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Sommaire

  • 1Deux protéines de liaison réversible à l'oxygène
  • 2L’hème, centre de fixation du dioxygène
  • 3Affinité et saturation en dioxygène
  • 4Courbe hyperbolique de la myoglobine
  • 5Courbe sigmoïde et coopérativité de l’hémoglobine lock — section verrouillée
  • 6Effecteurs allostériques de l’hémoglobine lock — section verrouillée
    • 6.1Protons et effet Bohr lock — section verrouillée
    • 6.2Dioxyde de carbone lock — section verrouillée
    • 6.32,3-bisphosphoglycérate lock — section verrouillée
  • 7Variants de l’hémoglobine et conséquences fonctionnelles lock — section verrouillée
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B2 · Acides aminés et protéines

Hémoglobine et myoglobine : relation structure–fonction

Comparer myoglobine et hémoglobine, leur hème et leurs courbes de fixation de l'oxygène. Expliquer la coopérativité, les effecteurs allostériques et les conséquences fonctionnelles des variants de l'hémoglobine.

Biochimie structurale et métabolique·schedule7 min de lecture·quiz17 QCM corrigés

Deux protéines de liaison réversible à l'oxygène

La myoglobine et l'hémoglobine appartiennent à la famille des globines. Elles fixent réversiblement le dioxygène grâce à un groupement prosthétique commun, l’hème, mais leur organisation moléculaire différente détermine des fonctions distinctes.

Définition

Myoglobine

Protéine globulaire monomérique présente principalement dans les cellules musculaires, où elle facilite la disponibilité intracellulaire du dioxygène et constitue une réserve mobilisable.

Définition

Hémoglobine

Protéine globulaire tétramérique des érythrocytes assurant le transport sanguin du dioxygène et participant au transport du dioxyde de carbone ainsi qu’au tamponnement des protons.

Une molécule de myoglobine comporte une seule chaîne polypeptidique et fixe au maximum une molécule de dioxygène. L’hémoglobine adulte majoritaire comporte quatre sous-unités, deux chaînes α\alphaα et deux chaînes β\betaβ, organisées en deux paires αβ\alpha\betaαβ. Chaque sous-unité fixe une molécule de dioxygène, soit quatre au maximum par tétramère.

Définition

Protomère

Sous-unité polypeptidique participant à l’organisation d’une protéine oligomérique.

Comparaison

Organisation et fonction de la myoglobine et de l’hémoglobine

CritèreMyoglobineHémoglobine
Organisationmonomèretétramère α2β2\alpha_2\beta_2α2​β2​
Nombre d’hèmesunquatre
Capacité maximaleun OX2\ce{O2}OX2​quatre OX2\ce{O2}OX2​
Lieu principalcellule musculaireérythrocyte
Fonction dominantedisponibilité intracellulaire du OX2\ce{O2}OX2​transport sanguin du OX2\ce{O2}OX2​
Courbe de saturationhyperboliquesigmoïde

L’hème, centre de fixation du dioxygène

Définition

Groupement prosthétique

Composé non protéique associé de manière stable à une protéine et indispensable à sa fonction.

Définition

Hème

Groupement prosthétique constitué d’une protoporphyrine portant en son centre un ion ferreux FeX2+\ce{Fe^{2+}}FeX2+, capable de fixer réversiblement une molécule de dioxygène.

L’ion FeX2+\ce{Fe^{2+}}FeX2+ établit six liaisons de coordination :

  • quatre avec les atomes d’azote de la porphyrine ;
  • une avec une histidine proximale de la globine ;
  • une avec le dioxygène lorsque celui-ci est fixé.

L’histidine distale, placée de l’autre côté de la poche de l’hème, ne se lie pas directement au fer. Elle stabilise néanmoins le dioxygène fixé et contrôle l’environnement chimique de la poche.

La globine rend ainsi possible une fixation réversible du dioxygène tout en limitant les réactions indésirables du fer libre. Lors de l’oxygénation normale, le fer reste à l’état ferreux FeX2+\ce{Fe^{2+}}FeX2+ : la fixation du dioxygène n’est donc pas assimilable à une oxydation complète du fer.

Attention

Oxygénation et oxydation ne sont pas synonymes

L’oxygénation correspond à la fixation réversible de OX2\ce{O2}OX2​ sur le fer ferreux. L’oxydation du fer en FeX3+\ce{Fe^{3+}}FeX3+ produit une forme incapable de fixer normalement le dioxygène.

La structure tertiaire des chaînes de myoglobine et d’hémoglobine est voisine : elle est majoritairement constituée d’hélices α\alphaα entourant une poche hydrophobe contenant l’hème. La différence fonctionnelle majeure provient donc moins de la structure d’une sous-unité que de l’existence, dans l’hémoglobine, d’une structure quaternaire permettant aux sous-unités d’interagir.

Affinité et saturation en dioxygène

Définition

Affinité pour le dioxygène

Tendance d’une protéine à fixer le dioxygène à une pression partielle donnée. Une affinité élevée favorise la fixation, tandis qu’une affinité faible favorise la libération.

Définition

Saturation YYY

Fraction des sites de fixation occupés par le dioxygène. Elle varie entre 000, lorsque tous les sites sont libres, et 111, lorsqu’ils sont tous occupés.

La pression partielle en dioxygène, notée POX2P_{\ce{O2}}POX2​​, représente la contribution du dioxygène à la pression d’un mélange gazeux ou d’une phase en équilibre avec celui-ci. Lorsque POX2P_{\ce{O2}}POX2​​ augmente, la saturation augmente.

Définition

Pression de demi-saturation P50P_{50}P50​

Pression partielle en dioxygène pour laquelle la moitié des sites de fixation sont occupés, soit Y=0,5Y = 0{,}5Y=0,5.

Une faible valeur de P50P_{50}P50​ traduit une forte affinité, car une faible pression en dioxygène suffit à atteindre la demi-saturation. Inversement, une augmentation de P50P_{50}P50​ traduit une diminution de l’affinité.

La relation de Hill fournit une description phénoménologique de la saturation :

Formule

Relation de Hill

Y=(POX2)nH(P50)nH+(POX2)nHY = \frac{\left(P_{\ce{O2}}\right)^{n_{\mathrm H}}} {\left(P_{50}\right)^{n_{\mathrm H}} + \left(P_{\ce{O2}}\right)^{n_{\mathrm H}}}Y=(P50​)nH​+(POX2​​)nH​(POX2​​)nH​​
  • YYY : fraction des sites occupés par le dioxygène, sans unité
  • POX2P_{\ce{O2}}POX2​​ : pression partielle en dioxygène
  • P50P_{50}P50​ : pression partielle correspondant à Y=0,5Y = 0{,}5Y=0,5
  • nHn_{\mathrm H}nH​ : coefficient de Hill, sans unité

Le coefficient de Hill renseigne sur l’interaction fonctionnelle entre les sites. Une valeur égale à 111 correspond à des sites indépendants. Une valeur supérieure à 111 traduit une coopérativité positive. Il ne doit pas être interprété automatiquement comme le nombre de sites de fixation.

Courbe hyperbolique de la myoglobine

La myoglobine possède un seul site de fixation. Elle ne peut donc pas présenter d’interaction entre plusieurs sites : sa fixation est non coopérative et son coefficient de Hill vaut approximativement 111.

Sa courbe de saturation est hyperbolique. Son affinité élevée lui permet de rester saturée lorsque la pression partielle en dioxygène diminue modérément. Elle ne libère une fraction importante de son dioxygène qu’à faible POX2P_{\ce{O2}}POX2​​, ce qui convient à une fonction de réserve et de transfert intracellulaire.

Courbe sigmoïde et coopérativité de l’hémoglobine

Définition

Coopérativité positive

Propriété selon laquelle la fixation d’un ligand sur une sous-unité augmente l’affinité des autres sous-unités pour ce même ligand.

La première molécule de dioxygène se fixe à l’hémoglobine avec une affinité relativement faible. Cette fixation provoque un déplacement du fer vers le plan de la porphyrine, transmis à l’histidine proximale puis à l’ensemble de la sous-unité. Les contacts entre sous-unités sont modifiés, ce qui facilite la fixation des molécules suivantes.

Cette transition explique la forme sigmoïde de la courbe :

  • à faible POX2P_{\ce{O2}}POX2​​, l’affinité est faible et la libération est favorisée ;
  • dans la zone intermédiaire, une variation de POX2P_{\ce{O2}}POX2​​ entraîne une forte variation de saturation ;
  • à forte POX2P_{\ce{O2}}POX2​​, l’affinité élevée permet une saturation importante.
Définition

État T

Conformation tendue de l’hémoglobine désoxygénée, stabilisée par de nombreuses interactions entre sous-unités et caractérisée par une faible affinité pour le dioxygène.

Définition

État R

Conformation relâchée de l’hémoglobine oxygénée, caractérisée par une affinité élevée pour le dioxygène.

L’hémoglobine n’alterne pas entre deux structures totalement figées : les états T et R représentent les extrêmes d’un équilibre conformationnel. Le dioxygène stabilise préférentiellement l’état R, si bien que chaque fixation déplace l’équilibre vers la conformation de forte affinité.

À retenir

Origine de la coopérativité

La coopérativité de l’hémoglobine résulte de sa structure quaternaire : la fixation de OX2\ce{O2}OX2​ sur une sous-unité modifie les interactions entre sous-unités et augmente l’affinité des sites restants. La myoglobine monomérique ne peut pas présenter ce mécanisme.

Effecteurs allostériques de l’hémoglobine

Définition

Effecteur allostérique

Molécule qui se fixe sur un site distinct du site de fixation du ligand principal et modifie l’équilibre entre les conformations d’une protéine.

Les effecteurs allostériques négatifs de l’hémoglobine stabilisent préférentiellement l’état T. Ils réduisent donc l’affinité pour le dioxygène, déplacent la courbe de saturation vers les pressions plus élevées et augmentent P50P_{50}P50​.

Protons et effet Bohr

Définition

Effet Bohr

Diminution de l’affinité de l’hémoglobine pour le dioxygène lorsque la concentration en protons augmente ou lorsque le pH diminue.

La protonation de certains résidus favorise des interactions ioniques stabilisant l’état T. Ainsi, l’acidification favorise la libération de dioxygène. L’oxygénation produit l’effet inverse en diminuant l’affinité de l’hémoglobine pour les protons.

Dioxyde de carbone

Une partie du dioxyde de carbone se fixe sur les extrémités aminées des chaînes de globine et forme des carbamates. Ces groupements chargés stabilisent l’état T. Le dioxyde de carbone favorise donc indirectement et directement la libération du dioxygène.

2,3-bisphosphoglycérate

Définition

2,3-bisphosphoglycérate

Métabolite anionique érythrocytaire qui se fixe dans la cavité centrale de l’hémoglobine désoxygénée et stabilise son état T.

Le 2,3-bisphosphoglycérate se lie entre les chaînes de globine grâce à des interactions électrostatiques. Une augmentation de sa concentration réduit l’affinité de l’hémoglobine pour le dioxygène et facilite sa libération. Son effet est moins marqué sur l’hémoglobine fœtale, dont les chaînes γ\gammaγ fixent moins fortement cet effecteur que les chaînes β\betaβ.

Comparaison

Conséquences d’une modification de l’affinité

ParamètreAffinité diminuéeAffinité augmentée
Déplacement de la courbevers les fortes POX2P_{\ce{O2}}POX2​​vers les faibles POX2P_{\ce{O2}}POX2​​
Valeur de P50P_{50}P50​augmentéediminuée
Conformation favoriséeétat Tétat R
Conséquence dominantelibération facilitéefixation facilitée

Variants de l’hémoglobine et conséquences fonctionnelles

Définition

Variant de l’hémoglobine

Forme d’hémoglobine dont la séquence d’une chaîne de globine diffère de la séquence habituelle à la suite d’une variation génétique.

La conséquence d’une substitution dépend davantage de sa position structurale que de sa seule nature. Une modification peut :

  • altérer directement la poche de l’hème et la fixation du dioxygène ;
  • modifier les contacts entre sous-unités et donc la coopérativité ;
  • stabiliser préférentiellement l’état T ou l’état R, ce qui modifie P50P_{50}P50​ ;
  • diminuer la solubilité et favoriser l’association anormale des molécules ;
  • déstabiliser le repliement, entraînant précipitation et fragilité érythrocytaire ;
  • favoriser l’oxydation du fer et réduire la quantité d’hémoglobine fonctionnelle.

Une diminution quantitative de la synthèse d’une chaîne de globine déséquilibre également l’assemblage du tétramère. Les chaînes produites en excès peuvent précipiter, altérer la maturation des érythrocytes et diminuer leur durée de vie. Il faut donc distinguer les anomalies qualitatives, qui modifient la structure d’une chaîne, des anomalies quantitatives, qui modifient sa production.

À retenir

Les effets d’un variant ne se déduisent pas seulement de la présence d’une mutation : ils dépendent de son influence sur l’hème, le repliement, la stabilité, les interfaces entre sous-unités et l’équilibre entre états T et R.

L’identification expérimentale des variants par électrophorèse, chromatographie ou spectrométrie de masse relève de la fiche consacrée à la séparation et à l’analyse des protéines.

Points clés
  • La myoglobine est un monomère à forte affinité dont la courbe de saturation est hyperbolique
  • L’hémoglobine est un tétramère coopératif dont la courbe de saturation est sigmoïde
  • Une diminution de P50P_{50}P50​ indique une augmentation de l’affinité pour le dioxygène
  • Le dioxygène stabilise l’état R, tandis que les protons, le dioxyde de carbone et le 2,3-bisphosphoglycérate favorisent l’état T
  • Les variants de l’hémoglobine peuvent modifier l’affinité, la coopérativité, la stabilité, la solubilité ou l’assemblage des chaînes

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