B1 · Réactivité
Substitution nucléophile : SN1 et SN2
Comparer les mécanismes SN1 et SN2 : cinétique, état de transition ou intermédiaire, conséquences stéréochimiques. Identifier les facteurs — classe du substrat, nucléophile, solvant, groupe partant — qui orientent vers l'un ou l'autre.
Chimie générale et organique7 min de lecture17 QCM corrigés
Cadre général de la substitution nucléophile
Le schéma général est , où désigne le nucléophile, le substrat carboné et le groupe partant. La liaison entre le carbone et le groupe partant est polarisée : le carbone, appauvri en électrons, peut recevoir un doublet électronique du nucléophile.
Deux mécanismes conduisent à cette transformation :
- la substitution nucléophile bimoléculaire, notée ;
- la substitution nucléophile unimoléculaire, notée .
Les termes unimoléculaire et bimoléculaire décrivent la molécularité de l'étape cinétiquement déterminante, et non le nombre total d'espèces intervenant dans la réaction.
Mécanisme de la substitution
Une réaction concertée
Dans une , le nucléophile attaque le carbone porteur du groupe partant pendant que la liaison carbone–groupe partant se rompt. Les deux événements sont simultanés. Le mécanisme ne comporte donc qu'un seul état de transition, correspondant au maximum d'énergie de la réaction.
Dans cet état de transition, le carbone est partiellement lié au nucléophile et au groupe partant. Il ne s'agit pas d'une espèce isolable : sa durée de vie est extrêmement brève et son énergie est supérieure à celle des réactifs et des produits.
Cinétique bimoléculaire
La vitesse dépend à la fois de la concentration en substrat et de la concentration en nucléophile, car ces deux espèces participent à l'unique étape élémentaire.
La réaction est d'ordre un par rapport au substrat, d'ordre un par rapport au nucléophile et d'ordre global deux.
Conséquence stéréochimique
Le nucléophile attaque le carbone du côté opposé au groupe partant, car une attaque du même côté subirait une forte répulsion électronique et un encombrement stérique. Cette attaque arrière entraîne une inversion de configuration spatiale, appelée inversion de Walden.
Si le carbone attaqué est stéréogène, les liaisons se réorganisent comme un parapluie qui se retourne. La réaction est donc stéréospécifique : une géométrie donnée du substrat impose une géométrie déterminée du produit.
Mécanisme de la substitution
Un mécanisme en plusieurs étapes
La commence par la rupture hétérolytique de la liaison entre le carbone et le groupe partant. Le groupe partant emporte le doublet de liaison, ce qui forme un carbocation.
Le mécanisme comprend principalement deux étapes :
- Ionisation lente du substrat et formation du carbocation ;
- Attaque rapide du nucléophile sur le carbocation.
Si le nucléophile est neutre, une étape supplémentaire de transfert de proton peut être nécessaire. L'ionisation est généralement l'étape cinétiquement déterminante, car elle impose la rupture d'une liaison avant la formation de la nouvelle liaison.
Le profil énergétique possède deux maxima, correspondant à deux états de transition, séparés par un minimum correspondant au carbocation intermédiaire.
Cinétique unimoléculaire
Comme l'étape lente ne met directement en jeu que le substrat, la concentration du nucléophile n'apparaît pas dans la loi de vitesse.
La réaction est d'ordre un par rapport au substrat et d'ordre global un. Augmenter la concentration du nucléophile ne modifie donc pas directement la vitesse de formation du carbocation.
Conséquence stéréochimique
Le carbone du carbocation adopte une géométrie approximativement plane. Le nucléophile peut donc l'attaquer par l'une ou l'autre face.
Une tend ainsi vers la racémisation lorsque le carbone concerné devient de nouveau stéréogène. Toutefois, la racémisation n'est pas toujours parfaite : le groupe partant peut rester temporairement proche du carbocation dans une paire d'ions ou une cage de solvant, gênant davantage l'une des deux faces.
Le carbocation peut également subir un réarrangement avant l'attaque nucléophile s'il peut acquérir une stabilité supérieure. La stabilité des intermédiaires et les effets électroniques sont détaillés dans la fiche précédente du sous-bloc.
Facteurs orientant vers ou
Classe et structure du substrat
La classe du substrat dépend du nombre de groupes carbonés liés au carbone portant le groupe partant :
- substrat méthylique : aucun groupe carboné ;
- substrat primaire : un groupe carboné ;
- substrat secondaire : deux groupes carbonés ;
- substrat tertiaire : trois groupes carbonés.
La exige un accès direct à la face arrière du carbone. L'encombrement stérique ralentit donc fortement ce mécanisme : les substrats méthyliques et primaires lui sont favorables, tandis que les substrats tertiaires lui sont défavorables.
À l'inverse, la exige la formation d'un carbocation. Les groupes carbonés stabilisent sa charge positive par leurs effets électroniques. Les substrats tertiaires favorisent donc la , alors que les substrats méthyliques et primaires forment des carbocations trop instables dans les conditions habituelles. Un substrat secondaire constitue une situation intermédiaire.
Nature du nucléophile
Un nucléophile fort, concentré et peu encombré favorise la , car il participe à l'étape déterminante de la vitesse. Son encombrement doit rester faible pour permettre l'attaque arrière.
La peut se produire avec un nucléophile plus faible, puisque celui-ci attaque un carbocation déjà formé et n'intervient pas dans l'étape lente.
La nucléophilie mesure la rapidité d'attaque d'un centre électrophile, tandis que la basicité traduit une affinité thermodynamique pour un proton. Leur distinction détaillée relève de la fiche consacrée aux réactions acido-basiques et à la nucléophilie.
Nature du solvant
Un solvant polaire protique stabilise les ions, notamment le groupe partant et le carbocation. Il facilite ainsi l'ionisation nécessaire à la . En revanche, il entoure fortement les nucléophiles anioniques par solvatation, ce qui réduit leur disponibilité et ralentit la .
Dans un solvant polaire aprotique, un nucléophile anionique reste relativement disponible pour attaquer le substrat. Ce milieu favorise donc généralement la .
Aptitude du groupe partant
Un bon groupe partant doit pouvoir stabiliser le doublet électronique qu'il emporte. Son départ est d'autant plus facile que l'espèce formée est stable et peu basique.
Ce facteur favorise les deux mécanismes, mais son rôle est particulièrement marqué dans la : la rupture de la liaison au groupe partant appartient alors à l'étape lente.
Choisir le mécanisme probable
Aucun facteur ne doit être interprété isolément. Un substrat secondaire peut suivre l'un ou l'autre mécanisme selon le nucléophile, le solvant et la température. De plus, un nucléophile fortement basique peut orienter la réaction vers une élimination ; la compétition entre substitution et élimination est traitée dans la fiche suivante.
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