B10 · Probabilités
Théorème central limite et approximations entre lois
Énoncer le théorème central limite et son importance pour la distribution d'une moyenne. Justifier les approximations normales de la loi binomiale et de la loi de Poisson et leurs conditions de validité.
Biostatistiques et méthodes d'analyse5 min de lecture15 QCM corrigés
De la somme de variables à la loi normale
Les notions d’espérance, de variance, d’indépendance et de loi normale sont développées dans les fiches précédentes. Ici, elles servent à comprendre pourquoi la loi normale apparaît lorsqu’un grand nombre de contributions aléatoires indépendantes sont additionnées.
Soient des variables aléatoires indépendantes et identiquement distribuées, d’espérance commune et de variance commune , avec finie et strictement positive. Leur somme est notée
L’indépendance permet d’additionner les variances. Ainsi :
- ;
- ;
- l’écart-type de vaut .
La somme centrée mesure l’écart entre la somme observée et sa valeur moyenne théorique. La division par exprime cet écart dans l’unité naturelle de fluctuation de la somme.
Théorème central limite
La convergence en loi signifie que les probabilités calculées à partir de se rapprochent de celles obtenues avec une variable normale centrée réduite lorsque augmente. Le théorème n’affirme donc pas nécessairement que la somme possède exactement une loi normale pour un effectif fini.
La forme de la loi commune des peut être dissymétrique ou discrète. Lorsque le nombre de contributions devient suffisamment grand, leur somme standardisée tend malgré tout vers la même loi limite. Cette universalité explique la place majeure de la loi normale en statistique.
Les hypothèses essentielles de la forme usuelle du théorème sont :
- l’indépendance des variables ;
- leur distribution identique ;
- l’existence d’une espérance finie ;
- l’existence d’une variance finie et non nulle.
Distribution d’une moyenne
La moyenne empirique des variables est définie par
Elle possède pour espérance et pour variance . Son écart-type est donc . Cet écart-type diminue lorsque l’effectif augmente : la moyenne empirique se concentre progressivement autour de l’espérance théorique.
Pour un effectif suffisamment grand, on peut donc écrire l’approximation
Le théorème central limite permet ainsi d’utiliser la loi normale pour étudier les fluctuations d’une moyenne, même lorsque la variable initiale n’est pas normale. La vitesse de convergence dépend toutefois de la distribution initiale : une forte dissymétrie ou des valeurs extrêmes imposent généralement un effectif plus élevé.
Approximation normale de la loi binomiale
Une variable suivant une loi binomiale compte le nombre de succès obtenus au cours de épreuves de Bernoulli indépendantes, chacune ayant une probabilité de succès .
Elle peut s’écrire comme une somme :
où chaque suit une loi de Bernoulli de paramètre . Pour chaque terme, l’espérance vaut et la variance vaut . Par addition :
Le théorème central limite appliqué à cette somme justifie l’approximation suivante.
L’approximation est satisfaisante lorsque les nombres moyens de succès et d’échecs sont tous deux assez grands. Un critère usuel est :
Certains cadres pédagogiques retiennent le seuil plus prudent de . L’idée reste la même : si est trop proche de ou de , la loi binomiale est très dissymétrique et la loi normale la représente mal, même si paraît élevé.
Approximation normale de la loi de Poisson
Une variable suivant une loi de Poisson de paramètre possède une espérance et une variance toutes deux égales à :
Lorsque augmente, la masse de probabilité s’étale sur davantage d’entiers et la dissymétrie de la loi diminue. Sa forme devient alors proche de celle d’une loi normale.
L’approximation devient acceptable pour un paramètre suffisamment grand. Le seuil est souvent retenu, tandis que fournit une règle plus prudente. Pour une petite valeur de , la loi de Poisson reste fortement dissymétrique et l’approximation normale est médiocre.
Correction de continuité
Les lois binomiale et de Poisson sont discrètes : elles attribuent des probabilités à des valeurs entières. La loi normale est continue : la probabilité d’une valeur isolée y est nulle. Une conversion directe des bornes entières en bornes continues crée donc un décalage.
Si désigne la variable normale d’approximation et si et sont des entiers, les correspondances générales sont :
- ;
- ;
- ;
- .
Cette correction associe à chaque entier une bande continue de largeur centrée sur lui. Elle améliore l’approximation, particulièrement lorsque les paramètres ne sont que modérément grands.
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