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Sommaire

  • 1Dérivés halogénés
    • 1.1Polarisation de la liaison carbone–halogène
    • 1.2L'halogène comme groupe partant
  • 2Organomagnésiens mixtes
    • 2.1Préparation
    • 2.2Inversion de polarité du carbone lock — section verrouillée
  • 3Réactivité nucléophile en synthèse lock — section verrouillée
    • 3.1Addition sur un groupe carbonyle lock — section verrouillée
    • 3.2Réactions avec d'autres électrophiles lock — section verrouillée
  • 4Précautions et incompatibilités lock — section verrouillée
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B1 · Fonctions chimiques du vivant

Dérivés halogénés et organomagnésiens

Décrire la polarisation de la liaison carbone–halogène et son rôle de groupe partant. Présenter la préparation, les précautions d'emploi et la réactivité nucléophile des organomagnésiens mixtes en synthèse.

Chimie générale et organique·schedule7 min de lecture·quiz17 QCM corrigés

Dérivés halogénés

Définition

Dérivé halogéné

Composé organique dans lequel un ou plusieurs atomes d'hydrogène ont été remplacés par un halogène : fluor F\ce{F}F, chlore Cl\ce{Cl}Cl, brome Br\ce{Br}Br ou iode I\ce{I}I.

Un dérivé monohalogéné s'écrit généralement R−X\ce{R-X}R−X, où R\ce{R}R représente un groupe carboné et X\ce{X}X l'halogène. Le carbone directement lié à l'halogène est appelé carbone porteur. La nature de ce carbone, primaire, secondaire ou tertiaire, influence fortement la réactivité, notamment lors des substitutions et des éliminations étudiées dans le sous-bloc B1.6.

Polarisation de la liaison carbone–halogène

Définition

Liaison polarisée

Liaison covalente dans laquelle les électrons sont répartis de manière dissymétrique en raison d'une différence d'électronégativité entre les deux atomes.

Les halogènes sont plus électronégatifs que le carbone. Le doublet liant est donc attiré vers l'halogène, ce qui fait apparaître des charges partielles opposées :

CXδ+−XXδ−\ce{C^{\delta+}-X^{\delta-}}CXδ+−XXδ−

Le symbole δ+\delta+δ+ désigne une charge partielle positive et δ−\delta-δ− une charge partielle négative. Cette polarisation a deux conséquences :

  • le carbone porteur est électrophile, car il est appauvri en densité électronique ;
  • l'halogène peut emporter le doublet de liaison et être libéré sous forme d'ion halogénure XX−\ce{X^-}XX−.

L'intensité de la polarisation augmente avec la différence d'électronégativité. La liaison C−F\ce{C-F}C−F est donc particulièrement polarisée. Cependant, la polarisation ne suffit pas à déterminer la réactivité : il faut aussi considérer l'énergie nécessaire pour rompre la liaison et la stabilité de l'ion formé.

L'halogène comme groupe partant

Définition

Groupe partant

Atome ou groupe d'atomes capable de quitter un substrat en emportant le doublet d'électrons de la liaison qui l'unissait au carbone.

La rupture hétérolytique d'une liaison carbone–halogène produit un carbone déficitaire en électrons et un ion halogénure :

R−X→RX++XX−\ce{R-X -> R+ + X^-}R−X​RX++XX−

Cette écriture représente la répartition des électrons, sans signifier qu'un carbocation libre est nécessairement formé dans toutes les réactions. Selon le mécanisme, la rupture de la liaison et la formation d'une nouvelle liaison peuvent être simultanées.

Un bon groupe partant doit former une espèce relativement stable après son départ. La stabilité des ions halogénures augmente globalement avec leur taille et leur polarisabilité. Parallèlement, la liaison carbone–halogène devient plus faible en descendant la famille des halogènes. L'aptitude usuelle au départ suit donc :

IX−>BrX−>ClX−≫FX−\ce{I^- > Br^- > Cl^- >> F^-}IX−>BrX−>ClX−≫FX−

L'iodure est un meilleur groupe partant que le bromure, lui-même meilleur que le chlorure. Le fluorure est généralement un mauvais groupe partant dans les dérivés organiques usuels, car la liaison C−F\ce{C-F}C−F est très forte.

Attention

Polarisation et aptitude au départ

Une liaison très polarisée n'est pas nécessairement facile à rompre. La liaison C−F\ce{C-F}C−F est la plus polarisée des liaisons carbone–halogène, mais le fluor est généralement le moins bon groupe partant en raison de la grande énergie de cette liaison.

À retenir

Dans un dérivé halogéné, le carbone lié à l'halogène est électrophile. La réactivité résulte à la fois de cette polarisation et de la capacité de XX−\ce{X^-}XX− à partir.

Organomagnésiens mixtes

Définition

Organomagnésien mixte

Composé organométallique de formule générale R−Mg−X\ce{R-Mg-X}R−Mg−X, dans lequel un groupe carboné R\ce{R}R est lié au magnésium et où X\ce{X}X est un halogène. Il est aussi appelé réactif de Grignard.

Le terme mixte indique que le magnésium porte deux groupes différents : un groupe carboné et un halogène. Ces réactifs sont rarement isolés sous forme pure. Ils sont préparés et utilisés en solution dans un solvant éthéré anhydre.

Préparation

Un organomagnésien mixte est obtenu par insertion du magnésium métallique dans la liaison carbone–halogène d'un dérivé halogéné.

Formule

Formation d'un organomagnésien mixte

R−X+Mg→R−Mg−X\ce{R-X + Mg -> R-Mg-X}R−X+Mg​R−Mg−X
  • R\ce{R}R : groupe carboné
  • X\ce{X}X : halogène, le plus souvent chlore, brome ou iode
  • Mg\ce{Mg}Mg : magnésium métallique
  • R−Mg−X\ce{R-Mg-X}R−Mg−X : organomagnésien mixte formé

La réaction est réalisée dans un éther anhydre, c'est-à-dire dépourvu d'eau. Les doublets non liants de l'oxygène du solvant se coordonnent au magnésium et stabilisent l'espèce organométallique en solution. Le milieu éthéré n'est donc pas seulement un milieu de dissolution : il participe à la stabilisation du réactif.

La surface du magnésium peut être recouverte d'une couche d'oxyde qui ralentit l'insertion. La préparation doit être contrôlée, car la réaction peut dégager une quantité importante de chaleur.

Méthode

Préparer un organomagnésien mixte

  1. Utiliser une verrerie parfaitement sèche et un solvant éthéré anhydre
  2. Placer le magnésium métallique à l'abri de l'humidité
  3. Ajouter progressivement le dérivé halogéné afin de maîtriser l'échauffement
  4. Maintenir une atmosphère inerte pour limiter le contact avec l'eau, le dioxygène et le dioxyde de carbone
  5. Employer la solution obtenue sans l'exposer à des espèces susceptibles de détruire l'organomagnésien

Inversion de polarité du carbone

Dans le dérivé halogéné initial, le carbone lié à l'halogène porte une charge partielle positive. Dans l'organomagnésien, le magnésium est beaucoup moins électronégatif que le carbone. La liaison carbone–magnésium est donc polarisée en sens inverse :

RXδ−−MgXδ+−X\ce{R^{\delta-}-Mg^{\delta+}-X}RXδ−−MgXδ+−X

Le groupe carboné possède alors un caractère fortement riche en électrons. Il se comporte comme un équivalent de carbanion RX−\ce{R^-}RX−, même si un carbanion libre n'est pas réellement présent dans la solution.

Définition

Équivalent de carbanion

Réactif dont le carbone présente une réactivité nucléophile comparable à celle d'un ion carboné négatif, sans nécessairement exister sous cette forme ionique libre.

Comparaison

Inversion de réactivité du carbone

CritèreDérivé halogéné R−X\ce{R-X}R−XOrganomagnésien R−Mg−X\ce{R-Mg-X}R−Mg−X
Polarité du carboneδ+\delta+δ+δ−\delta-δ−
Caractère dominantélectrophilenucléophile
Partenaire réactionnel privilégiénucléophileélectrophile
Rôle en synthèsesubstrat portant un groupe partantformation de nouvelles liaisons carbone–carbone

Réactivité nucléophile en synthèse

Addition sur un groupe carbonyle

Le carbone nucléophile de l'organomagnésien attaque le carbone électrophile d'un groupe carbonyle. La liaison π\piπ carbone–oxygène se rompt alors au profit de l'oxygène, ce qui forme un alcoolate de magnésium.

Dans les écritures générales, R\ce{R}R désigne le groupe apporté par l'organomagnésien, tandis que RX′\ce{R'}RX′ et RX′′\ce{R''}RX′′ désignent les groupes initialement portés par le carbone du carbonyle :

R−Mg−X+RX′−CO−RX′′→RX′−C(OMgX)(R)−RX′′\ce{R-Mg-X + R'-CO-R'' -> R'-C(OMgX)(R)-R''}R−Mg−X+RX′−CO−RX′′​RX′−C(OMgX)(R)−RX′′

L'alcoolate est ensuite protoné lors d'une hydrolyse acide :

RX′−C(OMgX)(R)−RX′′→HX3OX+RX′−C(OH)(R)−RX′′\ce{R'-C(OMgX)(R)-R'' ->[H3O+] R'-C(OH)(R)-R''}RX′−C(OMgX)(R)−RX′′HX3​OX+​RX′−C(OH)(R)−RX′′

Cette transformation crée une nouvelle liaison carbone–carbone entre le groupe R\ce{R}R et le carbone initialement carbonylé. Elle constitue donc un moyen essentiel d'allonger ou de ramifier une chaîne carbonée.

Avec un aldéhyde, l'addition conduit généralement à un alcool secondaire après hydrolyse. Avec une cétone, elle conduit généralement à un alcool tertiaire. Les esters peuvent subir deux additions successives lorsque la quantité d'organomagnésien est suffisante.

Exemple

Addition du bromure de méthylmagnésium sur l'éthanal

L'éthanal CHX3−CHO\ce{CH3-CHO}CHX3​−CHO est un aldéhyde. Il réagit avec le bromure de méthylmagnésium CHX3−MgBr\ce{CH3-MgBr}CHX3​−MgBr.

  • Addition du groupe méthyle sur le carbone du carbonyle : CHX3−CHO+CHX3−MgBr→CHX3−CH(OMgBr)−CHX3\ce{CH3-CHO + CH3-MgBr -> CH3-CH(OMgBr)-CH3}CHX3​−CHO+CHX3​−MgBr​CHX3​−CH(OMgBr)−CHX3​
  • Hydrolyse acide de l'alcoolate : CHX3−CH(OMgBr)−CHX3→HX3OX+CHX3−CH(OH)−CHX3\ce{CH3-CH(OMgBr)-CH3 ->[H3O+] CH3-CH(OH)-CH3}CHX3​−CH(OMgBr)−CHX3​HX3​OX+​CHX3​−CH(OH)−CHX3​

Le produit final est le propan-2-ol, un alcool secondaire. Le groupe CHX3\ce{CH3}CHX3​ apporté par l'organomagnésien est devenu lié au carbone qui appartenait initialement au groupe carbonyle.

Méthode

Comprendre l'addition d'un organomagnésien sur un carbonyle

  1. Repérer le carbone nucléophile de la liaison carbone–magnésium
  2. Repérer le carbone électrophile du groupe carbonyle
  3. Former la nouvelle liaison carbone–carbone
  4. Déplacer les électrons de la liaison π\piπ vers l'oxygène
  5. Obtenir un alcoolate de magnésium
  6. Protoner l'alcoolate lors de l'hydrolyse acide finale

Réactions avec d'autres électrophiles

Les organomagnésiens réagissent également avec plusieurs autres centres électrophiles :

  • le dioxyde de carbone conduit, après hydrolyse, à un acide carboxylique ;
  • un nitrile conduit, après addition puis hydrolyse, à une cétone ;
  • un époxyde subit une ouverture nucléophile avec formation d'une nouvelle liaison carbone–carbone ;
  • certains dérivés d'acides carboxyliques peuvent subir des additions successives.

Ces transformations reposent toutes sur le même principe : le carbone de l'organomagnésien fournit un doublet électronique à un centre pauvre en électrons.

Précautions et incompatibilités

Les organomagnésiens sont à la fois de puissants nucléophiles et de puissantes bases. Toute espèce possédant un hydrogène suffisamment acide les détruit par réaction acido-basique :

R−Mg−X+H−A→R−H+MgX−A\ce{R-Mg-X + H-A -> R-H + MgX-A}R−Mg−X+H−A​R−H+MgX−A

H−A\ce{H-A}H−A représente une espèce protique et A\ce{A}A le groupe restant après départ du proton. L'organomagnésien est alors protoné en hydrocarbure R−H\ce{R-H}R−H et perd sa capacité à former la liaison carbone–carbone recherchée.

Exemple

Destruction d'un organomagnésien par l'eau

Une solution contient 0,050 mol\pu{0,050 mol}0,050 mol de bromure de méthylmagnésium CHX3−MgBr\ce{CH3-MgBr}CHX3​−MgBr. Une contamination par 0,050 mol\pu{0,050 mol}0,050 mol d'eau suffit à le consommer selon :

CHX3−MgBr+HX2O→CHX4+MgBrOH\ce{CH3-MgBr + H2O -> CH4 + MgBrOH}CHX3​−MgBr+HX2​O​CHX4​+MgBrOH

Les coefficients stœchiométriques sont de 111 pour CHX3−MgBr\ce{CH3-MgBr}CHX3​−MgBr et pour HX2O\ce{H2O}HX2​O. Ainsi, 0,050 mol\pu{0,050 mol}0,050 mol d'eau consomment 0,050 mol\pu{0,050 mol}0,050 mol d'organomagnésien et forment 0,050 mol\pu{0,050 mol}0,050 mol de méthane CHX4\ce{CH4}CHX4​.

Après cette réaction, il ne reste plus d'organomagnésien disponible pour former la liaison carbone-carbone recherchée : l'eau a protoné le groupe carboné.

Sont donc incompatibles avec sa préparation ou son utilisation avant l'étape finale :

  • l'eau et les alcools ;
  • les acides carboxyliques ;
  • les thiols ;
  • les amines portant un hydrogène suffisamment acide ;
  • toute fonction protique non protégée présente dans le substrat.

Le dioxygène et le dioxyde de carbone atmosphériques peuvent aussi réagir avec l'organomagnésien. Le travail sous atmosphère inerte limite ces réactions parasites.

À retenir

Condition indispensable

Un organomagnésien doit être préparé et utilisé en milieu strictement anhydre et aprotique. L'hydrolyse n'est réalisée qu'après la réaction avec l'électrophile, afin de protoner l'intermédiaire formé.

Attention

Nucléophile et base

L'organomagnésien n'attaque pas utilement un électrophile si une fonction protique accessible est présente : la réaction acido-basique, généralement plus rapide, consomme d'abord le réactif.

Points clés
  • La liaison carbone–halogène est polarisée CXδ+−XXδ−\ce{C^{\delta+}-X^{\delta-}}CXδ+−XXδ−, ce qui rend le carbone électrophile
  • L'aptitude usuelle au départ suit l'ordre IX−>BrX−>ClX−≫FX−\ce{I^- > Br^- > Cl^- >> F^-}IX−>BrX−>ClX−≫FX−
  • Un organomagnésien mixte R−Mg−X\ce{R-Mg-X}R−Mg−X est préparé par insertion du magnésium dans une liaison carbone–halogène
  • La liaison carbone–magnésium confère au carbone un caractère nucléophile équivalent à celui d'un carbanion
  • L'addition sur un électrophile, notamment un carbonyle, permet de former une nouvelle liaison carbone–carbone
  • L'eau et les espèces protiques détruisent l'organomagnésien, imposant un milieu anhydre jusqu'à l'hydrolyse finale

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