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Sommaire

  • 1Réactivité du groupe carbonyle
    • 1.1Mécanisme général
  • 2Addition des alcools : hémiacétalisation et acétalisation
  • 3Addition des amines et formation des imines
  • 4Réduction du carbonyle lock — section verrouillée
  • 5Action des organomagnésiens lock — section verrouillée
  • 6Addition-élimination sur les dérivés d’acides lock — section verrouillée
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  5. Addition nucléophile sur le carbonyle

B1 · Réactivité

Addition nucléophile sur le carbonyle

Décrire l'addition nucléophile sur le carbone du carbonyle : hémiacétalisation, acétalisation, formation d'imines, réduction et action des organomagnésiens. Étendre le mécanisme à l'addition-élimination sur les dérivés d'acides.

Chimie générale et organique·schedule6 min de lecture·quiz15 QCM corrigés

Réactivité du groupe carbonyle

Le groupe carbonyle associe un carbone et un oxygène par une double liaison C=O\mathrm{C{=}O}C=O. Il est présent dans les aldéhydes, les cétones et les dérivés d’acides carboxyliques.

L’oxygène étant plus électronégatif que le carbone, la liaison est polarisée :

Cδ+=Oδ−\mathrm{C^{\delta+}{=}O^{\delta-}}Cδ+=Oδ−

Le carbone carbonylé est donc électrophile, tandis que l’oxygène est riche en électrons. Un nucléophile attaque le carbone et les électrons de la liaison π\piπ se déplacent vers l’oxygène.

Définition

Addition nucléophile sur un carbonyle

Réaction au cours de laquelle un nucléophile forme une liaison avec le carbone électrophile du carbonyle, tandis que la liaison π\piπ de C=O\mathrm{C{=}O}C=O est rompue.

La nucléophilie et les transferts de protons sont étudiés dans la fiche consacrée aux réactions acido-basiques et à la nucléophilie en chimie organique.

Mécanisme général

On note Nu−\mathrm{Nu^-}Nu− un nucléophile chargé négativement, R1R^1R1 et R2R^2R2 les substituants portés par le carbone carbonylé, chacun pouvant être un groupe organique ou un hydrogène, et H+\mathrm{H^+}H+ un proton.

Formule

Addition d’un nucléophile anionique

R1R2C=O+Nu−⟶R1R2C(O−)Nu→H+R1R2C(OH)Nu\mathrm{R^1R^2C{=}O + Nu^- \longrightarrow R^1R^2C(O^-)Nu \xrightarrow{H^+} R^1R^2C(OH)Nu}R1R2C=O+Nu−⟶R1R2C(O−)NuH+​R1R2C(OH)Nu
  • R1R^1R1 et R2R^2R2 : substituants du carbone carbonylé
  • Nu−\mathrm{Nu^-}Nu− : nucléophile anionique
  • H+\mathrm{H^+}H+ : proton
  • O−\mathrm{O^-}O− : oxygène de l’intermédiaire alcoolate
  • OH\mathrm{OH}OH : fonction alcool obtenue après protonation

L’attaque transforme le carbone carbonylé, initialement trigonal plan, en un carbone tétraédrique. Le nucléophile peut donc approcher par l’une ou l’autre face du carbonyle. Si cette transformation crée un centre stéréogène et si le milieu ne favorise aucune face, les deux configurations sont formées sans préférence intrinsèque.

De la géométrie plane du carbonyle à l’intermédiaire tétraédrique
De la géométrie plane du carbonyle à l’intermédiaire tétraédrique

Avec un nucléophile neutre, une catalyse acide est souvent nécessaire. La protonation préalable de l’oxygène augmente la charge positive partielle du carbone, donc son électrophilie. Après l’attaque, une déprotonation fournit le produit neutre et régénère le catalyseur.

Méthode

Reconnaître une addition nucléophile sur un carbonyle

  1. Repérer le carbone électrophile de la liaison C=O\mathrm{C{=}O}C=O
  2. Identifier l’atome nucléophile porteur d’un doublet disponible
  3. Former la liaison entre le nucléophile et le carbone carbonylé
  4. Déplacer les électrons de la liaison π\piπ vers l’oxygène
  5. Effectuer les transferts de protons nécessaires à l’obtention du produit neutre
Attention

Le nucléophile n’attaque pas l’oxygène

L’oxygène carbonylé est déjà riche en électrons. L’attaque nucléophile s’effectue sur le carbone du carbonyle, qui porte la charge positive partielle.

Addition des alcools : hémiacétalisation et acétalisation

On note R3OH\mathrm{R^3OH}R3OH un alcool, dans lequel R3R^3R3 est un groupe organique.

Définition

Hémiacétal

Composé dans lequel un même carbone porte un groupe hydroxyle OH\mathrm{OH}OH et un groupe alcoxy OR3\mathrm{OR^3}OR3.

L’hémiacétalisation correspond à l’addition d’une molécule d’alcool sur un aldéhyde ou une cétone. En catalyse acide, le carbonyle est protoné, l’oxygène de l’alcool attaque le carbone carbonylé, puis une déprotonation donne l’hémiacétal.

La réaction est réversible. L’hémiacétal peut poursuivre sa transformation en présence d’un excès d’alcool et d’un catalyseur acide.

Définition

Acétal

Composé dans lequel un même carbone porte deux groupes alcoxy et ne porte plus de groupe hydroxyle.

Lors de l’acétalisation, le groupe hydroxyle de l’hémiacétal est protoné, ce qui permet son départ sous forme d’eau. L’intermédiaire électrophile ainsi formé subit l’attaque d’une seconde molécule d’alcool, puis une déprotonation conduit à l’acétal.

Étapes de la transformation d’un hémiacétal en acétal
Étapes de la transformation d’un hémiacétal en acétal
Formule

Bilan de l’acétalisation

R1R2C=O+2 R3OH⇌R1R2C(OR3)2+H2O\mathrm{R^1R^2C{=}O + 2\,R^3OH \rightleftharpoons R^1R^2C(OR^3)_2 + H_2O}R1R2C=O+2R3OH⇌R1R2C(OR3)2​+H2​O
  • R1R^1R1 et R2R^2R2 : substituants du carbone carbonylé
  • R3R^3R3 : groupe organique de l’alcool
  • R3OH\mathrm{R^3OH}R3OH : alcool
  • R1R2C(OR3)2\mathrm{R^1R^2C(OR^3)_2}R1R2C(OR3)2​ : acétal
  • H2O\mathrm{H_2O}H2​O : eau

L’équilibre est déplacé vers l’acétal par un excès d’alcool ou par l’élimination de l’eau. Inversement, l’eau en milieu acide favorise l’hydrolyse de l’acétal et la régénération du carbonyle.

À retenir

L’hémiacétal porte un groupe OH\mathrm{OH}OH et un groupe OR\mathrm{OR}OR sur le même carbone. L’acétal porte deux groupes OR\mathrm{OR}OR sur ce carbone et résulte d’une réaction globale avec deux molécules d’alcool.

Addition des amines et formation des imines

Définition

Imine

Composé contenant une double liaison carbone-azote C=N\mathrm{C{=}N}C=N, formé par condensation d’un aldéhyde ou d’une cétone avec une amine primaire.

Une amine primaire possède un groupe NH2\mathrm{NH_2}NH2​ lié à un substituant organique. Son azote attaque le carbone carbonylé grâce à son doublet non liant. Après des transferts de protons, l’intermédiaire obtenu porte sur le même carbone un groupe hydroxyle et un groupe azoté : il est appelé carbinolamine.

La protonation du groupe hydroxyle permet ensuite son départ sous forme d’eau. La déprotonation finale conduit à la double liaison C=N\mathrm{C{=}N}C=N.

Formule

Bilan de la formation d’une imine

R1R2C=O+R3NH2⇌R1R2C=NR3+H2O\mathrm{R^1R^2C{=}O + R^3NH_2 \rightleftharpoons R^1R^2C{=}NR^3 + H_2O}R1R2C=O+R3NH2​⇌R1R2C=NR3+H2​O
  • R1R^1R1 et R2R^2R2 : substituants du carbone carbonylé
  • R3R^3R3 : substituant organique de l’amine
  • R3NH2\mathrm{R^3NH_2}R3NH2​ : amine primaire
  • R1R2C=NR3\mathrm{R^1R^2C{=}NR^3}R1R2C=NR3 : imine
  • H2O\mathrm{H_2O}H2​O : eau éliminée

La catalyse acide doit rester modérée : elle active le carbonyle et facilite la déshydratation, mais une protonation complète de l’amine supprime le doublet nucléophile de l’azote.

Attention

Catalyse acide et nucléophilie de l’amine

Un milieu trop acide transforme l’amine en ion ammonium, beaucoup moins nucléophile. L’acide facilite la réaction seulement si une fraction suffisante de l’amine demeure non protonée.

Réduction du carbonyle

La réduction d’un aldéhyde ou d’une cétone peut être décrite comme l’addition d’un ion hydrure formel H−\mathrm{H^-}H− sur le carbone carbonylé. Le transfert d’hydrure forme un alcoolate, ensuite protoné en alcool.

Les réducteurs usuels apportent l’hydrure à partir d’une liaison polarisée. Le borohydrure de sodium NaBH4\mathrm{NaBH_4}NaBH4​ réduit notamment les aldéhydes et les cétones. L’aluminohydrure de lithium LiAlH4\mathrm{LiAlH_4}LiAlH4​ est plus réactif et peut aussi réduire certains dérivés d’acides.

Le bilan structural est la disparition de la liaison C=O\mathrm{C{=}O}C=O et la formation simultanée d’une liaison C−H\mathrm{C-H}C−H et d’une liaison O−H\mathrm{O-H}O−H. Les principes généraux d’oxydoréduction organique relèvent de la fiche dédiée ; ici, l’étape essentielle est l’attaque nucléophile de l’hydrure.

Action des organomagnésiens

Définition

Organomagnésien mixte

Réactif de formule générale R3MgX\mathrm{R^3MgX}R3MgX, dans lequel R3R^3R3 est un groupe carboné nucléophile, Mg\mathrm{Mg}Mg le magnésium et XXX un halogène.

La liaison carbone-magnésium est fortement polarisée vers le carbone. Le groupe R3R^3R3 se comporte donc comme un équivalent de carbanion : il attaque le carbone du carbonyle et crée une nouvelle liaison carbone-carbone. L’alcoolate de magnésium formé est ensuite hydrolysé ou protoné pour donner un alcool.

Formule

Addition d’un organomagnésien sur un carbonyle

R1R2C=O+R3MgX⟶R1R2C(OMgX)R3→H2OR1R2C(OH)R3\mathrm{R^1R^2C{=}O + R^3MgX \longrightarrow R^1R^2C(OMgX)R^3 \xrightarrow{H_2O} R^1R^2C(OH)R^3}R1R2C=O+R3MgX⟶R1R2C(OMgX)R3H2​O​R1R2C(OH)R3
  • R1R^1R1, R2R^2R2 et R3R^3R3 : substituants du produit carboné
  • Mg\mathrm{Mg}Mg : magnésium
  • XXX : halogène
  • H2O\mathrm{H_2O}H2​O : eau utilisée lors de l’hydrolyse
  • R1R2C(OH)R3\mathrm{R^1R^2C(OH)R^3}R1R2C(OH)R3 : alcool après protonation
Exemple

Addition du bromure de méthylmagnésium sur l’éthanal

L’éthanal réagit avec le bromure de méthylmagnésium, de formule CH3MgBr\mathrm{CH_3MgBr}CH3​MgBr.

  • Le groupe nucléophile apporté par l’organomagnésien est CH3\mathrm{CH_3}CH3​.
  • Après son addition sur l’éthanal CH3CHO\mathrm{CH_3CHO}CH3​CHO, l’alcoolate de magnésium formé est CH3CH(OMgBr)CH3\mathrm{CH_3CH(OMgBr)CH_3}CH3​CH(OMgBr)CH3​.
  • L’hydrolyse par l’eau transforme le groupe OMgBr\mathrm{OMgBr}OMgBr en groupe OH\mathrm{OH}OH : CH3CH(OMgBr)CH3→H2OCH3CH(OH)CH3\mathrm{CH_3CH(OMgBr)CH_3 \xrightarrow{H_2O} CH_3CH(OH)CH_3}CH3​CH(OMgBr)CH3​H2​O​CH3​CH(OH)CH3​.

Le produit est le propan-2-ol. Une nouvelle liaison carbone-carbone est formée entre le carbone du carbonyle et le groupe méthyle apporté par l’organomagnésien.

L’organomagnésien est aussi une base très forte. Il doit être utilisé en milieu anhydre, car toute espèce portant un proton suffisamment acide le détruit avant l’addition au carbonyle.

Addition-élimination sur les dérivés d’acides

Dans un dérivé d’acide carboxylique, le carbone du groupe acyle porte à la fois un oxygène carbonylé et un substituant ZZZ susceptible de partir. La réaction ne s’arrête donc pas nécessairement à l’addition.

Définition

Substitution nucléophile d’acyle

Mécanisme d’addition-élimination dans lequel un nucléophile s’additionne au carbone carbonylé, puis le carbonyle se reforme avec élimination du groupe ZZZ.

Le nucléophile forme d’abord un intermédiaire tétraédrique. Le doublet de l’oxygène redescend ensuite pour reformer la liaison C=O\mathrm{C{=}O}C=O, ce qui impose le départ d’un substituant.

Méthode

Mécanisme d’addition-élimination

  1. Attaquer le carbone du groupe acyle avec le nucléophile
  2. Déplacer la liaison π\piπ du carbonyle vers l’oxygène
  3. Former l’intermédiaire tétraédrique
  4. Reformer la liaison C=O\mathrm{C{=}O}C=O grâce au doublet de l’oxygène
  5. Éliminer le groupe partant ZZZ
  6. Ajuster les protonations pour obtenir un produit neutre
Comparaison

Deux devenirs de l’intermédiaire tétraédrique

CritèreAldéhydes et cétonesDérivés d’acides
Substituant éliminableabsentprésent
Étape initialeaddition nucléophileaddition nucléophile
Étape suivanteprotonation de l’alcoolatereformation du carbonyle et élimination
Bilanadditionsubstitution nucléophile d’acyle

La facilité de la réaction dépend de l’aptitude de ZZZ à partir et de la résonance qui diminue ou augmente l’électrophilie du carbone acylé. Les chlorures d’acyle sont très réactifs, puis viennent les anhydrides et les esters ; les amides sont moins réactifs en raison de la forte conjugaison entre le doublet de l’azote et le carbonyle.

Avec un organomagnésien, certains dérivés d’acides subissent une première addition-élimination, puis le nouveau carbonyle formé subit une seconde addition. Deux équivalents de réactif peuvent alors être consommés.

À retenir

Un aldéhyde ou une cétone subit généralement une addition nucléophile. Un dérivé d’acide possédant un groupe partant subit une addition-élimination, donc une substitution nucléophile d’acyle.

Points clés
  • La polarisation de C=O\mathrm{C{=}O}C=O rend le carbone carbonylé électrophile et accessible aux nucléophiles
  • L’addition transforme le carbonyle plan en un intermédiaire tétraédrique
  • Un alcool conduit successivement à un hémiacétal puis, en milieu acide, à un acétal
  • Une amine primaire forme une imine par addition, transferts de protons et élimination d’eau
  • Les hydrures réduisent le carbonyle, tandis que les organomagnésiens créent une liaison carbone-carbone
  • Les dérivés d’acides réagissent par addition-élimination lorsque l’intermédiaire tétraédrique peut expulser un groupe partant

Fiches connexes

À réviser dans la foulée, sur Réactivité.

  • Fiche 01Effets électroniques et intermédiaires réactionnelsRéactivité
  • Fiche 02Substitution nucléophile : SN1 et SN2Réactivité
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