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Sommaire

  • 1Deux modes de variation du potentiel de membrane
  • 2Potentiels postsynaptiques excitateurs et inhibiteurs
  • 3La sommation des potentiels gradués
    • 3.1Sommation temporelle lock — section verrouillée
    • 3.2Sommation spatiale lock — section verrouillée
  • 4Le cône axonique et la décision de décharge lock — section verrouillée
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  5. Sommation et intégration neuronale

B8 · Physiologie cellulaire et neuromusculaire

Sommation et intégration neuronale

Distinguer potentiels gradués et potentiels d'action et leurs propriétés respectives. Décrire les sommations spatiale et temporelle au cône axonique et la décision de décharge du neurone.

Physiologie·schedule7 min de lecture·quiz17 QCM corrigés

Deux modes de variation du potentiel de membrane

Le potentiel de membrane est la différence de potentiel électrique entre les faces interne et externe de la membrane cellulaire. Dans un neurone, il peut varier selon deux modalités principales : les potentiels gradués, qui constituent des signaux locaux, et les potentiels d'action, qui assurent la réponse électrique stéréotypée du neurone.

La genèse ionique détaillée du potentiel de repos et du potentiel d'action, ainsi que la propagation axonale, relèvent des fiches précédentes ; il faut ici comprendre comment les signaux locaux déterminent l'apparition d'un potentiel d'action.

Définition

Potentiel gradué

Variation locale du potentiel de membrane dont l'amplitude dépend de l'intensité du stimulus qui l'a produite. Il peut être dépolarisant ou hyperpolarisant et s'atténue lorsqu'il se propage passivement dans la membrane.

Un potentiel gradué résulte de l'ouverture de canaux ioniques dans une région limitée de la membrane. Le courant ionique produit modifie localement la répartition des charges. Cette modification gagne les régions voisines, mais une partie du courant fuit à travers la membrane : le signal diminue donc avec la distance.

Plus le nombre de canaux ouverts est grand, plus la variation locale du potentiel est importante. L'amplitude d'un potentiel gradué est ainsi variable et porte une information sur l'intensité de l'entrée reçue.

Définition

Potentiel d'action

Variation brève et stéréotypée du potentiel de membrane, déclenchée lorsque le seuil d'excitabilité est atteint et reposant sur l'ouverture séquentielle de canaux ioniques dépendants du voltage.

Une fois déclenché, le potentiel d'action possède une amplitude pratiquement indépendante de l'intensité qui a permis d'atteindre le seuil. Une stimulation plus intense n'augmente donc pas son amplitude, mais peut augmenter la fréquence des potentiels d'action.

Comparaison

Potentiel gradué et potentiel d'action

PropriétéPotentiel graduéPotentiel d'action
Amplitudevariable, proportionnelle à l'entréestéréotypée selon la loi du tout ou rien
Polaritédépolarisation ou hyperpolarisationséquence imposée de dépolarisation et de repolarisation
Propagationpassive et décrémentiellerégénérative et sans atténuation
Sommationpossibleimpossible
Localisation principaledendrites et corps cellulairesegment initial puis axone
Codage de l'informationamplitude et duréefréquence de décharge
À retenir

Deux propriétés opposées

Les potentiels gradués peuvent se superposer et s'atténuent avec la distance. Les potentiels d'action ne se somment pas, car chacun constitue une réponse complète régénérée selon la loi du tout ou rien.

Potentiels postsynaptiques excitateurs et inhibiteurs

Les synapses reçues par un neurone produisent généralement des potentiels gradués dans les dendrites ou le corps cellulaire. Les mécanismes de libération des neurotransmetteurs et de fonctionnement des récepteurs synaptiques sont étudiés dans la fiche consacrée à la transmission synaptique.

Définition

Potentiel postsynaptique excitateur ou PPSE

Potentiel gradué qui rapproche le potentiel de membrane du seuil de déclenchement d'un potentiel d'action. Il augmente donc la probabilité de décharge du neurone.

Un PPSE correspond habituellement à une dépolarisation : l'intérieur de la cellule devient transitoirement moins négatif. Toutefois, son caractère excitateur se définit par son effet sur la probabilité de décharge, et non par la seule nature de l'ion impliqué.

Définition

Potentiel postsynaptique inhibiteur ou PPSI

Potentiel gradué qui éloigne le potentiel de membrane du seuil ou réduit l'efficacité des entrées excitatrices. Il diminue donc la probabilité de décharge du neurone.

Un PPSI peut produire une hyperpolarisation, rendant l'intérieur cellulaire plus négatif. L'inhibition peut aussi augmenter la conductance membranaire sans forte hyperpolarisation. La membrane laisse alors davantage fuir les courants locaux, ce qui réduit l'amplitude des PPSE simultanés : il s'agit d'une inhibition par court-circuit.

Attention

Dépolarisation ne signifie pas toujours décharge

Une dépolarisation locale n'est pas nécessairement un potentiel d'action. Tant que le seuil n'est pas atteint dans la zone gâchette, elle reste un potentiel gradué et peut disparaître sans provoquer de décharge.

La sommation des potentiels gradués

Définition

Sommation neuronale

Combinaison, dans le temps et dans l'espace, des potentiels gradués excitateurs et inhibiteurs reçus par un neurone.

La membrane neuronale reçoit continuellement de nombreuses entrées. Chaque potentiel postsynaptique contribue à modifier le potentiel de membrane, mais sa contribution dépend de son amplitude, de sa durée, de sa localisation et de sa proximité temporelle avec les autres signaux.

Dans un modèle simplifié, la variation résultante peut être envisagée comme une somme algébrique des contributions excitatrices et inhibitrices.

Formule

Intégration algébrique simplifiée

Vm(t)=Vr+∑iΔVi(t)V_m(t) = V_r + \sum_i \Delta V_i(t)Vm​(t)=Vr​+i∑​ΔVi​(t)
  • Vm(t)V_m(t)Vm​(t) : potentiel de membrane à l'instant ttt, en volts
  • VrV_rVr​ : potentiel de repos, en volts
  • ΔVi(t)\Delta V_i(t)ΔVi​(t) : contribution du potentiel gradué numéro iii à l'instant ttt, en volts
  • iii : indice identifiant chaque entrée
  • ttt : temps, en secondes

Cette relation fournit une représentation pédagogique. L'intégration réelle n'est pas une addition parfaitement linéaire, car l'ouverture des canaux modifie la conductance membranaire et donc l'effet des autres entrées.

Exemple

Addition algébrique de deux PPSE et d'un PPSI

Considérons un neurone dont le potentiel de repos est Vr=−70 mVV_r = \pu{-70 mV}Vr​=−70 mV.

Au même instant, il reçoit trois potentiels gradués dont les contributions au site d'intégration sont :

  • un PPSE de +8 mV\pu{+8 mV}+8 mV ;
  • un second PPSE de +6 mV\pu{+6 mV}+6 mV ;
  • un PPSI de −4 mV\pu{-4 mV}−4 mV.

Dans le modèle algébrique simplifié :

Vm=−70+8+6−4=−60 mVV_m = -70 + 8 + 6 - 4 = \pu{-60 mV}Vm​=−70+8+6−4=−60 mV

Le potentiel de membrane résultant est donc −60 mV\pu{-60 mV}−60 mV. Les deux PPSE produisent une dépolarisation nette de 10 mV\pu{10 mV}10 mV par rapport au repos, mais le PPSI en réduit l'amplitude.

Sommation temporelle

Définition

Sommation temporelle

Addition de potentiels gradués successifs produits au même site ou par une même entrée, lorsque le nouvel événement survient avant la disparition complète du précédent.

Après sa naissance, un potentiel gradué ne disparaît pas instantanément. Si une nouvelle variation apparaît suffisamment tôt, elle se superpose à la variation résiduelle. Des PPSE rapprochés augmentent ainsi progressivement la dépolarisation. Des PPSI rapprochés renforcent au contraire l'inhibition.

La constante de temps membranaire caractérise la vitesse à laquelle le potentiel de membrane varie et revient vers sa valeur de repos. Une constante de temps élevée prolonge les potentiels gradués et élargit la période pendant laquelle une sommation temporelle est possible.

Sommation spatiale

Définition

Sommation spatiale

Combinaison de potentiels gradués produits simultanément ou presque simultanément en différents sites de la membrane neuronale.

Les signaux issus de plusieurs synapses se propagent passivement vers le corps cellulaire puis vers le cône axonique. Deux PPSE peuvent se renforcer, tandis qu'un PPSI peut s'opposer à un ou plusieurs PPSE.

Toutes les synapses n'ont pas le même poids fonctionnel. Un potentiel né loin de la zone de déclenchement subit davantage d'atténuation. À amplitude initiale égale, une entrée proche du cône axonique influence donc généralement plus fortement la décision de décharge qu'une entrée très éloignée. Une synapse inhibitrice placée sur le trajet d'entrées excitatrices peut également diminuer efficacement leur transmission électrique.

Comparaison

Sommations temporelle et spatiale

CritèreSommation temporelleSommation spatiale
Origine des signauxévénements successifs d'une même entréeentrées provenant de sites différents
Condition principaleproximité dans le tempsconvergence vers une même zone intégratrice
Facteur déterminantdurée des potentiels graduéslocalisation et atténuation avec la distance
Résultatrenforcement ou opposition au cours du tempscombinaison des influences excitatrices et inhibitrices

Le cône axonique et la décision de décharge

Définition

Cône axonique

Région du neurone située à la jonction entre le corps cellulaire et l'axone, où convergent les variations de potentiel issues des dendrites et du corps cellulaire.

Le cône axonique se prolonge par le segment initial de l'axone, particulièrement riche en canaux sodiques dépendants du voltage. Cet ensemble constitue la zone gâchette, c'est-à-dire la région où la décision électrique du neurone est convertie en potentiel d'action.

Définition

Seuil d'excitabilité

Valeur critique du potentiel de membrane à partir de laquelle l'ouverture régénérative des canaux dépendants du voltage devient suffisante pour déclencher un potentiel d'action.

La décision de décharge dépend du bilan instantané de toutes les influences :

  • les PPSE rapprochent le potentiel de membrane du seuil ;
  • les PPSI l'en éloignent ou diminuent l'efficacité des PPSE ;
  • la sommation temporelle associe les entrées successives ;
  • la sommation spatiale associe les entrées provenant de régions différentes ;
  • l'atténuation dendritique pondère chaque contribution selon sa localisation.

Si le potentiel de membrane de la zone gâchette atteint le seuil, la rétroaction positive liée à l'ouverture des canaux sodiques déclenche un potentiel d'action complet. Si le seuil n'est pas atteint, les potentiels gradués s'atténuent et le neurone ne décharge pas.

Attention

Le seuil n'est pas une simple somme de PPSE

La décision ne dépend pas du nombre brut de signaux excitateurs. Elle dépend de leur amplitude, de leur synchronisation, de leur localisation et de l'inhibition présente au même moment.

Après un potentiel d'action, les périodes réfractaires limitent temporairement la possibilité d'une nouvelle décharge. Elles empêchent les potentiels d'action de fusionner et imposent une limite à la fréquence de décharge ; leur mécanisme détaillé relève de la fiche sur le potentiel d'action.

À retenir

Principe de la décision neuronale

Le neurone effectue une intégration spatio-temporelle de ses potentiels gradués. Le franchissement du seuil au segment initial déclenche un potentiel d'action ; en dessous du seuil, aucune décharge n'est produite.

Points clés
  • Les potentiels gradués ont une amplitude variable, se propagent passivement avec atténuation et peuvent se sommer.
  • Les PPSE augmentent la probabilité de décharge, tandis que les PPSI la diminuent.
  • La sommation temporelle combine des signaux successifs proches dans le temps.
  • La sommation spatiale combine des signaux issus de différents sites membranaires.
  • Le cône axonique et le segment initial intègrent les influences excitatrices et inhibitrices.
  • Le seuil atteint dans la zone gâchette déclenche un potentiel d'action selon la loi du tout ou rien.

Fiches connexes

À réviser dans la foulée, sur Physiologie cellulaire et neuromusculaire.

  • Fiche 01Potentiel de repos et potentiel d'actionPhysiologie cellulaire et neuromusculaire
  • Fiche 02Propagation du potentiel d'action et rôle de la myélinePhysiologie cellulaire et neuromusculaire
  • Fiche 03Transmission synaptique et neurotransmetteursPhysiologie cellulaire et neuromusculaire
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