B2 · Enzymologie
Isoenzymes, mesure de l'activité et intérêt diagnostique
Définir une isoenzyme et expliquer l'intérêt de sa distribution tissulaire en biologie clinique. Décrire la mesure d'une activité enzymatique, ses unités et les paramètres physiques qui l'influencent.
Biochimie structurale et métabolique7 min de lecture17 QCM corrigés
Isoenzymes et distribution tissulaire
Définition moléculaire
Les isoenzymes reconnaissent donc les mêmes substrats principaux et conduisent aux mêmes produits, sans être nécessairement identiques. Leur diversité peut résulter de plusieurs mécanismes :
- expression de gènes distincts issus d'une même famille génique ;
- association différente de plusieurs types de sous-unités ;
- maturation ou modification post-traductionnelle d'une protéine ;
- expression variable selon le tissu ou le stade du développement.
Ces différences structurales peuvent modifier la charge électrique, la masse moléculaire, la stabilité, l'affinité apparente pour le substrat ou la sensibilité à certains effecteurs. Elles permettent de distinguer les isoenzymes par électrophorèse, chromatographie, immunodosage ou mesure sélective de leur activité.
La cinétique michaélienne et les paramètres et sont étudiés dans la fiche consacrée à la cinétique enzymatique ; ici, ils interviennent seulement comme propriétés susceptibles de différer entre isoenzymes.
Distribution tissulaire
La distribution tissulaire désigne la répartition quantitative des différentes isoenzymes entre les organes, les tissus et les compartiments cellulaires. Un même tissu peut contenir plusieurs isoenzymes, tandis qu'une même isoenzyme peut être présente dans plusieurs tissus. La spécificité tissulaire est donc généralement relative, et non absolue.
Dans une cellule intacte, les enzymes sont localisées dans le cytosol, les mitochondries, les lysosomes, les membranes ou d'autres compartiments. Une altération cellulaire peut augmenter leur passage dans le milieu extracellulaire puis dans le sang. L'activité enzymatique circulante dépend alors de plusieurs phénomènes :
- abondance de l'enzyme dans le tissu ;
- localisation intracellulaire ;
- importance et durée de la libération ;
- vitesse de renouvellement cellulaire ;
- stabilité de l'enzyme dans le sang ;
- vitesse de son élimination.
L'identification de l'isoenzyme majoritairement augmentée peut ainsi fournir une information sur l'origine tissulaire de l'activité totale mesurée. Elle améliore la spécificité diagnostique, car une augmentation de l'activité enzymatique totale ne permet pas toujours de reconnaître le tissu responsable.
Mesure de l'activité enzymatique
Activité catalytique et vitesse de réaction
L'activité ne mesure pas directement le nombre de molécules d'enzyme. Elle mesure leur effet catalytique. Deux échantillons contenant la même quantité d'enzyme peuvent donc présenter des activités différentes si l'enzyme est partiellement inactive, inhibée ou placée dans des conditions différentes.
La mesure est préférentiellement effectuée au début de la réaction, lorsque la vitesse est approximativement constante. Cette vitesse initiale limite l'influence de l’épuisement du substrat, de l’accumulation des produits et des réactions inverses.
En biologie clinique, les résultats sont le plus souvent exprimés en unité enzymatique par litre, notée .
Unités
Le katal, symbole , est l'unité du Système international. Une activité de correspond à la transformation de de substrat par seconde.
L'unité enzymatique, symbole , correspond à la transformation de de substrat par minute dans des conditions définies.
La conversion repose sur la relation suivante :
L'activité spécifique est l'activité catalytique rapportée à la masse totale de protéines de l'échantillon, souvent exprimée en . Elle renseigne surtout sur le degré d'enrichissement d'une préparation enzymatique. Elle ne doit pas être confondue avec la concentration d'activité mesurée par litre de liquide biologique.
Principes analytiques
Mesure directe, indirecte et couplée
Une activité peut être déterminée en suivant :
- la disparition du substrat ;
- l'apparition du produit ;
- la variation d'un signal physique associé à la réaction ;
- une réaction auxiliaire transformant le produit en une espèce mesurable.
Dans une mesure continue, le signal est enregistré au cours du temps et sa pente fournit la vitesse de réaction. Dans une mesure en point final, la variation totale est mesurée après une durée fixée. La méthode continue permet de vérifier que la vitesse reste linéaire pendant l'intervalle retenu.
Une réaction couplée utilise une ou plusieurs enzymes auxiliaires lorsque la réaction étudiée ne produit pas directement de signal mesurable. Les réactions auxiliaires doivent être suffisamment rapides pour que la vitesse observée soit déterminée par l'enzyme recherchée et non par le système de détection.
La spectrophotométrie suit une variation d'absorbance. Son fondement optique est développé dans la fiche consacrée aux spectrométries.
Paramètres influençant la mesure
Température et pH
L'augmentation de la température accélère d'abord les mouvements moléculaires et la fréquence des rencontres entre enzyme et substrat. Au-delà d'une certaine zone, elle déstabilise la structure tridimensionnelle de l'enzyme et diminue son activité. Toute valeur doit donc être associée à une température de mesure précise.
Le pH modifie l'état d'ionisation des acides aminés du site actif, du substrat et parfois des cofacteurs. Il peut aussi altérer les interactions qui stabilisent la structure de l'enzyme. Chaque méthode impose ainsi un domaine de pH défini.
Composition du milieu
L'activité observée dépend également :
- de la concentration en substrat ;
- de la présence des cofacteurs nécessaires ;
- de la force ionique ;
- de la nature et de la concentration du tampon ;
- de la présence d'activateurs ou d'inhibiteurs ;
- du rapport entre enzyme et substrat ;
- de la durée de conservation de l'échantillon.
Pour mesurer l'activité enzymatique disponible plutôt que la disponibilité du substrat, celui-ci est généralement placé en excès. La vitesse dépend alors principalement de la quantité d'enzyme catalytiquement active, à condition que les autres constituants ne soient pas limitants.
L'hémolyse, une conservation inadéquate ou des cycles répétés de congélation et décongélation peuvent libérer des enzymes cellulaires ou en diminuer la stabilité. La phase préanalytique peut donc modifier le résultat avant même la réaction de dosage.
Standardisation et interprétation
Une activité enzymatique n'a de sens que si les conditions opératoires sont précisées. Des différences de température, de pH, de substrat ou de méthode produisent des valeurs qui ne sont pas directement comparables. Les intervalles de référence doivent être établis avec une méthode standardisée et une population de référence adaptée.
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