B10 · Tests d'hypothèses
Statistique de test, région de rejet et p-value
Décrire la démarche d'un test, de la statistique calculée à la règle de décision. Définir et interpréter correctement la p-value et distinguer signification statistique et pertinence clinique.
Biostatistiques et méthodes d'analyse6 min de lecture15 QCM corrigés
De la question scientifique à la décision statistique
Un test statistique confronte les données observées à une hypothèse nulle, notée . L’hypothèse alternative, notée , décrit la situation retenue si les données conduisent au rejet de . Leur formulation, ainsi que les risques et et la puissance, relève de la fiche précédente.
Le raisonnement n'établit pas directement si est vraie ou fausse. Il demande plutôt si les observations sont suffisamment incompatibles avec ce que prévoit pour justifier son rejet selon une règle fixée à l'avance.
La statistique de test est une variable aléatoire avant le recueil des données, car sa valeur dépend de l'échantillon qui sera obtenu. Après le recueil, elle prend une valeur numérique appelée valeur observée, notée ici .
Pour permettre une décision, il faut connaître la loi de probabilité de la statistique sous . Cette loi indique quelles valeurs sont courantes ou, au contraire, rares lorsque l'hypothèse nulle est supposée vraie.
Une statistique est souvent construite en rapportant un écart à son incertitude d'échantillonnage.
Plus la valeur absolue de est grande, plus l'écart entre l'estimation et la valeur nulle est important relativement à la variabilité attendue. Cette forme est générale, mais la loi exacte de dépend du test et de ses conditions de validité.
Région de rejet et règle de décision
La région de rejet, notée , est construite de manière que sa probabilité sous soit au plus égale au risque .
Une valeur critique est une limite séparant la région de non-rejet de la région de rejet. Elle est obtenue à partir de la loi de sous et du seuil .
La position de la région de rejet dépend de la forme de .
- Dans un test unilatéral à droite, seules les valeurs anormalement grandes de s'opposent à .
- Dans un test unilatéral à gauche, seules les valeurs anormalement petites s'opposent à .
- Dans un test bilatéral, les écarts dans les deux directions s'opposent à .
Le choix entre un test unilatéral et un test bilatéral doit donc découler de la question posée, et non du sens observé dans l'échantillon. Modifier ce choix après observation altère le risque d'erreur annoncé.
Valeur p
L'expression « au moins aussi défavorable » dépend de . Elle correspond à une extrémité de la loi pour un test unilatéral et aux deux extrémités pertinentes pour un test bilatéral.
Pour une statistique dont les grandes valeurs s'opposent à , la valeur p unilatérale à droite s'écrit :
Lorsque la loi sous est symétrique et que les grandes valeurs absolues s'opposent à , une valeur p bilatérale peut s'écrire .
Plus la valeur p est petite, plus les données observées sont difficiles à concilier avec . Elle peut aussi être comprise comme le plus petit seuil de signification auquel le résultat observé conduirait au rejet de , sous réserve d'utiliser le même test et la même règle de calcul.
Ne pas rejeter ne signifie pas non plus démontrer qu'elle est vraie. Les données peuvent être insuffisamment informatives, notamment lorsque l'effectif est faible ou que la variabilité est importante. La conclusion correcte est alors : les données ne permettent pas de rejeter au seuil choisi.
Signification statistique et pertinence clinique
La signification statistique dépend à la fois de la taille de l'effet, de la variabilité des observations et de l'effectif étudié. Lorsque l'effectif augmente, l'erreur standard diminue généralement. Un écart très faible peut alors produire une statistique importante et une petite valeur p, sans que cet écart ait une conséquence clinique notable.
Inversement, un effet potentiellement important peut ne pas être statistiquement significatif si l'étude manque de précision. La valeur p ne mesure donc pas la taille de l'effet. L'interprétation doit associer :
- une estimation de l'effet ;
- un intervalle de confiance, qui renseigne sur sa précision ;
- une appréciation de la pertinence clinique ;
- la valeur p, qui renseigne sur la compatibilité des données avec .
Formulation de la conclusion
La conclusion doit préciser le seuil utilisé, la valeur p et la décision concernant . Elle ne doit pas dépasser ce que permet le test : celui-ci quantifie une incompatibilité avec , mais ne démontre à lui seul ni un mécanisme causal ni l'importance médicale de l'effet.
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