Action directe et action indirecte
    • 1.2Nature des lésions moléculaires
  • 2Destin de la cellule irradiée
    • 2.1Réparation, mutation ou perte de viabilité
    • 2.2Survie cellulaire et dose
  • 3Effets déterministes et effets stochastiques lock — section verrouillée
  • 4Facteurs de radiosensibilité lock — section verrouillée
    • 4.1Facteurs liés au rayonnement lock — section verrouillée
    • 4.2Facteurs liés à la cellule lock — section verrouillée
    • 4.3Oxygène et environnement cellulaire lock — section verrouillée
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  5. Effets biologiques des rayonnements ionisants

B7 · Rayonnements ionisants

Effets biologiques des rayonnements ionisants

Distinguer les effets déterministes à seuil des effets stochastiques et leur relation à la dose. Décrire les lésions moléculaires et cellulaires initiales et les facteurs de radiosensibilité.

Biophysique·schedule6 min de lecture·quiz17 QCM corrigés

De l'énergie déposée à la lésion biologique

Un rayonnement ionisant transfère de l'énergie à la matière en provoquant des ionisations et des excitations moléculaires. Ces événements physiques surviennent très rapidement, puis déclenchent des réactions chimiques qui peuvent altérer les constituants cellulaires.

La dose absorbée, étudiée dans la fiche de dosimétrie, mesure l'énergie déposée par unité de masse en gray, avec 1 Gy=1 J ⋅ kg−1\pu{1 Gy} = \pu{1 J.kg^{-1}}1 Gy=1 J⋅kg−1 ; elle ne suffit toutefois pas à prévoir seule la nature ni l’intensité de l’effet biologique.

Action directe et action indirecte

Définition

Action directe

Altération d’une molécule biologique par ionisation ou excitation résultant directement du passage du rayonnement dans cette molécule.

L’action directe est particulièrement importante lorsque les ionisations sont concentrées le long de la trajectoire du rayonnement. Si la molécule atteinte est l’ADN, l’énergie déposée peut rompre une liaison chimique ou modifier une base azotée.

Définition

Action indirecte

Altération d’une molécule biologique par des espèces chimiques réactives produites dans le milieu après l’absorption du rayonnement.

Comme l’eau constitue une grande partie de la cellule, son ionisation joue un rôle majeur. La radiolyse de l’eau forme des espèces très réactives, notamment le radical hydroxyle HO ⋅ \ce{HO.}HO⋅.

Définition

Radical libre

Espèce chimique possédant un électron non apparié, ce qui lui confère une forte réactivité vis-à-vis des molécules voisines.

Les radicaux diffusent sur une courte distance et peuvent oxyder l’ADN, les protéines ou les lipides membranaires. L’action indirecte domine généralement pour les rayonnements dont les ionisations sont spatialement dispersées.

Nature des lésions moléculaires

L’ADN est la cible biologique critique, car une lésion non réparée ou mal réparée peut être transmise aux cellules filles. Les principales atteintes sont :

  • les modifications ou pertes de bases azotées ;
  • les ruptures d’un seul brin d’ADN ;
  • les ruptures simultanées des deux brins ;
  • les pontages entre deux segments d’ADN ou entre l’ADN et une protéine ;
  • les lésions multiples regroupées dans une même région.

Une cassure simple brin est souvent réparable grâce au brin complémentaire intact. Une cassure double brin est plus grave : la continuité des deux brins est perdue et la restauration correcte de la séquence devient plus difficile. Des lésions proches les unes des autres constituent une lésion complexe, moins accessible aux systèmes de réparation.

À retenir

Cible critique et gravité des lésions

La gravité biologique ne dépend pas seulement du nombre de lésions, mais aussi de leur complexité et de leur regroupement. Les cassures double brin et les lésions groupées de l’ADN sont les plus difficiles à réparer fidèlement.

Destin de la cellule irradiée

Après l’irradiation, plusieurs issues sont possibles.

Réparation, mutation ou perte de viabilité

Une réparation fidèle restaure la structure initiale et permet la survie sans conséquence durable. Si la réparation est absente ou insuffisante, la cellule peut perdre sa capacité à se diviser. Cette perte de viabilité peut résulter d’une mort immédiate, d’une apoptose, d’une sénescence ou d’une mort différée au cours d’une division.

Une réparation fautive peut au contraire maintenir la cellule en vie tout en modifiant son génome.

Définition

Mutation radio-induite

Modification stable de l’information génétique consécutive à une lésion provoquée par un rayonnement ionisant et non réparée ou réparée de manière incorrecte.

La mutation n’entraîne pas nécessairement une conséquence observable. Son effet dépend de la séquence touchée, de la capacité de prolifération de la cellule et de l’élimination éventuelle de cette cellule par l’organisme.

Survie cellulaire et dose

La fraction de cellules capables de conserver durablement leur capacité de prolifération diminue lorsque la dose absorbée augmente. Cette relation peut être représentée, dans certaines conditions, par le modèle linéaire-quadratique.

Formule

Modèle linéaire-quadratique de survie cellulaire

S(D)=exp⁡(−αD−βD2)S(D) = \exp\left(-\alpha D-\beta D^{2}\right)S(D)=exp(−αD−βD2)
  • S(D)S(D)S(D) : fraction de cellules survivantes après la dose DDD, sans unité
  • DDD : dose absorbée, en gray
  • α\alphaα : coefficient de la composante linéaire, en Gy−1\pu{Gy^{-1}}Gy−1
  • β\betaβ : coefficient de la composante quadratique, en Gy−2\pu{Gy^{-2}}Gy−2
Exemple

Calculer une fraction de survie cellulaire

Pour une population cellulaire donnée, considérons α=0 ,30 Gy−1\alpha = \pu{0{,}30 Gy^{-1}}α=0 ,30Gy−1, β=0 ,03 Gy−2\beta = \pu{0{,}03 Gy^{-2}}β=0 ,03Gy−2 et une dose absorbée D=2 GyD = \pu{2 Gy}D=2 Gy.

αD=0,30×2=0,60\alpha D = 0{,}30 \times 2 = 0{,}60αD=0,30×2=0,60βD2=0,03×22=0,12\beta D^{2} = 0{,}03 \times 2^{2} = 0{,}12βD2=0,03×22=0,12S(2)=exp⁡(−0,60−0,12)=exp⁡(−0,72)≈0,49S(2) = \exp\left(-0{,}60 - 0{,}12\right) = \exp\left(-0{,}72\right) \approx 0{,}49S(2)=exp(−0,60−0,12)=exp(−0,72)≈0,49

La fraction survivante est donc d’environ 0,490{,}490,49, soit 49%49 \%49%. Après une dose de 2 Gy\pu{2 Gy}2 Gy, environ 49 cellules sur 100 conservent durablement leur capacité de prolifération dans ces conditions expérimentales.

La composante linéaire traduit des lésions létales liées à un événement de dépôt d’énergie. La composante quadratique traduit l’association de lésions initialement distinctes. Ce modèle décrit une population cellulaire dans des conditions données ; ses coefficients ne sont pas universels.

Effets déterministes et effets stochastiques

Les conséquences observées à l’échelle d’un tissu ou d’un organisme se répartissent en deux catégories selon leur relation à la dose.

Définition

Effet déterministe

Réaction tissulaire qui apparaît lorsque la dose dépasse un seuil et dont la gravité augmente ensuite avec la dose.

Le seuil correspond à la dose à partir de laquelle la perte ou le dysfonctionnement d’un nombre suffisant de cellules dépasse les capacités de compensation du tissu. Il ne représente donc pas l’absence totale de lésions en dessous du seuil, mais l’absence d’une réaction tissulaire observable.

Au-dessus du seuil, l’augmentation de la dose détruit davantage de cellules, ce qui accroît la fréquence d’apparition et surtout la sévérité de la réaction. Le seuil varie selon le tissu, le volume exposé et les modalités temporelles d’exposition.

Définition

Effet stochastique

Effet tardif dont la probabilité de survenue augmente avec la dose, sans augmentation de sa gravité lorsqu’il survient.

Un effet stochastique résulte de la persistance d’une cellule viable porteuse d’une modification génétique. Pour la radioprotection, on retient aux faibles doses une relation sans seuil démontrable : toute dose est considérée comme susceptible d’ajouter un risque, même très faible. Cette hypothèse prudente ne signifie pas qu’un effet apparaîtra nécessairement.

Comparaison

Effets déterministes et stochastiques

CritèreEffets déterministesEffets stochastiques
Mécanisme dominantperte massive ou dysfonctionnement cellulairesurvie d’une cellule génétiquement altérée
Seuilprésentabsence de seuil retenue en radioprotection
Relation à la dosegravité croissante au-dessus du seuilprobabilité croissante
Délaisouvent précoce, parfois tardiftardif
Prévision individuellepossible au-dessus du seuil selon la doseimpossible, raisonnement en risque
Attention

Probabilité et gravité ne varient pas de la même façon

Pour un effet stochastique, la dose augmente la probabilité de survenue, non la gravité de l’effet chez la personne atteinte. Pour un effet déterministe, la gravité augmente lorsque la dose dépasse le seuil.

Facteurs de radiosensibilité

Définition

Radiosensibilité

Vulnérabilité d’une cellule ou d’un tissu aux effets biologiques d’un rayonnement ionisant pour des conditions d’exposition données.

Facteurs liés au rayonnement

Le transfert d’énergie linéique, ou TEL, correspond à l’énergie déposée par unité de longueur de trajectoire. Un TEL élevé produit des ionisations rapprochées et donc davantage de lésions groupées, difficiles à réparer. À dose absorbée égale, la distribution microscopique de l’énergie peut ainsi modifier fortement l’efficacité biologique.

La radiosensibilité augmente aussi avec la dose totale. Un débit de dose plus faible laisse davantage de temps à la réparation entre les événements. De même, la répartition temporelle d’une dose en plusieurs expositions peut réduire les lésions simultanées dans les tissus capables de réparer.

Facteurs liés à la cellule

Les cellules sont généralement plus radiosensibles lorsqu’elles :

  • se divisent fréquemment ;
  • sont peu différenciées ;
  • conservent un grand nombre de divisions futures ;
  • disposent de capacités limitées de réparation de l’ADN.

La phase du cycle cellulaire intervient également. La sensibilité est généralement élevée à proximité de la mitose et plus faible pendant certaines périodes de synthèse de l’ADN, durant lesquelles les mécanismes de réparation sont fortement mobilisés.

Oxygène et environnement cellulaire

L’oxygène peut réagir avec les radicaux et stabiliser certaines altérations chimiques de l’ADN. Cette fixation de la lésion la rend moins réversible et augmente l’effet des rayonnements à faible TEL. Une faible oxygénation cellulaire réduit donc leur efficacité biologique. L’influence de l’oxygène est moindre lorsque les ionisations sont déjà très concentrées.

À l’échelle tissulaire, la réponse dépend aussi de la proportion de cellules souches, de la vitesse de renouvellement, de l’organisation du tissu, de sa vascularisation et du volume exposé. La radiosensibilité cellulaire et la gravité de la réaction tissulaire ne sont donc pas strictement équivalentes.

À retenir

Déterminants de l’effet biologique

À dose absorbée égale, l’effet varie avec le TEL, le débit de dose, la répartition temporelle, l’oxygénation, la phase du cycle cellulaire, les capacités de réparation et l’organisation du tissu exposé.

Points clés
  • Les rayonnements lèsent les biomolécules par action directe ou par l’intermédiaire des radicaux issus de la radiolyse de l’eau.
  • Les cassures double brin et les lésions groupées de l’ADN sont particulièrement difficiles à réparer fidèlement.
  • Les effets déterministes possèdent un seuil et leur gravité augmente avec la dose au-dessus de ce seuil.
  • Pour les effets stochastiques, la dose augmente la probabilité de survenue, tandis que leur gravité est indépendante de la dose.
  • La radiosensibilité dépend à la fois des caractéristiques du rayonnement, de l’oxygénation, de l’état cellulaire et de l’organisation du tissu.

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