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Sommaire

  • 1De l’autorisation au remboursement
  • 2Le service médical rendu et l’accès au remboursement
  • 3L’amélioration du service médical rendu et le prix
  • 4La fixation du prix
  • 5Principes de l’évaluation médico-économique
    • 5.1Les principales formes d’analyse lock — section verrouillée
  • 6Coûts sanitaires et coût sociétal lock — section verrouillée
  • 7Le médicament dans les dépenses de santé lock — section verrouillée
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B11 · Usage, sécurité, économie

Pharmaco-économie, remboursement et coût sociétal

Présenter les critères d'admission au remboursement et la fixation du prix d'un médicament. Décrire les principes de l'évaluation médico-économique et le poids du médicament dans les dépenses de santé.

Médicament et produits de santé·schedule8 min de lecture·quiz17 QCM corrigés

De l’autorisation au remboursement

L’autorisation de mise sur le marché, étudiée dans la fiche consacrée au dossier d’enregistrement, établit qu’un médicament possède une qualité suffisante et un rapport bénéfice-risque favorable dans ses indications. Elle ne garantit ni son remboursement ni le niveau de son prix.

Définition

Remboursement d’un médicament

Prise en charge totale ou partielle du coût d’un médicament par l’Assurance maladie, sous réserve de son inscription sur une liste ouvrant droit à cette prise en charge et du respect des conditions fixées.

Pour être remboursable en ville, une spécialité doit être inscrite sur la liste des spécialités remboursables aux assurés sociaux. Pour être achetée et utilisée par les établissements publics de santé, elle relève d’une inscription sur la liste des spécialités agréées à l’usage des collectivités. À l’hôpital, son financement peut être inclus dans les tarifs de séjour ou relever d’un financement spécifique, notamment lorsqu’il est inscrit sur la liste dite en sus.

La demande d’inscription est déposée par l’entreprise exploitant le médicament. La Commission de la transparence, commission spécialisée de la Haute Autorité de santé, rend un avis scientifique fondé principalement sur deux appréciations distinctes : le service médical rendu et l’amélioration du service médical rendu.

Le service médical rendu et l’accès au remboursement

Définition

Service médical rendu ou SMR

Appréciation de l’intérêt propre d’un médicament dans une indication donnée, utilisée pour déterminer si sa prise en charge par la solidarité nationale est justifiée et à quel taux de droit commun.

Le SMR tient notamment compte :

  • de l’efficacité du médicament et de ses effets indésirables ;
  • de sa place dans la stratégie thérapeutique ;
  • de la gravité de l’affection concernée ;
  • du caractère préventif, curatif ou symptomatique du traitement ;
  • de son intérêt pour la santé publique.

Le SMR est évalué par indication : une même spécialité peut donc recevoir des appréciations différentes selon la situation thérapeutique considérée. Il peut être important, modéré, faible ou insuffisant.

En règle générale, un SMR important conduit à un taux de remboursement de droit commun de 65 %65\,\%65%, un SMR modéré à 30 %30\,\%30% et un SMR faible à 15 %15\,\%15%. Un SMR insuffisant ne justifie pas la prise en charge. Certains médicaments reconnus comme irremplaçables et particulièrement coûteux peuvent relever d’un taux de 100 %100\,\%100%.

Le taux effectif supporté par l’Assurance maladie dépend aussi de la situation de l’assuré, des règles d’exonération et des éventuelles conditions particulières de prise en charge. Le taux attaché au médicament ne doit donc pas être confondu avec la proportion réellement remboursée dans toutes les situations.

Attention

Autorisation, remboursement et taux de remboursement

L’autorisation de mise sur le marché permet la commercialisation ; le SMR détermine l’intérêt d’un remboursement ; le taux de remboursement précise la fraction prise en charge selon les règles applicables. Ces trois décisions répondent à des questions différentes.

L’amélioration du service médical rendu et le prix

Définition

Amélioration du service médical rendu ou ASMR

Appréciation du progrès thérapeutique apporté par un médicament par rapport aux stratégies pertinentes déjà disponibles dans une indication donnée.

L’ASMR est une évaluation comparative. Elle est classée de I à V :

  • ASMR I : progrès thérapeutique majeur ;
  • ASMR II : amélioration importante ;
  • ASMR III : amélioration modérée ;
  • ASMR IV : amélioration mineure ;
  • ASMR V : absence d’amélioration.

L’ASMR ne fixe pas le taux de remboursement. Elle intervient surtout dans la négociation du prix : plus le progrès démontré est important, plus l’entreprise peut soutenir un prix supérieur à celui des comparateurs pertinents. Une ASMR V n’implique pas nécessairement l’absence de remboursement, mais elle limite la justification d’un prix plus élevé.

Comparaison

SMR et ASMR

CritèreSMRASMR
Question poséeLe médicament mérite-t-il une prise en charge ?Quel progrès apporte-t-il par rapport aux stratégies disponibles ?
NatureÉvaluation de l’intérêt propreÉvaluation comparative
Conséquence principaleAdmission et taux de remboursementNégociation du prix
ClassementImportant, modéré, faible ou insuffisantNiveaux I à V

La fixation du prix

Le prix des médicaments remboursables délivrés en ville est négocié entre l’entreprise et le Comité économique des produits de santé, ou CEPS. Cette négociation cherche à concilier l’accès aux traitements, la reconnaissance de l’innovation, la soutenabilité des dépenses collectives et la maîtrise des prix.

Les principaux déterminants sont :

  • le niveau d’ASMR ;
  • le prix des médicaments à même visée thérapeutique ;
  • les volumes de vente prévus ou constatés ;
  • la population susceptible de recevoir le traitement ;
  • les conditions prévisibles et réelles d’utilisation ;
  • les résultats de l’évaluation médico-économique lorsqu’elle est requise ;
  • les prix pratiqués dans certains pays de référence.

L’accord peut prendre la forme d’une convention entre le CEPS et l’entreprise. Il peut associer un prix publié à des mécanismes de régulation financière : remises confidentielles, clauses liées aux volumes, baisses de prix ou reversements. Le prix facial, visible publiquement, peut donc différer du prix net réellement supporté par la collectivité après remises.

À retenir

Le SMR commande principalement l’admission et le taux de remboursement, tandis que l’ASMR intervient principalement dans la négociation du prix. Une forte efficacité ne signifie donc pas automatiquement un prix élevé : le progrès doit être apprécié relativement aux solutions disponibles.

Principes de l’évaluation médico-économique

Définition

Pharmaco-économie

Étude comparative des coûts et des conséquences sanitaires associés à différentes stratégies médicamenteuses, afin d’éclairer l’allocation de ressources collectives limitées.

L’évaluation médico-économique ne demande pas seulement si un médicament fonctionne. Elle recherche si le gain sanitaire supplémentaire justifie le coût supplémentaire par rapport à une stratégie de référence pertinente.

La Commission d’évaluation économique et de santé publique, ou CEESP, peut rendre un avis d’efficience pour certains produits revendiquant un progrès et susceptibles d’avoir un impact important sur les dépenses. Son avis complète l’évaluation clinique de la Commission de la transparence, mais ne s’y substitue pas et ne fixe pas lui-même le prix.

Les principales formes d’analyse

  • L’analyse coût-efficacité rapporte les coûts à un résultat clinique mesuré dans une unité naturelle.
  • L’analyse coût-utilité mesure les résultats en durée de vie pondérée par la qualité de vie, souvent exprimée en années de vie ajustées par la qualité.
  • L’analyse coût-bénéfice convertit coûts et conséquences en unités monétaires.
  • L’analyse d’impact budgétaire estime les conséquences financières de l’introduction d’une stratégie pour un financeur, sur une période déterminée.

L’analyse d’efficience repose sur une comparaison différentielle.

Formule

Rapport différentiel coût-résultat

RDCR=C1−C0E1−E0RDCR = \frac{C_{1}-C_{0}}{E_{1}-E_{0}}RDCR=E1​−E0​C1​−C0​​
  • RDCRRDCRRDCR : rapport différentiel coût-résultat
  • C1C_{1}C1​ : coût de la stratégie évaluée
  • C0C_{0}C0​ : coût de la stratégie de référence
  • E1E_{1}E1​ : résultat sanitaire de la stratégie évaluée
  • E0E_{0}E0​ : résultat sanitaire de la stratégie de référence

Le rapport indique le coût supplémentaire nécessaire pour obtenir une unité supplémentaire de résultat sanitaire. Il ne doit être interprété qu’après examen de la qualité des données, de l’incertitude et de la pertinence du comparateur.

Exemple

Calculer un rapport différentiel coût-résultat

Une stratégie évaluée coûte 60 000 € par patient et procure 1,41{,}41,4 année de vie ajustée par la qualité. La stratégie de référence coûte 48 000 € et procure 1,01{,}01,0 année de vie ajustée par la qualité.

  • Surcoût : 60 000−48 000=12 00060\,000 - 48\,000 = 12\,00060000−48000=12000 €
  • Gain de résultat : 1,4−1,0=0,41{,}4 - 1{,}0 = 0{,}41,4−1,0=0,4 année de vie ajustée par la qualité
  • Rapport différentiel coût-résultat : RDCR=12 0000,4=30 000RDCR = \frac{12\,000}{0{,}4} = 30\,000RDCR=0,412000​=30000 € par année de vie ajustée par la qualité gagnée

La stratégie évaluée nécessite donc un coût supplémentaire de 30 000 € pour obtenir une année de vie ajustée par la qualité supplémentaire par rapport à la stratégie de référence. Ce résultat ne suffit pas à lui seul à conclure sur son efficience : il doit être interprété avec les autres données disponibles.

Attention

Efficience et économie budgétaire

Une stratégie efficiente n’est pas nécessairement moins coûteuse : elle peut coûter davantage tout en procurant un gain sanitaire jugé proportionné. Inversement, un faible impact budgétaire ne suffit pas à démontrer son efficience.

La France ne retient pas un seuil monétaire officiel unique au-delà duquel une stratégie serait automatiquement jugée inefficiente. La décision résulte d’une appréciation associant données cliniques, coût, incertitude, besoin de santé et impact sur le budget.

Coûts sanitaires et coût sociétal

Définition

Coût sociétal

Ensemble des ressources consommées et des pertes supportées par la société du fait d’une maladie et de sa prise en charge, au-delà de la seule dépense de médicament.

Les coûts peuvent comprendre :

  • les coûts médicaux directs, liés aux médicaments, consultations, hospitalisations et examens ;
  • les coûts directs non médicaux, liés notamment aux transports, à l’aide humaine et à l’adaptation de la vie quotidienne ;
  • les coûts indirects, correspondant aux pertes d’activité ou de productivité ;
  • les conséquences sur la qualité de vie, généralement mesurées comme résultats sanitaires plutôt que directement monétarisées.

La nature des coûts retenus dépend de la perspective de l’analyse : Assurance maladie, établissement, patient ou collectivité. Une analyse collective est plus large qu’une analyse limitée au budget du seul payeur.

Le médicament dans les dépenses de santé

La dépense pharmaceutique constitue une composante importante des dépenses de santé, mais elle ne représente qu’une partie du coût total des soins. Son évolution dépend simultanément :

  • des volumes prescrits et délivrés ;
  • du vieillissement et des besoins sanitaires de la population ;
  • de l’arrivée de médicaments coûteux ;
  • de l’élargissement des indications et des durées de traitement ;
  • de la baisse de prix des médicaments anciens ;
  • du développement des médicaments génériques et biosimilaires ;
  • des remises, reversements et mécanismes conventionnels de régulation.

Il faut distinguer la dépense brute, calculée à partir des prix et volumes, de la dépense nette, obtenue après prise en compte des remises et reversements. La maîtrise de la dépense ne repose donc pas seulement sur une diminution des prix : elle associe sélection des médicaments remboursables, négociation tarifaire, régulation des volumes et réévaluations périodiques.

Exemple

Distinguer dépense brute et dépense nette

Un médicament a un prix facial de 50 € par boîte. Au cours d’une année, 1 000 boîtes sont délivrées. La convention prévoit ensuite 10 000 € de remises et de reversements.

  • Dépense brute : 50×1 000=50 00050 \times 1\,000 = 50\,00050×1000=50000 €
  • Dépense nette : 50 000−10 000=40 00050\,000 - 10\,000 = 40\,00050000−10000=40000 €

La dépense brute correspond au montant calculé avant régulation financière. La collectivité supporte ici une dépense nette de 40 000 €, soit un montant inférieur de 10 000 € à la dépense brute.

À retenir

Le coût d’un médicament ne s’apprécie pas isolément. Une dépense pharmaceutique peut modifier d’autres postes de soins et des coûts supportés par la société ; l’évaluation pertinente compare donc l’ensemble des coûts et des résultats des stratégies.

Points clés
  • L’autorisation de mise sur le marché ne donne automatiquement ni remboursement ni prix
  • Le SMR détermine principalement l’intérêt et le taux de la prise en charge
  • L’ASMR mesure le progrès comparatif et intervient principalement dans la négociation du prix
  • Le CEPS négocie le prix en tenant compte du progrès, des comparateurs, des volumes et de l’impact économique
  • L’évaluation médico-économique compare les coûts supplémentaires aux résultats sanitaires supplémentaires
  • Le poids du médicament doit être apprécié en dépense nette et dans l’ensemble des coûts sanitaires et sociétaux

Fiches connexes

À réviser dans la foulée, sur Usage, sécurité, économie.

  • Fiche 01Règles de prescription, listes et stupéfiantsUsage, sécurité, économie
  • Fiche 02Rapport bénéfice/risque et observanceUsage, sécurité, économie
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