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Sommaire

  • 1De la somme de variables à la loi normale
  • 2Théorème central limite
  • 3Distribution d’une moyenne
  • 4Approximation normale de la loi binomiale lock — section verrouillée
  • 5Approximation normale de la loi de Poisson lock — section verrouillée
  • 6Correction de continuité lock — section verrouillée
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B10 · Probabilités

Théorème central limite et approximations entre lois

Énoncer le théorème central limite et son importance pour la distribution d'une moyenne. Justifier les approximations normales de la loi binomiale et de la loi de Poisson et leurs conditions de validité.

Biostatistiques et méthodes d'analyse·schedule5 min de lecture·quiz15 QCM corrigés

De la somme de variables à la loi normale

Les notions d’espérance, de variance, d’indépendance et de loi normale sont développées dans les fiches précédentes. Ici, elles servent à comprendre pourquoi la loi normale apparaît lorsqu’un grand nombre de contributions aléatoires indépendantes sont additionnées.

Définition

Somme standardisée

Variable obtenue en centrant une somme aléatoire par son espérance, puis en la divisant par son écart-type. Cette transformation produit une variable d’espérance nulle et de variance égale à un.

Soient X1,…,XnX_1,\ldots,X_nX1​,…,Xn​ des variables aléatoires indépendantes et identiquement distribuées, d’espérance commune μ\muμ et de variance commune σ2\sigma^2σ2, avec σ2\sigma^2σ2 finie et strictement positive. Leur somme est notée

Sn=∑i=1nXi.S_n=\sum_{i=1}^{n}X_i.Sn​=i=1∑n​Xi​.

L’indépendance permet d’additionner les variances. Ainsi :

  • E(Sn)=nμ\mathbb{E}(S_n)=n\muE(Sn​)=nμ ;
  • Var⁡(Sn)=nσ2\operatorname{Var}(S_n)=n\sigma^2Var(Sn​)=nσ2 ;
  • l’écart-type de SnS_nSn​ vaut σn\sigma\sqrt{n}σn​.

La somme centrée Sn−nμS_n-n\muSn​−nμ mesure l’écart entre la somme observée et sa valeur moyenne théorique. La division par σn\sigma\sqrt{n}σn​ exprime cet écart dans l’unité naturelle de fluctuation de la somme.

Théorème central limite

Définition

Théorème central limite

Sous des conditions générales, la somme standardisée d’un grand nombre de variables aléatoires indépendantes converge en loi vers une loi normale centrée réduite.

Formule

Théorème central limite

Zn=Sn−nμσn→n→+∞LN(0,1)Z_n=\frac{S_n-n\mu}{\sigma\sqrt{n}} \xrightarrow[n\to+\infty]{\mathcal{L}} \mathcal{N}(0,1)Zn​=σn​Sn​−nμ​Ln→+∞​N(0,1)
  • XiX_iXi​ : iii-ième variable aléatoire de la suite
  • nnn : nombre de variables additionnées
  • SnS_nSn​ : somme des nnn variables aléatoires
  • μ\muμ : espérance commune des variables XiX_iXi​
  • σ\sigmaσ : écart-type commun des variables XiX_iXi​
  • ZnZ_nZn​ : somme centrée et réduite
  • L\mathcal{L}L : convergence en loi
  • N(0,1)\mathcal{N}(0,1)N(0,1) : loi normale d’espérance nulle et de variance égale à un

La convergence en loi signifie que les probabilités calculées à partir de ZnZ_nZn​ se rapprochent de celles obtenues avec une variable normale centrée réduite lorsque nnn augmente. Le théorème n’affirme donc pas nécessairement que la somme possède exactement une loi normale pour un effectif fini.

La forme de la loi commune des XiX_iXi​ peut être dissymétrique ou discrète. Lorsque le nombre de contributions devient suffisamment grand, leur somme standardisée tend malgré tout vers la même loi limite. Cette universalité explique la place majeure de la loi normale en statistique.

Les hypothèses essentielles de la forme usuelle du théorème sont :

  • l’indépendance des variables ;
  • leur distribution identique ;
  • l’existence d’une espérance finie ;
  • l’existence d’une variance finie et non nulle.
Attention

Convergence ne signifie pas égalité exacte

Pour un nnn fini, le théorème central limite fournit généralement une approximation. La somme est exactement normale à tout rang seulement lorsque les variables additionnées sont elles-mêmes normales.

Distribution d’une moyenne

La moyenne empirique des nnn variables est définie par

X‾n=Snn.\overline{X}_n=\frac{S_n}{n}.Xn​=nSn​​.

Elle possède pour espérance μ\muμ et pour variance σ2/n\sigma^2/nσ2/n. Son écart-type est donc σ/n\sigma/\sqrt{n}σ/n​. Cet écart-type diminue lorsque l’effectif augmente : la moyenne empirique se concentre progressivement autour de l’espérance théorique.

Exemple

Réduction de la fluctuation d’une moyenne

Une mesure biologique indépendante a pour espérance 120 mg/L\pu{120 mg/L}120 mg/L et pour écart-type 15 mg/L\pu{15 mg/L}15 mg/L. Une moyenne est calculée sur n=100n=100n=100 mesures.

  • Espérance de la moyenne : E(X‾100)=120 mg/L\mathbb{E}(\overline{X}_{100})=\pu{120 mg/L}E(X100​)=120 mg/L.
  • Variance de la moyenne : Var⁡(X‾100)=152100=2,25 mg2/L2\operatorname{Var}(\overline{X}_{100})=\frac{15^2}{100}=\pu{2,25 mg^2/L^2}Var(X100​)=100152​=2,25 mg2/L2.
  • Écart-type de la moyenne : 15100=1,5 mg/L\frac{15}{\sqrt{100}}=\pu{1,5 mg/L}100​15​=1,5 mg/L.

Pour un effectif suffisamment grand, la moyenne est donc approximativement distribuée selon N(120,2,25)\mathcal{N}(120,2{,}25)N(120,2,25), avec les unités correspondantes. Alors qu’une mesure individuelle fluctue typiquement de 15 mg/L\pu{15 mg/L}15 mg/L autour de l’espérance, la moyenne de 100 mesures ne fluctue typiquement plus que de 1,5 mg/L\pu{1,5 mg/L}1,5 mg/L : l’augmentation de l’effectif améliore la précision de la moyenne.

Formule

Forme du théorème pour une moyenne

X‾n−μσ/n→n→+∞LN(0,1)\frac{\overline{X}_n-\mu}{\sigma/\sqrt{n}} \xrightarrow[n\to+\infty]{\mathcal{L}} \mathcal{N}(0,1)σ/n​Xn​−μ​Ln→+∞​N(0,1)
  • X‾n\overline{X}_nXn​ : moyenne des nnn variables aléatoires
  • μ\muμ : espérance commune des variables
  • σ\sigmaσ : écart-type commun des variables
  • nnn : nombre de variables entrant dans la moyenne
  • L\mathcal{L}L : convergence en loi
  • N(0,1)\mathcal{N}(0,1)N(0,1) : loi normale centrée réduite

Pour un effectif suffisamment grand, on peut donc écrire l’approximation

X‾n≈N(μ,σ2n).\overline{X}_n \approx \mathcal{N}\left(\mu,\frac{\sigma^2}{n}\right).Xn​≈N(μ,nσ2​).

Le théorème central limite permet ainsi d’utiliser la loi normale pour étudier les fluctuations d’une moyenne, même lorsque la variable initiale n’est pas normale. La vitesse de convergence dépend toutefois de la distribution initiale : une forte dissymétrie ou des valeurs extrêmes imposent généralement un effectif plus élevé.

À retenir

Fluctuation d’une moyenne

L’écart-type d’une moyenne est σ/n\sigma/\sqrt{n}σ/n​, et non σ/n\sigma/nσ/n. La précision augmente donc proportionnellement à n\sqrt{n}n​.

Approximation normale de la loi binomiale

Une variable XXX suivant une loi binomiale B(n,p)\mathcal{B}(n,p)B(n,p) compte le nombre de succès obtenus au cours de nnn épreuves de Bernoulli indépendantes, chacune ayant une probabilité de succès ppp.

Elle peut s’écrire comme une somme :

X=X1+⋯+Xn,X=X_1+\cdots+X_n,X=X1​+⋯+Xn​,

où chaque XiX_iXi​ suit une loi de Bernoulli de paramètre ppp. Pour chaque terme, l’espérance vaut ppp et la variance vaut p(1−p)p(1-p)p(1−p). Par addition :

E(X)=npetVar⁡(X)=np(1−p).\mathbb{E}(X)=np \qquad\text{et}\qquad \operatorname{Var}(X)=np(1-p).E(X)=npetVar(X)=np(1−p).

Le théorème central limite appliqué à cette somme justifie l’approximation suivante.

Formule

Approximation normale de la loi binomiale

X∼B(n,p)⟹X≈N(np,np(1−p))X\sim\mathcal{B}(n,p) \quad\Longrightarrow\quad X\approx\mathcal{N}\left(np,np(1-p)\right)X∼B(n,p)⟹X≈N(np,np(1−p))
  • XXX : nombre de succès
  • nnn : nombre d’épreuves indépendantes
  • ppp : probabilité de succès à chaque épreuve
  • B(n,p)\mathcal{B}(n,p)B(n,p) : loi binomiale de paramètres nnn et ppp
  • N(np,np(1−p))\mathcal{N}\left(np,np(1-p)\right)N(np,np(1−p)) : loi normale d’espérance npnpnp et de variance np(1−p)np(1-p)np(1−p)

L’approximation est satisfaisante lorsque les nombres moyens de succès et d’échecs sont tous deux assez grands. Un critère usuel est :

np≥5etn(1−p)≥5.np\geq 5 \qquad\text{et}\qquad n(1-p)\geq 5.np≥5etn(1−p)≥5.

Certains cadres pédagogiques retiennent le seuil plus prudent de 101010. L’idée reste la même : si ppp est trop proche de 000 ou de 111, la loi binomiale est très dissymétrique et la loi normale la représente mal, même si nnn paraît élevé.

Exemple

Vérifier une approximation normale binomiale

Un essai comporte n=80n=80n=80 épreuves indépendantes, avec une probabilité de succès p=0,40p=0{,}40p=0,40 à chaque épreuve. Le nombre XXX de succès suit donc une loi B(80,0,40)\mathcal{B}(80,0{,}40)B(80,0,40).

  • Nombre moyen de succès : np=80×0,40=32np=80\times 0{,}40=32np=80×0,40=32.
  • Nombre moyen d’échecs : n(1−p)=80×0,60=48n(1-p)=80\times 0{,}60=48n(1−p)=80×0,60=48.
  • Variance : np(1−p)=80×0,40×0,60=19,2np(1-p)=80\times 0{,}40\times 0{,}60=19{,}2np(1−p)=80×0,40×0,60=19,2.

Les valeurs 323232 et 484848 sont toutes deux supérieures à 555. L’approximation normale est donc recevable et s’écrit X≈N(32,19,2)X\approx\mathcal{N}(32,19{,}2)X≈N(32,19,2). La distribution approchée est centrée sur 32 succès et son écart-type vaut 19,2≈4,38\sqrt{19{,}2}\approx 4{,}3819,2​≈4,38 succès.

Approximation normale de la loi de Poisson

Une variable XXX suivant une loi de Poisson de paramètre λ\lambdaλ possède une espérance et une variance toutes deux égales à λ\lambdaλ :

E(X)=Var⁡(X)=λ.\mathbb{E}(X)=\operatorname{Var}(X)=\lambda.E(X)=Var(X)=λ.

Lorsque λ\lambdaλ augmente, la masse de probabilité s’étale sur davantage d’entiers et la dissymétrie de la loi diminue. Sa forme devient alors proche de celle d’une loi normale.

Formule

Approximation normale de la loi de Poisson

X∼P(λ)⟹X≈N(λ,λ)X\sim\mathcal{P}(\lambda) \quad\Longrightarrow\quad X\approx\mathcal{N}(\lambda,\lambda)X∼P(λ)⟹X≈N(λ,λ)
  • XXX : variable aléatoire de comptage
  • λ\lambdaλ : paramètre strictement positif de la loi de Poisson
  • P(λ)\mathcal{P}(\lambda)P(λ) : loi de Poisson de paramètre λ\lambdaλ
  • N(λ,λ)\mathcal{N}(\lambda,\lambda)N(λ,λ) : loi normale d’espérance et de variance égales à λ\lambdaλ

L’approximation devient acceptable pour un paramètre suffisamment grand. Le seuil λ≥5\lambda\geq 5λ≥5 est souvent retenu, tandis que λ≥10\lambda\geq 10λ≥10 fournit une règle plus prudente. Pour une petite valeur de λ\lambdaλ, la loi de Poisson reste fortement dissymétrique et l’approximation normale est médiocre.

Comparaison

Approximations normales des lois discrètes

CritèreLoi binomialeLoi de Poisson
Espérancenpnpnpλ\lambdaλ
Variancenp(1−p)np(1-p)np(1−p)λ\lambdaλ
Condition usuellenp≥5np\geq 5np≥5 et n(1−p)≥5n(1-p)\geq 5n(1−p)≥5λ≥5\lambda\geq 5λ≥5
Cause d’une mauvaise approximationppp proche de 000 ou de 111λ\lambdaλ trop petit

Correction de continuité

Les lois binomiale et de Poisson sont discrètes : elles attribuent des probabilités à des valeurs entières. La loi normale est continue : la probabilité d’une valeur isolée y est nulle. Une conversion directe des bornes entières en bornes continues crée donc un décalage.

Définition

Correction de continuité

Ajustement de 0,50{,}50,5 appliqué aux bornes entières lorsqu’une loi discrète est approchée par une loi normale continue.

Si YYY désigne la variable normale d’approximation et si aaa et bbb sont des entiers, les correspondances générales sont :

  • P(X≤b)≈P(Y≤b+0,5)P(X\leq b)\approx P(Y\leq b+0{,}5)P(X≤b)≈P(Y≤b+0,5) ;
  • P(X≥a)≈P(Y≥a−0,5)P(X\geq a)\approx P(Y\geq a-0{,}5)P(X≥a)≈P(Y≥a−0,5) ;
  • P(a≤X≤b)≈P(a−0,5≤Y≤b+0,5)P(a\leq X\leq b)\approx P(a-0{,}5\leq Y\leq b+0{,}5)P(a≤X≤b)≈P(a−0,5≤Y≤b+0,5) ;
  • P(X=a)≈P(a−0,5≤Y≤a+0,5)P(X=a)\approx P(a-0{,}5\leq Y\leq a+0{,}5)P(X=a)≈P(a−0,5≤Y≤a+0,5).

Cette correction associe à chaque entier une bande continue de largeur 111 centrée sur lui. Elle améliore l’approximation, particulièrement lorsque les paramètres ne sont que modérément grands.

À retenir

Condition complète d’une approximation normale

Il faut vérifier la validité de l’approximation, reprendre exactement l’espérance et la variance de la loi discrète, puis appliquer la correction de continuité avant de centrer et réduire.

Points clés
  • Le théorème central limite fait converger une somme standardisée de variables indépendantes vers N(0,1)\mathcal{N}(0,1)N(0,1)
  • Une moyenne d’effectif nnn a pour écart-type σ/n\sigma/\sqrt{n}σ/n​ et devient approximativement normale
  • B(n,p)\mathcal{B}(n,p)B(n,p) est approchée par N(np,np(1−p))\mathcal{N}\left(np,np(1-p)\right)N(np,np(1−p)) si succès et échecs attendus sont assez nombreux
  • P(λ)\mathcal{P}(\lambda)P(λ) est approchée par N(λ,λ)\mathcal{N}(\lambda,\lambda)N(λ,λ) lorsque λ\lambdaλ est suffisamment grand
  • La correction de continuité de 0,50{,}50,5 relie les bornes d’une loi discrète aux intervalles d’une loi normale continue

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