B7 · Mécanique des fluides
Applications hémodynamiques et ventilatoires des lois des fluides
Interpréter les variations de vitesse, de pression et de résistance dans l'arbre circulatoire à l'aide des lois des fluides. Transposer le raisonnement à l'écoulement de l'air dans les voies aériennes.
Biophysique7 min de lecture17 QCM corrigés
Des lois des fluides aux fonctions physiologiques
Le sang et l’air sont des fluides réels : leur écoulement dissipe de l’énergie en raison de leur viscosité et du frottement contre les parois. Toutefois, certaines portions de leur circulation peuvent être interprétées approximativement avec les relations établies dans les fiches précédentes : continuité du débit, théorème de Bernoulli, loi de Poiseuille et nombre de Reynolds.
Le raisonnement commun est le suivant : une différence de pression met le fluide en mouvement, tandis que les résistances s’opposent à cet écoulement.
Relation entre pression, débit et résistance
Cette relation est l’analogue hydraulique de la loi d’Ohm. À résistance constante, une augmentation de la différence de pression augmente le débit. À différence de pression constante, une augmentation de la résistance diminue le débit.
Le fluide s’écoule spontanément d’une région de pression élevée vers une région de pression plus faible. La pression absolue importe moins pour l’écoulement que le gradient de pression, c’est-à-dire la variation de pression le long du trajet.
Applications à l’arbre circulatoire
Débit et vitesse du sang
Pour un fluide assimilé à un liquide incompressible, le débit est relié à la vitesse moyenne et à l’aire de section traversée.
Dans un circuit sans accumulation de sang, le débit total se conserve d’une région à l’autre. La vitesse dépend donc de la section totale, qui est la somme des sections de tous les vaisseaux disposés en parallèle à un même niveau de l’arbre vasculaire.
Ainsi, lorsque la section totale augmente, la vitesse moyenne diminue. La multiplication des ramifications peut donc ralentir le sang même si chaque vaisseau individuel possède un petit diamètre. Inversement, la réunion de nombreux vaisseaux réduit la section totale et augmente la vitesse.

La faible vitesse dans les réseaux d’échange augmente le temps disponible pour les transferts entre le sang et les tissus. Elle ne signifie pas que le débit global y est nul : le même débit total traverse successivement les différentes régions d’un circuit fermé en régime stationnaire.
Pression et conversion de l’énergie
Le théorème de Bernoulli relie, pour un fluide parfait en écoulement stationnaire, la pression statique, l’énergie cinétique et l’énergie potentielle de pesanteur.
À altitude constante et en l’absence de pertes, une augmentation locale de vitesse s’accompagne d’une diminution de pression statique. Dans la circulation réelle, cette conversion ne suffit cependant pas à décrire l’ensemble des variations de pression : la viscosité dissipe progressivement l’énergie mécanique. La pression moyenne décroît donc globalement dans le sens de l’écoulement.
Résistance vasculaire et rayon
Pour un écoulement laminaire stationnaire dans un conduit cylindrique rigide, la loi de Poiseuille conduit à la résistance suivante.
La dépendance en rend le rayon déterminant : une faible variation de calibre entraîne une variation importante de résistance. La vasoconstriction augmente donc fortement la résistance, tandis que la vasodilatation la diminue.
Une augmentation de la viscosité ou de la longueur du trajet augmente également la résistance, mais de manière proportionnelle. Dans l’organisme, la longueur totale varie peu à court terme ; la régulation rapide repose donc surtout sur le calibre vasculaire.
Association des résistances vasculaires
Des segments en série sont traversés par le même débit et leurs chutes de pression s’additionnent. Des réseaux en parallèle subissent la même différence de pression, mais le débit total se répartit entre les branches. Ajouter une branche parallèle diminue donc la résistance équivalente.

Applications à l’écoulement de l’air
Pression motrice et résistance des voies aériennes
L’air entre ou sort des poumons lorsqu’une différence de pression existe entre leurs extrémités. Le débit aérien obéit à la même relation générale que le débit sanguin :
L’inspiration exige une pression alvéolaire inférieure à la pression atmosphérique ; l’expiration exige la situation inverse. Lorsque ces pressions deviennent égales, le débit instantané s’annule.
Pour un écoulement laminaire, la résistance augmente avec la viscosité et la longueur des voies aériennes, et diminue fortement lorsque leur rayon augmente. Une réduction du calibre bronchique accroît donc la différence de pression nécessaire pour maintenir un même débit.
Ramifications et section totale
Comme dans l’arbre circulatoire, le débit total d’air se répartit entre des conduits parallèles. La section totale augmente fortement vers les ramifications périphériques, ce qui réduit la vitesse moyenne de l’air selon la relation .
Cette diminution de vitesse favorise un écoulement plus régulier dans les petites voies aériennes. Elle réduit également la part du transport liée au mouvement global du fluide à mesure que l’air approche des surfaces d’échange.
Régime laminaire ou turbulent
La tendance à la turbulence est appréciée par le nombre de Reynolds.
Une augmentation de la vitesse, du diamètre ou de la masse volumique favorise la turbulence ; une augmentation de la viscosité la limite. La turbulence augmente les pertes de charge et rend la relation entre pression et débit moins directement décrite par la loi de Poiseuille.
Limite liée aux interfaces pulmonaires
La circulation de l’air dans les voies aériennes ne doit pas être confondue avec la mécanique des alvéoles. La loi de Laplace et le rôle du surfactant, étudiés dans la fiche consacrée à la tension superficielle, expliquent les pressions liées à l’interface air-liquide plutôt que la résistance à l’écoulement dans les conduits.
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