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Sommaire

  • 1Finalité et principes du don
  • 2Prélèvement sur une personne décédée
    • 2.1Le consentement présumé
  • 3Mort encéphalique et constat du décès
    • 3.1Critères cliniques
    • 3.2Confirmation de l'irréversibilité lock — section verrouillée
  • 4Don d'organes par une personne vivante lock — section verrouillée
    • 4.1Conditions du consentement lock — section verrouillée
  • 5Attribution des greffons lock — section verrouillée
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B12 · Éthique et déontologie

Don d'organes, greffes et prélèvements

Présenter le cadre éthique et juridique du prélèvement, dont le consentement présumé et le registre d'opposition. Décrire la mort encéphalique, les conditions du don du vivant et les règles d'attribution des greffons.

Santé, société, humanité et santé publique·schedule8 min de lecture·quiz17 QCM corrigés

Finalité et principes du don

Définition

Prélèvement

Acte médical consistant à retirer un organe, un tissu ou des cellules du corps d'une personne vivante ou décédée, dans une finalité autorisée par la loi.

Définition

Greffe

Transfert chez un receveur d'un organe, d'un tissu ou de cellules prélevés chez un donneur afin de restaurer une fonction défaillante.

Le prélèvement d'organes à visée thérapeutique n'est légitime que s'il permet le traitement direct d'un receveur tout en respectant la personne sur laquelle il est pratiqué. Les principes généraux d'autonomie, de bienfaisance, de non-malfaisance et de justice sont définis dans les fiches précédentes du sous-bloc ; ils se traduisent ici par des règles précises :

  • le respect du corps humain, y compris après la mort ;
  • la gratuité, qui interdit la vente et l'achat d'organes ;
  • l'anonymat entre donneur décédé et receveur, sous réserve des informations non identifiantes prévues par la loi ;
  • la sécurité sanitaire, fondée sur l'évaluation du donneur et la traçabilité du greffon ;
  • l'équité d'accès, qui interdit une attribution selon la richesse, la notoriété ou la position sociale ;
  • l'absence de préjudice financier pour le donneur vivant, dont les frais liés au don doivent être pris en charge.

Le corps humain ne constitue donc pas un bien patrimonial librement cessible. Le don est un acte solidaire, et non un contrat commercial.

Prélèvement sur une personne décédée

Le consentement présumé

Définition

Consentement présumé

Principe selon lequel toute personne décédée est considérée comme ayant accepté le prélèvement de ses organes et tissus si elle n'a pas exprimé de refus de son vivant.

En France, le prélèvement post mortem à visée thérapeutique repose sur le consentement présumé. Il n'est donc pas nécessaire que la personne ait déclaré explicitement son accord. En revanche, son refus exprimé de son vivant doit être recherché et respecté.

Le refus peut être :

  • inscrit dans le registre national des refus ;
  • formulé par écrit et confié à un proche ;
  • exprimé oralement à un proche, qui en rapporte précisément les circonstances à l'équipe médicale ;
  • total ou limité à certains prélèvements.

Il peut être modifié ou révoqué à tout moment. L'expression la plus récente de la volonté doit être prise en compte.

Exemple

Prendre en compte une opposition modifiée

Mme Martin avait indiqué oralement à son frère, en 2022, qu'elle refusait tout prélèvement après son décès.

En 2025, elle rédige un écrit daté précisant : « Je révoque mon refus total antérieur. Je m'oppose seulement au prélèvement de mes cornées. » Elle confie cet écrit à son frère.

Après son décès, aucune opposition n'est inscrite au registre national des refus. Son frère transmet à l'équipe médicale les deux expressions de volonté et l'écrit daté de 2025.

Le refus total de 2022 est révoqué par la volonté plus récente. Seul le prélèvement des cornées est refusé ; les autres prélèvements peuvent être envisagés dans le cadre du consentement présumé. Cet exemple montre que c'est le contenu de l'expression la plus récente du défunt qui doit être respecté.

Définition

Registre national des refus

Registre national géré par l'Agence de la biomédecine permettant à une personne de rendre opposable son refus d'un prélèvement après son décès.

L'équipe médicale interroge obligatoirement ce registre avant tout prélèvement. Elle consulte également les proches afin de rechercher une éventuelle opposition exprimée par le défunt.

Attention

Les proches ne donnent pas le consentement à la place du défunt

Pour une personne majeure, les proches ne disposent pas d'un droit autonome d'autorisation ou de veto. Leur rôle est de transmettre la volonté exprimée par le défunt, et non de substituer leur propre préférence à celle-ci.

Lorsqu'une personne décédée était mineure, le prélèvement nécessite en principe l'autorisation écrite des titulaires de l'autorité parentale ou du tuteur, selon les conditions prévues par la loi. Cette situation ne relève donc pas du même régime pratique que celle d'un majeur.

À retenir

Règle du consentement post mortem

Chez le majeur décédé, l'absence d'opposition exprimée de son vivant vaut consentement au prélèvement. Le registre national des refus est le moyen principal, mais non exclusif, d'exprimer cette opposition.

Mort encéphalique et constat du décès

Définition

Mort encéphalique

Destruction irréversible de l'ensemble des fonctions de l'encéphale, comprenant les hémisphères cérébraux et le tronc cérébral, alors que la circulation sanguine peut être temporairement maintenue par la réanimation.

La mort encéphalique est juridiquement et médicalement une mort de la personne. Le maintien artificiel de la ventilation peut conserver une activité cardiaque et une perfusion des organes, mais il ne restaure aucune fonction cérébrale.

Le diagnostic exige une cause cérébrale connue et irréversible. Avant de l'établir, les médecins doivent éliminer les situations susceptibles de rendre l'examen trompeur, notamment une hypothermie profonde, l'action de substances dépressives du système nerveux ou certains désordres métaboliques majeurs.

Critères cliniques

Le constat clinique associe nécessairement :

  • une absence totale de conscience et d'activité motrice spontanée ;
  • l'abolition de tous les réflexes du tronc cérébral ;
  • l'absence totale de ventilation spontanée.

Cette dernière est vérifiée par une épreuve d'apnée, réalisée selon un protocole strict : la stimulation respiratoire provoquée par l'augmentation du dioxyde de carbone ne déclenche aucun mouvement ventilatoire.

Confirmation de l'irréversibilité

Chez une personne assistée par ventilation mécanique et conservant une activité circulatoire, l'irréversibilité de la destruction encéphalique doit être confirmée selon les modalités réglementaires. Elle repose sur l'une des voies suivantes :

  • deux électroencéphalogrammes nuls et aréactifs, réalisés dans les conditions techniques et temporelles prévues ;
  • une exploration vasculaire démontrant l'arrêt de la circulation encéphalique.

Le décès doit être constaté par des médecins indépendants des équipes qui effectueront le prélèvement ou la greffe. Cette séparation évite qu'un intérêt thérapeutique pour le receveur influence le diagnostic du décès.

Comparaison

Mort encéphalique, coma et état d'éveil non répondant

CritèreMort encéphaliqueComaÉtat d'éveil non répondant
Fonctions encéphaliquesdétruites irréversiblementaltérées mais présentesaltérées avec cycles veille-sommeil
Réflexes du tronc cérébraltous aboliscertains peuvent persisterprésents
Ventilation spontanéeabsenteparfois présenteprésente
Statut de la personnedécédéevivantevivante
Attention

Activité cardiaque et vie de la personne

Une activité cardiaque maintenue par la réanimation n'exclut pas la mort encéphalique. Inversement, un coma profond ou un état d'éveil non répondant ne constitue pas un décès.

Le prélèvement peut aussi être envisagé après un arrêt circulatoire irréversible dans des protocoles réglementés distincts. Cette situation ne doit pas être confondue avec la mort encéphalique.

Don d'organes par une personne vivante

Le prélèvement sur une personne vivante n'est autorisé que dans l'intérêt thérapeutique direct d'un receveur. Il expose une personne saine à un risque sans bénéfice médical propre ; son encadrement est donc particulièrement strict.

Le donneur doit appartenir au cercle de personnes autorisées par la loi, fondé sur un lien familial, conjugal, de vie commune ou affectif étroit et stable avec le receveur. Des procédures de don croisé peuvent être organisées lorsque le don direct n'est pas médicalement compatible, dans un cadre garantissant la confidentialité et l'équité.

Conditions du consentement

Le consentement du donneur doit être :

  • libre, sans pression familiale, affective ou financière ;
  • éclairé, après information sur les risques immédiats et tardifs, les conséquences prévisibles et les résultats attendus ;
  • personnel, car nul ne peut décider d'un prélèvement d'organe à sa place ;
  • recueilli devant l'autorité judiciaire compétente ;
  • révocable à tout moment, sans justification, jusqu'au prélèvement.

Un comité d'experts évalue notamment la compréhension du donneur, l'absence de contrainte et la proportionnalité entre les risques encourus et le bénéfice thérapeutique attendu. Son autorisation est requise dans les situations déterminées par la loi.

Les mineurs et les majeurs faisant l'objet de certaines mesures de protection avec représentation ne peuvent pas donner un organe. Les règles particulières relatives au prélèvement de tissus ou de cellules ne doivent pas être transposées au don d'organes.

À retenir

Protection du donneur vivant

Le bénéfice attendu pour le receveur ne suffit jamais à imposer le prélèvement. Le consentement libre, éclairé et révocable du donneur ainsi qu'une évaluation médicale et institutionnelle indépendante sont indispensables.

Comparaison

Don après décès et don du vivant

CritèreDon après décèsDon du vivant
Fondement du consentementconsentement présumé sans oppositionconsentement explicite
Bénéfice pour le donneuraucunaucun bénéfice thérapeutique direct
Risque corporel du donneurabsent après le décèsprésent et évalué
Lien avec le receveurattribution nationale anonymelien autorisé par la loi
Révocabilitéopposition modifiable du vivantretrait possible jusqu'au prélèvement

Attribution des greffons

L'attribution est organisée par l'Agence de la biomédecine à partir de la liste nationale des personnes en attente de greffe. Elle ne résulte pas d'un choix privé du donneur décédé, de ses proches ou de l'équipe locale.

Définition

Greffon

Organe, tissu ou ensemble de cellules prélevé en vue d'une transplantation chez un receveur.

Les règles d'attribution combinent plusieurs critères :

  • l'urgence médicale et le risque vital ;
  • la compatibilité immunologique, notamment les groupes sanguins et, selon l'organe, les antigènes leucocytaires humains ;
  • la compatibilité morphologique entre greffon et receveur ;
  • la durée d'attente et certaines priorités prévues par les règles nationales ;
  • la faisabilité logistique, car la durée de conservation sans circulation sanguine doit rester limitée ;
  • l'optimisation des chances de réussite de la greffe.

L'équité ne signifie donc pas une stricte attribution selon l'ordre chronologique. Des patients dans des situations médicales différentes ne peuvent pas être départagés par un seul critère. La procédure doit concilier égalité d'accès, gravité, compatibilité et efficacité thérapeutique.

Exemple

Urgence médicale et durée d'attente

Deux personnes inscrites pour une greffe rénale sont compatibles avec un même greffon et présentent une compatibilité morphologique suffisante.

  • Le patient A attend depuis 141414 mois et son état est stable.
  • Le patient B attend depuis 222 mois, mais relève d'une priorité d'urgence en raison d'un risque vital immédiat.

Dans cette situation simplifiée, le greffon est proposé au patient B malgré une durée d'attente de 222 mois, plus courte que les 141414 mois du patient A.

L'attribution ne suit donc pas un ordre chronologique strict. La durée d'attente compte, mais elle est conciliée avec la gravité médicale, la compatibilité et les priorités nationales.

L'anonymat protège les deux parties contre les pressions, les demandes de contrepartie et la création d'une dette personnelle. Des informations générales sur le résultat de la greffe peuvent être transmises dans les limites légales, sans révéler les identités.

Points clés
  • Le prélèvement post mortem repose sur le consentement présumé, sauf opposition exprimée du vivant
  • Le registre national des refus est interrogé avant tout prélèvement, mais les autres formes de refus doivent aussi être respectées
  • La mort encéphalique correspond à la destruction irréversible de toutes les fonctions de l'encéphale et constitue juridiquement le décès
  • Le donneur vivant doit consentir librement, après information, et peut se rétracter jusqu'au prélèvement
  • Les greffons sont attribués selon des règles nationales associant urgence, compatibilité, attente, faisabilité et équité
  • Gratuité, anonymat, sécurité sanitaire et absence de commercialisation structurent l'ensemble du dispositif

Fiches connexes

À réviser dans la foulée, sur Éthique et déontologie.

  • Fiche 01Morale, éthique et déontologie : distinctionsÉthique et déontologie
  • Fiche 02Les grands principes de l'éthique biomédicaleÉthique et déontologie
  • Fiche 03Consentement libre et éclairé et information du patientÉthique et déontologie
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