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Sommaire

  • 1Construction progressive du cadre français
    • 1.1Loi du 9 juin 1999
    • 1.2Loi du 4 mars 2002
    • 1.3Loi Leonetti du 22 avril 2005
    • 1.4Loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016
  • 2Obstination déraisonnable et limitation des traitements
  • 3Directives anticipées lock — section verrouillée
  • 4Procédure collégiale lock — section verrouillée
  • 5Sédation profonde et continue maintenue jusqu'au décès lock — section verrouillée
  • 6Distinction avec l'euthanasie lock — section verrouillée
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  5. Éthique de la fin de vie : loi Claeys-Leonetti et directives anticipées

B12 · Éthique et déontologie

Éthique de la fin de vie : loi Claeys-Leonetti et directives anticipées

Retracer l'évolution du cadre français de la fin de vie et les apports successifs des lois. Définir obstination déraisonnable, limitation des traitements, sédation profonde et procédure collégiale, et les distinguer de l'euthanasie.

Santé, société, humanité et santé publique·schedule8 min de lecture·quiz17 QCM corrigés

Construction progressive du cadre français

Le droit français de la fin de vie s'est construit par étapes. Il cherche à concilier plusieurs exigences : respecter la volonté de la personne, soulager sa souffrance, éviter des traitements disproportionnés et ne pas provoquer intentionnellement sa mort. Les principes généraux d'autonomie, de bienfaisance et de non-malfaisance sont développés dans les fiches qui leur sont consacrées.

Définition

Soins palliatifs

Soins actifs et continus visant à soulager la douleur et les autres symptômes, à préserver la dignité de la personne malade et à soutenir son entourage, sans rechercher ni accélération ni retardement intentionnel de la mort.

Loi du 9 juin 1999

La loi du 9 juin 1999 affirme le droit d'accès aux soins palliatifs et à l'accompagnement. Elle reconnaît ainsi que la prise en charge ne s'arrête pas lorsque la guérison n'est plus possible : l'objectif thérapeutique devient alors principalement le confort et la qualité de vie.

Loi du 4 mars 2002

La loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades renforce l'autonomie du patient. Toute personne prend, avec le professionnel de santé et compte tenu des informations reçues, les décisions concernant sa santé. Elle peut consentir à un traitement ou le refuser.

Cette loi institue également la personne de confiance, qui peut accompagner le patient et être consultée lorsqu'il n'est plus capable d'exprimer sa volonté. Les conditions générales du consentement et de l'information sont traitées dans la fiche dédiée.

Loi Leonetti du 22 avril 2005

La loi Leonetti pose plusieurs règles majeures :

  • interdiction de l'obstination déraisonnable ;
  • possibilité de ne pas entreprendre ou d'arrêter un traitement inutile ou disproportionné ;
  • respect du refus de traitement exprimé par un patient capable de décider ;
  • recherche de la volonté d'un patient incapable de s'exprimer ;
  • recours à une procédure collégiale avant certaines décisions de limitation ou d'arrêt ;
  • développement des soins palliatifs et du soulagement de la souffrance.

Elle introduit les directives anticipées, mais leur valeur est alors seulement consultative et leur durée de validité est limitée.

Loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016

La loi Claeys-Leonetti crée de nouveaux droits en faveur des personnes malades et en fin de vie. Elle :

  • renforce l'opposabilité des directives anticipées ;
  • reconnaît, sous conditions, un droit à une sédation profonde et continue maintenue jusqu'au décès ;
  • précise que la nutrition et l'hydratation artificielles sont des traitements susceptibles d'être limités ou arrêtés ;
  • confirme l'interdiction de l'obstination déraisonnable ;
  • impose la poursuite des soins de confort et du soulagement de la souffrance lorsqu'un traitement de maintien en vie est arrêté.
À retenir

Logique des lois françaises de fin de vie

Le droit de refuser un traitement et l'interdiction de l'obstination déraisonnable n'imposent pas de provoquer la mort. Ils permettent de renoncer à des interventions devenues injustifiées tout en maintenant l'accompagnement et les soins palliatifs.

Obstination déraisonnable et limitation des traitements

Définition

Obstination déraisonnable

Poursuite ou mise en œuvre d'actes de prévention, d'investigation ou de traitement qui apparaissent inutiles, disproportionnés ou n'ayant d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie.

La qualification ne dépend donc pas du seul caractère technique d'un traitement. Elle suppose d'apprécier son bénéfice attendu, ses contraintes, ses risques, la situation globale de la personne et sa volonté. Un acte médicalement possible n'est pas nécessairement médicalement justifié.

Définition

Limitation ou arrêt des traitements

Décision de ne pas instaurer un traitement de maintien en vie, de ne pas l'intensifier ou d'interrompre un traitement déjà entrepris lorsqu'il est refusé par le patient ou relève d'une obstination déraisonnable.

La limitation correspond principalement à la non-introduction ou à la non-escalade d'un traitement. L'arrêt porte sur un traitement déjà en cours. Dans les deux cas, l'objectif est de supprimer une intervention injustifiée, et non d'abandonner la personne.

L'arrêt d'un traitement curatif ou de maintien en vie ne signifie jamais l'arrêt de tous les soins. Les soins de confort, l'analgésie, l'accompagnement et le respect de la dignité doivent être poursuivis.

Attention

Ne pas confondre traitement et soin

Un traitement de maintien en vie peut être arrêté, mais la personne continue à recevoir des soins. La limitation thérapeutique n'est donc ni un abandon, ni une interruption de l'accompagnement.

Directives anticipées

Définition

Directives anticipées

Document écrit par lequel une personne majeure exprime à l'avance sa volonté concernant les conditions de poursuite, de limitation, d'arrêt ou de refus des traitements pour le cas où elle ne serait plus capable de s'exprimer.

Les directives anticipées prolongent l'autonomie de la personne au-delà de la perte de sa capacité de communication. Elles ne s'appliquent que lorsque celle-ci ne peut plus manifester sa volonté.

Elles sont révisables et révocables à tout moment et n'ont plus de durée de validité limitée. Elles doivent être accessibles aux professionnels susceptibles de prendre une décision de fin de vie.

Depuis la loi de 2016, elles s'imposent en principe au médecin. Deux exceptions sont prévues :

Exemple

Application de directives anticipées concernant une ventilation mécanique

Situation clinique : une personne majeure a rédigé des directives anticipées indiquant qu'elle refuse une ventilation mécanique si elle ne peut plus s'exprimer et si ce traitement ne fait que prolonger artificiellement sa vie. Elle est hospitalisée inconsciente.

Après évaluation de la situation médicale, il n'existe pas d'urgence vitale imposant de différer cette analyse et les directives correspondent à sa situation. Le médecin prend donc ces directives comme référence pour la décision relative à la ventilation mécanique.

Les directives anticipées permettent ici d'exprimer la volonté de la personne alors qu'elle ne peut plus la communiquer elle-même.

  • l'urgence vitale, pendant le temps nécessaire à une évaluation complète de la situation ;
  • le caractère manifestement inapproprié ou non conforme des directives à la situation médicale.

Dans ce second cas, le refus de les appliquer ne peut pas reposer sur la seule appréciation isolée du médecin. Il doit résulter d'une procédure collégiale, être inscrit dans le dossier médical et être porté à la connaissance de la personne de confiance ou, à défaut, de la famille ou des proches.

À retenir

Hiérarchie d'expression de la volonté

Lorsque le patient ne peut plus s'exprimer, ses directives anticipées constituent la référence principale. À défaut, le témoignage de la personne de confiance prévaut sur tout autre témoignage, puis sont consultés la famille ou les proches.

Procédure collégiale

Définition

Procédure collégiale

Processus de concertation médicale et soignante organisé avant certaines décisions concernant un patient incapable d'exprimer sa volonté, afin d'éclairer la décision, d'en vérifier la justification et de rechercher la volonté du patient.

Elle repose notamment sur :

  • l'analyse de la situation médicale ;
  • la consultation de l'équipe de soins ;
  • l'avis motivé d'au moins un autre médecin ;
  • la recherche des directives anticipées ;
  • la consultation de la personne de confiance ou, à défaut, de la famille ou des proches ;
  • la traçabilité de la démarche et de ses motifs dans le dossier médical.

La procédure collégiale n'est ni un vote ni une délégation de décision à la famille. Les proches témoignent de ce que la personne aurait voulu ; ils ne deviennent pas juridiquement les auteurs de la décision médicale.

Attention

Collégialité et responsabilité

La concertation est collective, mais la décision médicale reste sous la responsabilité du médecin chargé du patient. La procédure collégiale limite l'arbitraire sans transformer la décision en vote majoritaire.

Sédation profonde et continue maintenue jusqu'au décès

Définition

Sédation profonde et continue maintenue jusqu'au décès

Administration de médicaments diminuant profondément et durablement la conscience jusqu'au décès, associée à une analgésie et à l'arrêt des traitements de maintien en vie, dans les situations prévues par la loi.

Elle peut être mise en œuvre à la demande d'un patient atteint d'une affection grave et incurable lorsque :

  • son pronostic vital est engagé à court terme et qu'il présente une souffrance réfractaire aux traitements ;
  • sa décision d'arrêter un traitement engage son pronostic vital à court terme et risque d'entraîner une souffrance insupportable.

Elle peut également être envisagée chez un patient incapable d'exprimer sa volonté lorsqu'un traitement de maintien en vie est arrêté au titre du refus de l'obstination déraisonnable. La procédure collégiale et la recherche de sa volonté sont alors indispensables.

Une souffrance est dite réfractaire lorsqu'elle ne peut être suffisamment soulagée par des moyens adaptés acceptables pour la personne. La profondeur de la sédation répond donc à un objectif de soulagement, et non à l'administration d'une substance destinée à provoquer la mort.

Distinction avec l'euthanasie

Définition

Euthanasie

Acte d'un tiers ayant pour intention et pour moyen de provoquer directement la mort d'une personne à sa demande afin de mettre fin à ses souffrances.

La différence ne tient pas seulement au fait que le décès survient après une décision médicale. Elle repose sur l'intention, le moyen employé et la cause du décès. Dans la limitation des traitements, la maladie suit son évolution après le retrait d'un traitement devenu injustifié. Dans la sédation, le médicament vise l'altération de la conscience nécessaire au soulagement. Dans l'euthanasie, le produit administré vise directement la mort.

Comparaison

Limitation des traitements, sédation profonde et euthanasie

CritèreLimitation ou arrêtSédation profonde continueEuthanasie
Finalitééviter un traitement injustifiésupprimer la conscience pour soulager une souffranceprovoquer la mort
Moyen principalnon-initiation ou arrêt d'un traitementmédicaments sédatifs associés à une analgésieadministration d'un produit létal
Cause recherchée du décèsévolution de la maladieévolution de la maladie après arrêt des traitementsaction létale du produit
Cadre Claeys-Leonettiautorisé sous conditionsautorisé sous conditions strictesnon autorisé par cette loi

La sédation profonde ne constitue donc pas une euthanasie lente. Sa conformité dépend de l'indication, de la proportionnalité des médicaments, de la procédure suivie, de la traçabilité et du maintien des soins de confort.

Points clés
  • La loi de 1999 reconnaît l'accès aux soins palliatifs, celle de 2002 renforce l'autonomie, celle de 2005 interdit l'obstination déraisonnable et celle de 2016 renforce les directives anticipées et encadre la sédation profonde.
  • L'obstination déraisonnable correspond à des actes inutiles, disproportionnés ou limités au seul maintien artificiel de la vie.
  • La limitation ou l'arrêt d'un traitement n'interrompt jamais les soins de confort et l'accompagnement.
  • Les directives anticipées s'imposent en principe lorsque le patient ne peut plus exprimer sa volonté.
  • La procédure collégiale éclaire et sécurise la décision sans transférer la responsabilité du médecin à un collectif.
  • La sédation vise le soulagement par l'altération de la conscience, tandis que l'euthanasie vise directement la mort.

Fiches connexes

À réviser dans la foulée, sur Éthique et déontologie.

  • Fiche 01Morale, éthique et déontologie : distinctionsÉthique et déontologie
  • Fiche 02Les grands principes de l'éthique biomédicaleÉthique et déontologie
  • Fiche 03Consentement libre et éclairé et information du patientÉthique et déontologie
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