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Sommaire

  • 1Principes de la régulation allostérique
  • 2Cinétique sigmoïde et coopérativité
    • 2.1Origine de la forme sigmoïde
    • 2.2Concentration de demi-saturation et coefficient de Hill
  • 3Modèles moléculaires de l’allostérie
    • 3.1Modèle concerté de Monod, Wyman et Changeux lock — section verrouillée
    • 3.2Modèle séquentiel de Koshland, Némethy et Filmer lock — section verrouillée
  • 4Modification covalente réversible lock — section verrouillée
    • 4.1Phosphorylation et déphosphorylation lock — section verrouillée
  • 5Activation protéolytique des zymogènes lock — section verrouillée
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  5. Enzymes allostériques et régulation covalente

B2 · Enzymologie

Enzymes allostériques et régulation covalente

Décrire les propriétés cinétiques sigmoïdes des enzymes allostériques et les modèles concerté et séquentiel. Présenter la régulation par modification covalente réversible, notamment la phosphorylation, et par clivage protéolytique de zymogènes.

Biochimie structurale et métabolique·schedule7 min de lecture·quiz17 QCM corrigés

Principes de la régulation allostérique

La vitesse d’une enzyme ne dépend pas seulement de la concentration en substrat. Certaines enzymes changent d’activité lorsque des molécules se fixent en un lieu distinct du site actif. Cette organisation permet de relier rapidement l’activité enzymatique aux besoins métaboliques de la cellule.

Définition

Allostérie

Modification des propriétés fonctionnelles d’une protéine provoquée par la fixation d’un ligand sur un site distinct du site actif, appelé site allostérique.

Le ligand allostérique stabilise une conformation particulière de l’enzyme. Comme la conformation détermine l’organisation du site actif, la fixation en un point de la protéine modifie indirectement l’affinité apparente pour le substrat ou l’efficacité catalytique.

Les enzymes allostériques sont fréquemment constituées de plusieurs sous-unités. Les interactions entre ces sous-unités permettent à la fixation d’un ligand sur l’une d’elles d’influencer les autres.

Définition

Effecteur allostérique

Ligand dont la fixation sur une enzyme modifie son activité par un mécanisme allostérique. Un effecteur positif augmente l’activité, tandis qu’un effecteur négatif la diminue.

Un effecteur est dit homotrope lorsqu’il est lui-même le substrat de l’enzyme. Il est dit hétérotrope lorsqu’il est différent du substrat. Le substrat peut donc exercer une coopération homotrope, tandis que d’autres métabolites ajustent l’activité en fonction de l’état de la cellule.

Cinétique sigmoïde et coopérativité

Origine de la forme sigmoïde

Pour une enzyme michaelienne simple, la relation entre la vitesse initiale et la concentration en substrat est hyperbolique. Cette cinétique, étudiée dans la fiche précédente, ne doit pas être redéveloppée ici.

Chez une enzyme allostérique coopérative, la courbe peut être sigmoïde, c’est-à-dire en forme de S. À faible concentration en substrat, l’enzyme présente une activité limitée. La fixation des premières molécules de substrat favorise ensuite une conformation ayant une affinité apparente plus élevée, ce qui facilite les fixations suivantes. La vitesse augmente alors fortement dans une zone étroite de concentrations avant de tendre vers la vitesse maximale.

Définition

Coopérativité

Interaction fonctionnelle entre plusieurs sites de fixation telle que l’occupation d’un site modifie l’affinité apparente des autres sites pour le ligand.

La coopérativité positive signifie que la fixation d’un ligand facilite les fixations suivantes. La coopérativité négative signifie qu’elle les rend moins favorables. Une cinétique fortement sigmoïde traduit généralement une coopérativité positive.

Cette propriété transforme l’enzyme en système sensible aux variations de concentration. Autour de la zone d’inflexion, une variation limitée de la concentration en substrat peut provoquer une variation importante de vitesse.

Concentration de demi-saturation et coefficient de Hill

Pour une enzyme allostérique, on emploie souvent K0,5K_{0,5}K0,5​ plutôt que la constante de Michaelis KmK_mKm​.

Définition

Concentration de demi-saturation K0,5K_{0,5}K0,5​

Concentration en substrat pour laquelle la vitesse initiale atteint la moitié de la vitesse maximale. Elle caractérise la position de la courbe, sans nécessairement posséder la signification mécanistique de KmK_mKm​.

Une description simplifiée de la coopérativité est fournie par l’équation de Hill.

Formule

Équation de Hill

v=Vmax⁡[S]nHK0,5nH+[S]nHv = V_{\max}\frac{\left[S\right]^{n_H}}{K_{0,5}^{n_H} + \left[S\right]^{n_H}}v=Vmax​K0,5nH​​+[S]nH​[S]nH​​
  • vvv : vitesse initiale de la réaction
  • Vmax⁡V_{\max}Vmax​ : vitesse maximale
  • [S]\left[S\right][S] : concentration en substrat
  • K0,5K_{0,5}K0,5​ : concentration en substrat donnant v=Vmax⁡/2v = V_{\max}/2v=Vmax​/2
  • nHn_HnH​ : coefficient de Hill, sans unité

Lorsque nH>1n_H > 1nH​>1, la coopérativité apparente est positive. Lorsque nH=1n_H = 1nH​=1, aucune coopérativité n’est détectée par cette description. Lorsque nH<1n_H < 1nH​<1, la coopérativité apparente est négative.

Exemple

Application de l’équation de Hill avec une coopérativité positive

Pour une enzyme dont Vmax⁡=100 μmol ⋅ min−1V_{\max} = \pu{100 \mu mol.min^{-1}}Vmax​=100 μmol⋅min−1, K0,5=2 mmol ⋅ L−1K_{0,5} = \pu{2 mmol.L^{-1}}K0,5​=2 mmol⋅L−1 et nH=2n_H = 2nH​=2, la concentration en substrat est [S]=4 mmol ⋅ L−1\left[S\right] = \pu{4 mmol.L^{-1}}[S]=4 mmol⋅L−1.

v=100×4222+42=100×1620=80 μmol ⋅ min−1v = 100 \times \frac{4^2}{2^2 + 4^2} = 100 \times \frac{16}{20} = \pu{80 \mu mol.min^{-1}}v=100×22+4242​=100×2016​=80 μmol⋅min−1

La vitesse vaut donc 80 μmol ⋅ min−1\pu{80 \mu mol.min^{-1}}80 μmol⋅min−1, soit 80%80\%80% de Vmax⁡V_{\max}Vmax​. La valeur nH=2n_H = 2nH​=2 traduit une coopérativité apparente positive : la vitesse augmente fortement lorsque la concentration en substrat dépasse la zone de demi-saturation.

Attention

Le coefficient de Hill n'est pas le nombre exact de sites

Le coefficient nHn_HnH​ quantifie la coopérativité apparente. Il ne doit pas être identifié automatiquement au nombre de sous-unités ou de sites de fixation, même s’il ne peut généralement pas dépasser le nombre de sites dans un système homogène idéal.

Un effecteur positif déplace souvent la courbe vers les faibles concentrations en substrat, ce qui diminue K0,5K_{0,5}K0,5​. Un effecteur négatif la déplace souvent vers les concentrations plus élevées, ce qui augmente K0,5K_{0,5}K0,5​. Selon le mécanisme, les effecteurs peuvent aussi modifier Vmax⁡V_{\max}Vmax​.

Modèles moléculaires de l’allostérie

Deux modèles classiques expliquent la transmission d’un changement de conformation entre les sous-unités.

Modèle concerté de Monod, Wyman et Changeux

Le modèle de Monod, Wyman et Changeux, ou modèle MWC, suppose que l’enzyme oligomérique existe spontanément en équilibre entre deux états conformationnels principaux :

  • l’état T, dit tendu, généralement de faible affinité apparente pour le substrat ;
  • l’état R, dit relâché, généralement de forte affinité apparente.

Dans ce modèle, toutes les sous-unités d’une même molécule changent d’état simultanément. Une molécule enzymatique est donc entièrement dans l’état T ou entièrement dans l’état R. Le substrat se fixe préférentiellement à l’état R et stabilise celui-ci. À mesure que la concentration en substrat augmente, l’équilibre de la population enzymatique se déplace vers R.

Un activateur allostérique stabilise préférentiellement R, tandis qu’un inhibiteur allostérique stabilise préférentiellement T. La fixation du ligand ne crée donc pas nécessairement l’état conformationnel : elle sélectionne et stabilise un état déjà accessible.

Modèle séquentiel de Koshland, Némethy et Filmer

Le modèle de Koshland, Némethy et Filmer, ou modèle KNF, repose sur un changement conformationnel induit par la fixation du ligand. Lorsqu’un ligand occupe une sous-unité, celle-ci change de conformation. Cette modification influence progressivement les sous-unités voisines et modifie leur affinité.

Les transitions ne sont pas obligatoirement simultanées. Une même molécule enzymatique peut donc contenir temporairement des sous-unités dans des conformations différentes. Ce modèle rend compte aussi bien d’interactions coopératives positives que négatives.

Comparaison

Modèles concerté et séquentiel

CritèreModèle MWCModèle KNF
Transition conformationnellesimultanée pour toutes les sous-unitésprogressive d'une sous-unité à l'autre
Conformations d'une même moléculetoutes les sous-unités dans le même étatcoexistence possible de conformations différentes
Rôle initial du ligandstabilisation préférentielle d'un état préexistantinduction d'un changement local de conformation
Coopérativité décriteprincipalement positive dans sa forme classiquepositive ou négative
À retenir

Interprétation de la sigmoïde

La forme sigmoïde résulte d’interactions entre sites de fixation : l’occupation de certains sites modifie l’affinité apparente des autres. Elle ne correspond donc pas à une simple cinétique michaélienne.

Modification covalente réversible

L’activité enzymatique peut aussi être régulée par l’ajout ou le retrait réversible d’un groupement chimique lié par une liaison covalente. Cette régulation modifie directement la structure chimique de l’enzyme et, par conséquent, sa conformation, sa localisation, sa stabilité ou son activité catalytique.

Définition

Modification covalente réversible

Ajout puis retrait contrôlés d’un groupement chimique sur une protéine, réalisés par des enzymes distinctes et permettant une modulation réversible de son activité.

Phosphorylation et déphosphorylation

La phosphorylation est la modification covalente réversible la plus classique. Une protéine kinase transfère généralement le phosphate terminal de l’ATP sur le groupement hydroxyle d’un résidu sérine, thréonine ou tyrosine de la protéine cible.

Une phosphoprotéine phosphatase retire ce phosphate par hydrolyse. Kinase et phosphatase constituent ainsi un système antagoniste dont l’activité peut elle-même être régulée.

L’ajout d’un phosphate introduit des charges négatives et crée de nouvelles possibilités d’interactions électrostatiques. Il peut donc provoquer un changement conformationnel, modifier l’accessibilité du site actif ou créer un site de reconnaissance pour une autre protéine.

Méthode

Cycle de régulation par phosphorylation

  1. Une protéine kinase reconnaît l’enzyme cible
  2. La kinase transfère un groupement phosphate de l’ATP vers un résidu approprié
  3. La phosphorylation modifie les propriétés structurales et fonctionnelles de l’enzyme
  4. Une phosphatase hydrolyse la liaison phosphate
  5. L’enzyme revient à son état de phosphorylation antérieur
Attention

Phosphorylation ne signifie pas toujours activation

Selon l’enzyme et le résidu modifié, la phosphorylation peut augmenter ou diminuer l’activité. De même, la déphosphorylation peut être activatrice ou inhibitrice.

Cette régulation est adaptée à la coordination métabolique, car un même signal peut contrôler plusieurs kinases ou phosphatases et modifier simultanément l’activité de nombreuses enzymes.

Activation protéolytique des zymogènes

Définition

Zymogène

Précurseur protéique enzymatique dépourvu d’activité, ou très faiblement actif, qui devient fonctionnel après un clivage protéolytique déterminé.

Le clivage rompt une ou plusieurs liaisons peptidiques. Il retire un segment inhibiteur ou permet une réorganisation conformationnelle qui forme le site actif fonctionnel. Contrairement à la phosphorylation, cette modification n’est pas réversible sur la molécule clivée : les liaisons peptidiques retirées ne sont pas restaurées par une réaction inverse simple.

L’activation de zymogènes permet :

  • de synthétiser une enzyme sous une forme inactive ;
  • d’éviter une activité prématurée dans la cellule productrice ;
  • de déclencher rapidement l’activité au lieu requis ;
  • d’amplifier un signal lorsqu’un zymogène activé en active plusieurs autres.

L’arrêt du processus nécessite donc l’inhibition, l’élimination ou la dégradation de l’enzyme active, puis éventuellement la synthèse d’un nouveau précurseur.

À retenir

Deux temporalités de régulation

La phosphorylation est une modification covalente réversible, contrôlée par des kinases et des phosphatases. Le clivage d’un zymogène est une activation irréversible à l’échelle de la molécule, contrôlée par la protéolyse.

Points clés
  • Les enzymes allostériques présentent souvent une cinétique sigmoïde liée à la coopérativité entre leurs sites
  • K0,5K_{0,5}K0,5​ est la concentration en substrat donnant la moitié de Vmax⁡V_{\max}Vmax​, tandis que nHn_HnH​ mesure la coopérativité apparente
  • Le modèle MWC impose une transition concertée entre états T et R
  • Le modèle KNF décrit des changements conformationnels successifs et autorise des conformations mixtes
  • La phosphorylation est une modification covalente réversible qui peut activer ou inhiber une enzyme
  • Le clivage protéolytique active irréversiblement un zymogène à l’échelle de la molécule

Fiches connexes

À réviser dans la foulée, sur Enzymologie.

  • Fiche 01Catalyse enzymatique, site actif et classification des enzymesEnzymologie
  • Fiche 02Cinétique michaélienne : Km, Vmax et représentations graphiquesEnzymologie
  • Fiche 03Inhibitions enzymatiques réversibles et irréversiblesEnzymologie
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