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Sommaire

  • 1Nature de la relation stéréoisomérique
    • 1.1Énantiomères
    • 1.2Diastéréoisomères
  • 2Dénombrement des stéréoisomères
  • 3Composés méso lock — section verrouillée
  • 4Origine de la stéréosélectivité biologique lock — section verrouillée
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B1 · Stéréochimie

Diastéréoisomérie et enjeu pharmacologique des stéréoisomères

Distinguer énantiomères et diastéréoisomères, dénombrer les stéréoisomères d'une molécule à plusieurs centres asymétriques et reconnaître les composés méso. Montrer pourquoi deux stéréoisomères d'un même principe actif n'ont pas la même activité biologique.

Chimie générale et organique·schedule6 min de lecture·quiz15 QCM corrigés

Nature de la relation stéréoisomérique

Définition

Stéréoisomères

Molécules ayant la même formule moléculaire et le même enchaînement d’atomes, mais différant par la disposition spatiale de leurs atomes.

Deux stéréoisomères possèdent donc la même constitution. Leur différence ne vient ni du nombre ni de l’ordre de liaison des atomes, mais de leur configuration, c’est-à-dire d’une organisation spatiale qui ne peut être modifiée sans rupture de liaison.

La détermination des configurations absolues R\mathrm{R}R et S\mathrm{S}S et des configurations géométriques Z\mathrm{Z}Z et E\mathrm{E}E relève des fiches précédentes. Ici, ces descripteurs servent à comparer les configurations de deux molécules.

La relation entre deux stéréoisomères est toujours établie par paire. Une même molécule peut être énantiomère d’une molécule et diastéréoisomère d’une autre.

Énantiomères

Définition

Énantiomères

Deux stéréoisomères images l’un de l’autre dans un miroir et non superposables, même après rotation dans l’espace.

Lorsque deux molécules ne diffèrent que par la configuration de plusieurs centres asymétriques, elles sont énantiomères si la configuration de tous les centres correspondants est inversée. Chaque configuration R\mathrm{R}R devient S\mathrm{S}S et chaque configuration S\mathrm{S}S devient R\mathrm{R}R.

Dans un milieu achiral, deux énantiomères ont les mêmes propriétés physiques et chimiques usuelles, à l’exception du signe de leur pouvoir rotatoire. Cette identité disparaît lorsqu’ils interagissent avec un environnement chiral, comme le milieu biologique.

Diastéréoisomères

Définition

Diastéréoisomères

Deux stéréoisomères qui ne sont pas images l’un de l’autre dans un miroir.

Pour des molécules possédant plusieurs centres asymétriques, deux configurations sont diastéréoisomères lorsque certains centres correspondants sont inversés, mais pas tous. Elles ne forment donc pas un couple d’images spéculaires.

Les isomères géométriques Z\mathrm{Z}Z et E\mathrm{E}E sont également des diastéréoisomères lorsqu’ils décrivent le même enchaînement atomique autour d’une double liaison.

Contrairement aux énantiomères, les diastéréoisomères peuvent présenter des propriétés différentes même dans un milieu achiral : températures de changement d’état, solubilité, stabilité ou réactivité. Ils peuvent donc être séparés par des méthodes physicochimiques ordinaires.

Comparaison

Énantiomères et diastéréoisomères

CritèreÉnantiomèresDiastéréoisomères
Relation au miroirimages non superposablesne sont pas images l’un de l’autre
Centres asymétriques correspondantstous inverséscertains inversés, mais pas tous
Propriétés en milieu achiralgénéralement identiquesgénéralement différentes
Pouvoir rotatoireopposé en valeur et en signesans relation générale
Séparationnécessite une interaction chiralepossible par des méthodes physicochimiques ordinaires
Définition

Épimères

Diastéréoisomères possédant plusieurs centres asymétriques et ne différant par la configuration que d’un seul d’entre eux.

Attention

Une relation se définit entre deux molécules

Les mots énantiomères et diastéréoisomères ne décrivent pas une molécule isolée. Ils décrivent la relation entre deux stéréoisomères déterminés.

Dénombrement des stéréoisomères

Un centre asymétrique portant quatre substituants différents peut, en principe, adopter deux configurations absolues, R\mathrm{R}R ou S\mathrm{S}S. Pour plusieurs centres indépendants, chaque choix de configuration se combine avec les choix effectués sur les autres centres.

Formule

Nombre maximal de configurations

Nmax⁡=2nN_{\max} = 2^{n}Nmax​=2n
  • Nmax⁡N_{\max}Nmax​ : nombre maximal de stéréoisomères configuratifs
  • nnn : nombre de centres asymétriques indépendants

Cette relation fournit un maximum, non nécessairement le nombre réel de stéréoisomères distincts. Elle suppose que les différentes suites de configurations correspondent toutes à des molécules différentes. Une symétrie interne peut rendre certaines configurations superposables et diminuer le nombre obtenu.

Les 2n2^n2n possibilités constituent donc d’abord une liste formelle. Il faut ensuite rechercher les identités créées par la symétrie moléculaire.

Méthode

Dénombrer les stéréoisomères à plusieurs centres asymétriques

  1. Identifier les nnn centres asymétriques réellement indépendants
  2. Écrire les 2n2^n2n combinaisons théoriques de configurations R\mathrm{R}R et S\mathrm{S}S
  3. Comparer les combinaisons en tenant compte des symétries de la molécule
  4. Regrouper les représentations qui correspondent à une même molécule
  5. Associer les configurations images non superposables en couples d’énantiomères
  6. Identifier les configurations correspondant à des molécules achirales qui restent superposables à leur image
À retenir

Condition d’utilisation de 2n2^n2n

La formule 2n2^n2n donne le nombre maximal de stéréoisomères. Le nombre réel est inférieur lorsqu’une symétrie interne rend plusieurs configurations formelles identiques.

Composés méso

Définition

Composé méso

Stéréoisomère possédant plusieurs centres asymétriques mais globalement achiral, car il est superposable à son image dans un miroir grâce à une symétrie interne.

La présence de centres asymétriques ne suffit donc pas à rendre toute la molécule chirale. La chiralité est une propriété de la molécule entière, et non la simple somme des propriétés locales de ses centres.

Dans un composé méso, les contributions des différentes régions stéréogènes se compensent au sein d’une seule molécule. Son pouvoir rotatoire global est nul par compensation interne.

Cette situation doit être distinguée d’un mélange racémique, dans lequel deux énantiomères chiraux sont présents en proportions égales. Le pouvoir rotatoire est alors nul par compensation entre deux populations moléculaires.

Comparaison

Composé méso et mélange racémique

CritèreComposé mésoMélange racémique
Compositionune seule espèce moléculairedeux énantiomères en proportions égales
Chiralité des moléculesmolécules achiralesmolécules chirales
Origine du pouvoir rotatoire nulcompensation internecompensation entre énantiomères
Résolution en énantiomèresimpossiblepossible

Pour un ensemble de stéréoisomères comprenant des couples d’énantiomères et des formes méso, le nombre total peut être organisé ainsi :

Formule

Répartition des stéréoisomères

N=2P+MN = 2P + MN=2P+M
  • NNN : nombre total de stéréoisomères distincts
  • PPP : nombre de couples d’énantiomères
  • MMM : nombre de stéréoisomères méso
Exemple

Dénombrer les stéréoisomères de l’acide tartrique

L’acide tartrique possède deux centres asymétriques.

Les quatre combinaisons formelles sont R,R\mathrm{R,R}R,R, S,S\mathrm{S,S}S,S, R,S\mathrm{R,S}R,S et S,R\mathrm{S,R}S,R, soit :

Nmax⁡=22=4N_{\max} = 2^2 = 4Nmax​=22=4

Les formes R,R\mathrm{R,R}R,R et S,S\mathrm{S,S}S,S sont deux énantiomères : elles constituent un couple, donc P=1P = 1P=1. Les écritures R,S\mathrm{R,S}R,S et S,R\mathrm{S,R}S,R décrivent la même forme méso grâce à la symétrie interne, donc M=1M = 1M=1.

N=2P+M=2×1+1=3N = 2P + M = 2 \times 1 + 1 = 3N=2P+M=2×1+1=3

L’acide tartrique possède donc trois stéréoisomères distincts et non quatre : un couple d’énantiomères et une forme méso achirale.

Attention

Centres asymétriques et chiralité globale

Une molécule comportant des centres asymétriques n’est pas nécessairement chirale. Il faut toujours vérifier si elle est superposable à son image par une opération de symétrie.

Origine de la stéréosélectivité biologique

Définition

Stéréosélectivité

Propriété d’un système qui interagit préférentiellement avec un stéréoisomère parmi plusieurs stéréoisomères possibles.

Les protéines, les acides nucléiques et de nombreux glucides biologiques possèdent une organisation tridimensionnelle chirale. Un récepteur, une enzyme ou un transporteur constitue donc un environnement capable de distinguer deux stéréoisomères.

La liaison d’un principe actif à sa cible dépend de plusieurs contacts spatiaux simultanés : interactions ioniques, liaisons hydrogène, interactions hydrophobes et forces de dispersion. Une configuration peut orienter correctement les groupes fonctionnels vers leurs sites complémentaires, tandis qu’une autre les place dans des directions différentes.

Cette différence peut modifier :

  • l’affinité pour la cible, c’est-à-dire la tendance à former le complexe ;
  • l’efficacité, c’est-à-dire la capacité du complexe formé à produire une réponse ;
  • la reconnaissance par les enzymes de métabolisme ;
  • le transport à travers les membranes ;
  • la fixation aux protéines biologiques ;
  • la vitesse d’élimination.
Définition

Eutomère

Stéréoisomère qui porte l’activité pharmacologique recherchée la plus élevée au sein d’un groupe comparé.

Définition

Distomère

Stéréoisomère moins actif sur l’effet recherché, sans être nécessairement dépourvu de toute activité biologique.

Le distomère peut être moins actif, inactif sur la cible recherchée, agir sur une autre cible ou produire des effets indésirables distincts. Les termes eutomère et distomère sont donc relatifs à un effet donné et non à une propriété absolue de la molécule.

Un stéréoisomère peut aussi être transformé en un autre dans l’organisme. Cette interconversion empêche alors de déduire directement l’effet observé de la seule composition du produit administré.

À retenir

Conséquence pharmacologique

Deux stéréoisomères d’un même principe actif peuvent avoir des effets différents parce que les cibles et les systèmes biologiques qui les reconnaissent sont eux-mêmes tridimensionnels et chiraux.

Attention

Un racémate n’équivaut pas à une simple demi-dose active

L’effet d’un mélange racémique ne se déduit pas en divisant mécaniquement l’activité d’un énantiomère pur. L’autre énantiomère peut modifier l’activité, le métabolisme, le transport ou l’élimination du premier.

Points clés
  • Deux énantiomères sont des images spéculaires non superposables, tandis que deux diastéréoisomères ne sont pas images l’un de l’autre
  • Pour plusieurs centres asymétriques, l’inversion de tous les centres conduit à l’énantiomère ; l’inversion de certains seulement conduit à un diastéréoisomère
  • Le nombre maximal de configurations associées à nnn centres indépendants est 2n2^n2n, mais les symétries internes peuvent réduire ce nombre
  • Un composé méso possède des centres asymétriques mais reste achiral par symétrie interne
  • Les cibles biologiques chirales peuvent distinguer les stéréoisomères et leur conférer des activités, des métabolismes ou des effets indésirables différents

Fiches connexes

À réviser dans la foulée, sur Stéréochimie.

  • Fiche 01Représenter une molécule organique dans l'espaceStéréochimie
  • Fiche 02Isomérie de constitution et conformationsStéréochimie
  • Fiche 03Descripteurs stéréochimiques R/S et Z/EStéréochimie
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