B4 · Méthodes d'étude
Culture cellulaire et modèles fonctionnels
Décrire les conditions de culture des cellules, les lignées primaires et immortalisées et leurs limites. Présenter les approches fonctionnelles permettant de tester le rôle d'une protéine dans un modèle cellulaire.
Biologie cellulaire7 min de lecture17 QCM corrigés
Principe général de la culture cellulaire
La culture cellulaire permet d’observer directement des phénomènes cellulaires et de modifier une variable de façon contrôlée. Elle simplifie cependant l’environnement naturel de la cellule, qui dépend normalement d’interactions avec d’autres cellules, avec la matrice extracellulaire et avec des signaux circulants.
Une culture peut être réalisée :
- en suspension, lorsque les cellules restent libres dans le milieu ;
- en adhérence, lorsqu’elles doivent se fixer à une surface pour survivre et proliférer ;
- en organisation bidimensionnelle, sur une surface plane ;
- en organisation tridimensionnelle, dans une matrice ou sous forme d’agrégats, afin de mieux reproduire les interactions spatiales.
Conditions nécessaires à la culture
Milieu nutritif
Le milieu contient notamment :
- de l’eau et des ions, qui déterminent l’équilibre osmotique ;
- des substrats énergétiques et des précurseurs de biosynthèse ;
- des acides aminés et des vitamines ;
- un système tampon maintenant le pH compatible avec l’activité cellulaire ;
- des facteurs de croissance et des hormones adaptés au type cellulaire.
Certains milieux reçoivent du sérum, mélange complexe apportant des protéines, des facteurs de croissance et des molécules d’adhérence. Sa composition étant imparfaitement définie et variable, il réduit la reproductibilité. Les milieux chimiquement définis permettent au contraire de connaître précisément les constituants auxquels les cellules sont exposées.
Environnement physique
La température doit être maintenue dans une plage compatible avec l’origine des cellules. L’atmosphère de l’incubateur contrôle notamment l’humidité et la concentration en dioxyde de carbone, lorsque celui-ci participe au tamponnement du milieu.
Le pH, l’osmolarité et la disponibilité en dioxygène doivent rester suffisamment stables. Une concentration en dioxygène inadaptée peut modifier le métabolisme, la prolifération et l’expression des gènes, même si les cellules restent vivantes.
Les cellules adhérentes nécessitent une surface favorable à leur fixation. Celle-ci peut être recouverte de constituants de la matrice extracellulaire afin de fournir des signaux d’adhérence plus proches de ceux du tissu.
Asepsie et surveillance
Les manipulations sont réalisées avec du matériel stérile dans une enceinte protégeant la préparation. La culture doit être régulièrement surveillée pour détecter les bactéries, les champignons et les mycoplasmes. Ces derniers peuvent rester peu visibles tout en modifiant profondément le métabolisme et l’expression des gènes.
L’emploi d’antibiotiques ne remplace pas l’asepsie : il peut masquer une contamination sans supprimer toutes ses conséquences.
Densité et repiquage
La densité cellulaire influence les contacts entre cellules, l’accès aux nutriments et la prolifération. Une culture trop dense peut subir une inhibition de contact, une différenciation ou un épuisement du milieu.
Pour des cellules adhérentes, le repiquage nécessite leur détachement mécanique ou enzymatique. Chaque repiquage constitue un passage. Le nombre de passages doit être suivi, car les propriétés cellulaires peuvent dériver au cours du temps.
Cultures primaires et lignées cellulaires
Culture primaire
Les cellules primaires conservent généralement mieux certaines propriétés du tissu d’origine. Elles sont toutefois hétérogènes, difficiles à standardiser et souvent exigeantes en facteurs de survie. Leur capacité de division est limitée : après un nombre fini de divisions, elles peuvent entrer en sénescence réplicative, état stable d’arrêt de prolifération.
Lignée cellulaire
Une lignée à durée de vie limitée conserve une capacité de prolifération finie. Une lignée immortalisée peut se multiplier durablement grâce à la levée de mécanismes limitant normalement la prolifération. L’immortalisation peut être spontanée ou provoquée par une modification biologique.
Une cellule immortalisée n’est pas nécessairement tumorale. La transformation cellulaire correspond à l’acquisition d’anomalies plus larges du contrôle de la croissance, de la survie ou de l’organisation cellulaire.
Tester le rôle d’une protéine
L’objectif d’une étude fonctionnelle est d’établir un lien causal entre l’activité d’une protéine et un phénotype cellulaire, c’est-à-dire une propriété mesurable de la cellule. Le raisonnement repose principalement sur la perte de fonction, le gain de fonction et la restauration de fonction.
Perte de fonction
La perte de fonction consiste à diminuer ou supprimer l’activité de la protéine étudiée. Elle peut être obtenue par :
- réduction de la quantité de son ARN messager ;
- invalidation ou modification du gène correspondant ;
- inhibition de l’activité de la protéine ;
- dégradation ciblée de la protéine.
Les mécanismes détaillés de l’interférence par ARN et de l’édition génomique sont étudiés dans les fiches de biologie moléculaire correspondantes.
Si la perturbation modifie un phénotype, la protéine participe probablement au processus étudié. Cette conclusion reste provisoire, car la manipulation peut agir sur d’autres cibles ou déclencher une adaptation indirecte.
Gain et restauration de fonction
Le gain de fonction repose souvent sur l’introduction d’un acide nucléique permettant l’expression de la protéine. Une transfection introduit artificiellement cet acide nucléique dans les cellules, tandis qu’une transduction utilise un vecteur d’origine virale.
L’expression est transitoire si elle disparaît après un temps limité. Elle est stable si l’information introduite est maintenue au cours des divisions cellulaires.
La restauration de fonction consiste à réintroduire une version fonctionnelle de la protéine après une perte de fonction. La réapparition du phénotype initial renforce fortement l’interprétation causale.
Mesures fonctionnelles
Les conséquences de la perturbation peuvent être évaluées par des mesures de :
- survie, prolifération ou mort cellulaire ;
- différenciation et expression de marqueurs ;
- morphologie, polarité ou adhérence ;
- migration et dynamique du cytosquelette ;
- activité métabolique ou réponse à un signal ;
- localisation cellulaire et interactions moléculaires.
La microscopie, les immunomarquages et la cytométrie en flux fournissent certains de ces résultats, mais leurs principes sont traités dans les fiches voisines du sous-bloc.
Entre ton email pour débloquer le reste de cette fiche
Il reste 1 section à lire — plus les QCM corrigés, l'examen blanc et le suivi. 72 h d'essai gratuit, sans carte bancaire.