B1 · Réactivité
Substitution électrophile aromatique et règles d'orientation
Décrire le mécanisme de la substitution électrophile aromatique et le rôle du complexe intermédiaire. Classer les substituants en activants et désactivants et appliquer les règles d'orientation à la prévision du produit majoritaire.
Chimie générale et organique6 min de lecture15 QCM corrigés
Principe de la substitution électrophile aromatique
Un cycle aromatique possède un système cyclique d’électrons délocalisés particulièrement stable. Cette stabilité explique qu’il réagisse différemment d’un alcène ordinaire : une addition électrophile détruirait durablement l’aromaticité, tandis qu’une substitution ne la perturbe que transitoirement.
Le cycle aromatique constitue la partie riche en électrons et joue donc le rôle de nucléophile. Il attaque un électrophile, noté , déficient en électrons.
Les effets inductifs et mésomères qui déterminent la répartition électronique ont été établis dans la fiche consacrée aux effets électroniques et aux intermédiaires réactionnels ; ils sont ici utilisés pour comparer la stabilité des intermédiaires possibles.
Mécanisme général
Formation de l’électrophile
L’espèce électrophile doit être suffisamment réactive pour attaquer un cycle aromatique stabilisé. Elle peut être formée par activation d’un réactif au moyen d’un acide ou d’un catalyseur acide de Lewis.
La nature précise de cette activation dépend de la réaction considérée, mais elle ne modifie pas les trois étapes fondamentales du mécanisme.
Attaque du cycle et formation du complexe
Une liaison du cycle fournit un doublet électronique à . Une nouvelle liaison se forme entre un carbone du cycle et l’électrophile. Ce carbone porte alors simultanément l’électrophile et l’hydrogène qui sera ultérieurement éliminé.
Cette étape interrompt la délocalisation cyclique des électrons : l’intermédiaire obtenu n’est plus aromatique.
La charge positive du complexe n’est pas localisée sur un seul atome. Elle est répartie sur plusieurs carbones par mésomérie. Les différentes écritures mésomères ne correspondent pas à des espèces successives, mais à des représentations d’un même intermédiaire délocalisé.
La formation du complexe exige la perte temporaire de l’aromaticité. Elle présente donc généralement la barrière énergétique la plus élevée et constitue l’étape cinétiquement déterminante.
Déprotonation et restauration de l’aromaticité
Une base arrache le proton porté par le carbone auquel l’électrophile vient de se fixer. Les électrons de la liaison reforment une liaison , ce qui restaure le système aromatique.
La forte stabilité retrouvée lors de cette réaromatisation rend cette étape favorable. Lorsque l’électrophile a été formé avec l’aide d’un catalyseur, celui-ci est habituellement régénéré.
Activation et désactivation du cycle
Les substituants donneurs d’électrons par mésomérie, tels que , , , et , sont fortement activants. Leur doublet non liant peut participer à la délocalisation électronique du cycle.
Les groupes alkyles sont plus faiblement activants. Ils augmentent modérément la densité électronique du cycle par effet inductif donneur et par interaction des liaisons voisines avec le système .
Les substituants attracteurs par mésomérie ou par effet inductif diminuent la densité électronique du cycle. Sont notamment désactivants les groupes , , , , , , et .
Règles d’orientation
Lorsqu’un cycle porte déjà un substituant, une nouvelle substitution peut se produire en position ortho, méta ou para par rapport à celui-ci.
Substituants orientant en ortho et para
Les substituants donneurs stabilisent particulièrement les complexes issus d’une attaque en ortho ou en para. Dans ces intermédiaires, certaines écritures mésomères placent la charge positive à proximité immédiate du substituant donneur, qui peut alors la stabiliser.
Les groupes activants sont donc généralement ortho-para directeurs. Entre ces deux orientations, la position para est souvent favorisée lorsque l’encombrement stérique rend l’approche en ortho moins accessible.
Substituants orientant en méta
Pour un substituant attracteur par mésomérie, les complexes correspondant aux attaques ortho et para comportent des formes particulièrement défavorables dans lesquelles la charge positive est située près du groupement attracteur. Celui-ci retire encore de la densité électronique à une zone déjà déficitaire.
L’attaque méta évite ces formes très déstabilisées. La plupart des substituants désactivants sont donc méta directeurs.
Cas particulier des halogènes
Les halogènes exercent un fort effet inductif attracteur, qui appauvrit le cycle et ralentit la réaction : ils sont désactivants. Cependant, leurs doublets non liants peuvent stabiliser par mésomérie les complexes formés en ortho et en para : ils sont donc ortho-para directeurs.
Prévoir le produit majoritaire
La prévision repose sur la stabilité relative des complexes susceptibles de se former. L’orientation dominante est celle qui mène à l’intermédiaire le moins énergétique, puis l’encombrement stérique départage les positions de stabilité électronique proche.
Sur un cycle polysubstitué, les effets peuvent être concordants ou opposés. Lorsqu’ils concordent, la position commune est fortement favorisée. Lorsqu’ils s’opposent, le substituant qui enrichit le plus fortement le cycle contrôle généralement l’orientation, car il stabilise davantage l’intermédiaire déterminant.
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