B10 · Tests d'hypothèses
Tests non paramétriques fondés sur les rangs
Présenter les tests de Mann-Whitney, de Wilcoxon et la corrélation de Spearman et leurs contextes d'emploi. Décrire la construction des statistiques de rang, le traitement des ex æquo et les approximations pour grands échantillons.
Biostatistiques et méthodes d'analyse8 min de lecture17 QCM corrigés
Principe des méthodes fondées sur les rangs
Un test paramétrique décrit généralement les observations à l'aide de paramètres tels que la moyenne et la variance, sous des hypothèses de distribution. Une méthode fondée sur les rangs remplace au contraire les valeurs observées par leur position dans l'ordre croissant. Elle utilise donc l’ordre des observations plutôt que l’amplitude exacte de leurs écarts.
Ces méthodes sont adaptées lorsque les données sont au moins ordinales, lorsqu’une hypothèse de normalité paraît inappropriée ou lorsque des valeurs extrêmes rendent les méthodes fondées sur les valeurs brutes peu robustes. Elles restent cependant soumises à des conditions portant notamment sur l’indépendance, l’appariement et la forme des distributions.
Le choix entre les tests repose d’abord sur le plan d’étude :
- deux groupes indépendants conduisent au test de Mann-Whitney ;
- deux mesures appariées conduisent au test des rangs signés de Wilcoxon ;
- l’étude d’une liaison monotone entre deux variables conduit à la corrélation de Spearman.
Les principes généraux des hypothèses, du risque de première espèce et de la valeur sont traités dans les fiches précédentes du sous-bloc.
Classement et traitement des ex æquo
Lorsque toutes les observations sont distinctes, leur classement est immédiat. Si plusieurs observations sont égales, elles occupent ensemble plusieurs positions successives.
Cette convention conserve la somme totale des rangs. Pour observations, cette somme vaut toujours :
Les ex æquo réduisent toutefois la variabilité de la statistique de rang. Ils doivent donc être pris en compte dans le calcul de sa variance lorsque l’on emploie une approximation asymptotique.
Test de Mann-Whitney
Contexte et hypothèse testée
Le test de Mann-Whitney compare deux échantillons indépendants. Sous l’hypothèse nulle, les observations des deux groupes sont échangeables et suivent la même distribution. La statistique mesure si les rangs d’un groupe tendent à être systématiquement plus élevés que ceux de l’autre.
Si les deux distributions ont la même forme et ne diffèrent que par leur position, le test peut être interprété comme une comparaison de position, notamment de médiane. Sans cette condition, il porte plus généralement sur l’ensemble des distributions.
Construction de la statistique
On note et les effectifs des deux groupes, l’effectif total et la somme des rangs attribués au premier groupe après classement commun.
La statistique complémentaire est . Pour un test bilatéral, on peut utiliser la plus petite des deux valeurs, selon la convention retenue par la table ou le logiciel.
Sous l’hypothèse nulle et en l’absence d’ex æquo :
Pour de grands échantillons, la statistique centrée et réduite est approximativement normale. En présence d’ex æquo de tailles , la variance devient :
où est le nombre d’observations dans le -ième groupe d’ex æquo. Une correction de continuité de peut être appliquée lors du passage d’une statistique discrète à la loi normale.
Test des rangs signés de Wilcoxon
Contexte et conditions
Le test de Wilcoxon concerne des observations appariées : chaque unité fournit deux mesures, ou chaque observation possède une correspondante déterminée par le plan d’étude. L’analyse porte sur les différences intrapaires.
Sous l’hypothèse nulle, la distribution des différences est centrée sur zéro. Pour l’interprétation habituelle, elle doit être symétrique. Les paires sont indépendantes les unes des autres, même si les deux mesures d’une même paire ne le sont pas.
On note la somme des rangs associés aux différences positives et la somme des rangs associés aux différences négatives. Leur somme vaut , où désigne ici le nombre de différences non nulles.
Pour un test bilatéral, une convention fréquente utilise la plus petite des deux sommes. Pour l’approximation normale, il est commode d’utiliser .
Si des valeurs absolues sont ex æquo, avec des groupes de tailles , la variance corrigée est :
Les différences nulles ne reçoivent aucun rang et réduisent l’effectif utile. Pour un grand effectif utile, la variable centrée et réduite suit approximativement une loi normale, avec éventuellement une correction de continuité.
Corrélation de Spearman
Mesure d’une liaison monotone
La corrélation de Spearman mesure l’intensité et le sens d’une relation monotone entre deux variables ordinales ou quantitatives. Une relation est monotone lorsque l’une des variables tend globalement à augmenter quand l’autre augmente, ou à diminuer quand l’autre augmente, sans qu’une relation linéaire soit nécessaire.
Chaque variable est classée séparément, avec attribution de rangs moyens aux ex æquo. Le coefficient est ensuite obtenu comme la corrélation usuelle entre les deux séries de rangs. Il varie entre et .
En l’absence d’ex æquo, une formule simplifiée est disponible.
En présence d’ex æquo, cette formule simplifiée ne doit pas être utilisée sans correction : il faut calculer directement la corrélation entre les rangs moyens.
Sous l’hypothèse nulle d’indépendance, la distribution exacte de peut être obtenue par permutation pour les petits échantillons. Pour les grands échantillons, on utilise une approximation asymptotique. Une transformation fréquemment employée est :
où est comparé approximativement à une loi de Student à degrés de liberté. Cette approximation est surtout fiable lorsque l’effectif est suffisamment grand et que les ex æquo ne sont pas trop nombreux.
Tests exacts et approximations asymptotiques
Pour de petits effectifs, les distributions exactes sont obtenues en considérant toutes les répartitions de rangs compatibles avec l’hypothèse nulle. Pour Mann-Whitney, il s’agit des affectations possibles des rangs aux deux groupes. Pour Wilcoxon, il s’agit des répartitions possibles des signes. Pour Spearman, il s’agit des permutations possibles d’une série de rangs par rapport à l’autre.
Lorsque l’effectif augmente, l’énumération devient lourde. Les statistiques de Mann-Whitney et de Wilcoxon sont alors centrées, réduites et rapprochées d’une loi normale. La correction des ex æquo ajuste leur variance, tandis que la correction de continuité tient compte du remplacement d’une distribution discrète par une distribution continue.
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